En Côte d’Ivoire, la capitale économique Abidjan vient de mener une opération de déguerpissement d’ampleur dans le quartier Zimbabwe, situé à Vridi-3. Cette action, menée en début du mois de juin, a concerné une surface de 28 hectares occupée depuis des décennies par des familles de pêcheurs. En l’espace de quelques heures, des milliers de résidents ont été évacués de force, dans des conditions jugées expéditives par les riverains. Cette démolition s’ajoute à celle, récente, de trois quartiers précaires de Cocody, soulignant une accélération des politiques de restructuration urbaine dans la métropole.
une politique de rénovation urbaine critiquée pour son manque de transparence
Selon les autorités du district autonome d’Abidjan, cette opération s’inscrit dans le cadre d’une volonté de « rétablissement de l’ordre urbain ». Officiellement, il s’agit de reprendre le contrôle de zones occupées illégalement, notamment autour du port autonome, un pôle stratégique pour l’économie ivoirienne. Le quartier Zimbabwe, en particulier, est ciblé pour sa proximité avec les infrastructures portuaires et logistiques, essentielles au commerce régional.
Pourtant, cette démarche soulève des questions. Les habitants déplacés dénoncent l’absence de préavis suffisant et l’absence totale de mesures d’accompagnement. Le quartier Zimbabwe ne représente pas seulement des habitations : il abrite aussi une économie informelle basée sur la pêche artisanale, qui alimente les marchés locaux. Sa destruction brutale menace donc directement les moyens de subsistance de milliers de foyers, sans alternative viable proposée par les pouvoirs publics.
la pression foncière autour du port autonome d’Abidjan, enjeu majeur
L’emplacement du quartier Zimbabwe n’est pas le fruit du hasard. Le port autonome d’Abidjan, principal hub maritime de la sous-région, est en pleine expansion. Son développement continu, couplé à l’arrivée de projets industriels et logistiques, exerce une pression croissante sur les terres disponibles autour de Vridi. Cette zone littorale, convoitée pour son potentiel économique, attire désormais les investisseurs du secteur privé et public, au détriment des occupations historiques.
Les défenseurs des droits humains pointent du doigt l’absence de relogement effectif pour les populations déplacées lors des précédentes opérations. Les autorités justifient ces déguerpissements par la nécessité de valoriser le littoral, mais peinent à rassurer sur le sort réservé aux familles évincées. La saison des pluies qui approche rend la situation encore plus critique, les sans-abri étant particulièrement vulnérables face aux intempéries.
cocody et vridi trois : deux opérations emblématiques d’une stratégie plus large
Le rasement du quartier Zimbabwe s’inscrit dans la continuité d’une série de démolitions menées à Cocody, une commune aisée du nord d’Abidjan. Ces interventions, menées à un rythme soutenu, laissent entrevoir une feuille de route plus globale visant à reconfigurer l’espace urbain avant la concrétisation de grands projets d’aménagement. Le gouverneur Ibrahim Cissé Bacongo, à la tête du district, doit concilier modernisation accélérée et gestion d’une métropole de plus de six millions d’habitants.
Pour l’instant, aucune solution de relogement n’a été annoncée pour les victimes de cette dernière opération. Les associations locales craignent un effet domino, avec l’émergence de nouveaux bidonvilles en périphérie de la capitale. La question se pose : cette politique de déguerpissement marquera-t-elle un tournant dans la gestion urbaine ivoirienne, ou sera-t-elle tempérée par les pressions sociales et internationales ? La réponse dépendra des choix opérés par les autorités dans les semaines à venir.
