En rdc, la coalition C64 tourne le dos au dialogue national proposé par le président Félix Tshisekedi
RFI
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Avec les tensions politiques qui s’intensifient en République démocratique du Congo, la coalition C64 a clairement affiché son opposition au projet de dialogue national lancé par Félix Tshisekedi. Selon les observateurs, cette initiative est perçue comme une tentative de détourner l’attention des défis majeurs auxquels le pays est confronté.
Martin Fayulu, porte-parole de la coalition, a vivement critiqué l’initiative présidentielle : « Le peuple congolais n’est pas dupe. Ces consultations répétées ne répondent en rien aux urgences nationales que sont l’insécurité persistante, la crise sanitaire et la précarité sociale qui frappent chaque jour nos concitoyens. »
Les membres de la C64 dénoncent une manœuvre politique visant à contourner les véritables enjeux. Ils estiment que Félix Tshisekedi cherche à maintenir son influence au-delà de la fin de son mandat, prévue en 2028. « Le pouvoir instrumentalise la guerre à l’Est et la souffrance des populations pour justifier une prolongation de son règne, alors que la Constitution est claire sur la durée du mandat présidentiel », a déclaré un membre de la coalition sous couvert d’anonymat.
Face à cette situation, la C64 appelle à une mobilisation nationale. Une grande marche est prévue le 15 septembre prochain pour exprimer le rejet des stratégies de la majorité présidentielle et réaffirmer les revendications de l’opposition pour une gouvernance plus transparente et inclusive.
Dialogue national en RDC : Félix Tshisekedi mise sur les provinces pour refonder l’État
Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, a dévoilé jeudi 27 août un projet de « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », une initiative présentée comme une réponse aux crises multidimensionnelles qui ébranlent le pays depuis des années.
Cette annonce, attendue depuis des semaines, marque une rupture avec les précédents dispositifs de concertation politique organisés en RDC. Le chef de l’État congolais a insisté sur une approche inédite : « Ce dialogue ne débutera pas à Kinshasa, mais au cœur des 26 provinces, au plus près des territoires et des populations », a-t-il souligné.
Le processus se veut avant tout congolais, conçu « par les Congolais et pour les Congolais ». Son ambition ? Identifier les racines des crises récurrentes qui minent la stabilité du pays et fragilisent les institutions.
Un dialogue ancré dans les provinces
Selon les précisions apportées par Félix Tshisekedi, le dialogue s’ouvrira par une série de consultations dans l’ensemble des provinces avant de culminer par des assises nationales à Kinshasa.
Ces forums provinciaux réuniront élus nationaux et locaux, représentants de la majorité et de l’opposition, acteurs de la société civile, chefs coutumiers, responsables religieux, ainsi que des figures économiques, universitaires et scientifiques. L’objectif ? Permettre à chaque région d’établir un diagnostic approfondi et transparent.
« Chaque province devra identifier les causes profondes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les défaillances administratives, les inégalités structurelles, les freins au développement et les réformes nécessaires », a détaillé le président congolais.
Les conclusions de ces consultations locales alimenteront ensuite les débats nationaux prévus dans la capitale.
Deux ordonnances pour structurer le processus
Félix Tshisekedi a annoncé la signature prochaine de deux ordonnances présidentielles visant à encadrer le dialogue national.
La première créera un comité d’organisation chargé de préparer les aspects logistiques, administratifs et matériels du processus, ainsi que de réunir les conditions propices à son déroulement.
La seconde convoquera officiellement le dialogue et précisera les modalités de représentation des participants, les étapes du processus et les mécanismes de suivi des recommandations qui en émaneront.
Le président a fixé une durée maximale de trois mois pour l’ensemble des travaux. À l’issue des assises, un « pacte national » devrait être adopté, assorti d’un dispositif permanent de suivi des engagements pris.
Les limites non négociables de Tshisekedi
Le président congolais a également défini plusieurs principes intangibles pour ce dialogue national.
Il a d’abord écarté toute interprétation du processus comme un cadre de partage du pouvoir. « Nous avons trop souvent répondu aux crises par des compromis politiques éphémères plutôt que par le renforcement durable de l’État », a-t-il martelé.
Autre ligne rouge : le maintien des institutions issues des élections de 2023 et le respect strict de l’ordre constitutionnel.
Félix Tshisekedi a également exclu toute participation des groupes armés. « Aucune exclusion ne sera fondée sur les opinions, les critiques, l’appartenance politique, l’origine provinciale, la langue, l’ethnie ou la religion. En revanche, nul ne peut prétendre siéger à la table nationale tout en brandissant les armes contre elle », a-t-il affirmé.
Cette position vise particulièrement les mouvements armés actifs dans l’est du pays, alors que les négociations avec l’AFC/M23 se poursuivent sous l’égide de Doha.
Le chef de l’État a tenu à préciser que son initiative ne se substituerait aucunement aux efforts diplomatiques en cours sur la scène régionale et internationale.
Réactions de l’opposition et de la société civile
Claudel Lubaya critique le manque de profondeur
L’opposant Claudel Lubaya a vivement réagi à l’annonce présidentielle, la qualifiant de « rendez-vous manqué avec l’histoire ». Dans un message publié sur X, il a reproché au président de ne pas avoir apporté de réponses à la hauteur des défis actuels.
« Ni hauteur de vue, ni conscience de la gravité du moment, ni solutions adaptées à l’ampleur de la crise », a-t-il dénoncé. Pour Lubaya, l’enjeu ne se limite pas à la forme du dialogue, mais à son fond même.
Il a mis en garde contre le risque que cette initiative ne serve principalement les intérêts de la coalition au pouvoir plutôt que d’offrir un véritable espace de concertation nationale.
Christian Mwando remet en cause l’inclusivité
Le député Christian Mwando Nsimba, cadre du parti Ensemble pour la République, a également émis des réserves sur la portée réelle du dialogue proposé.
« Ce que propose le président Tshisekedi ressemble davantage à une vaste opération de communication qu’à une solution pour mettre fin au conflit », a-t-il ironisé.
Mwando s’est interrogé sur l’absence du terme « inclusif » dans le discours présidentiel, alors que cette notion était centrale dans les discussions antérieures sur un dialogue national. Il a également questionné la coexistence entre ce nouveau cadre et le processus de Doha engagé avec l’AFC/M23.
Jean-Claude Katende soutient certaines pistes
À l’inverse, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a salué plusieurs aspects du discours de Félix Tshisekedi.
Il s’est particulièrement félicité de l’exclusion catégorique d’un partage du pouvoir : « Je souscris pleinement à la position du président sur le dialogue national, notamment son refus absolu de tout compromis politique éphémère », a-t-il déclaré.
Katende a également apprécié l’accent mis sur la participation citoyenne et sur la mise en place de mécanismes de suivi des résolutions adoptées. Cependant, il a appelé à la vigilance : « Je suis optimiste, mais il faut que les paroles se transforment en actes. Nous ne devons pas laisser cette initiative devenir une simple opération de communication », a-t-il averti.
Un enjeu majeur pour le régime
Le lancement de ce dialogue national intervient dans un contexte où la RDC fait face à une crise sécuritaire persistante dans sa partie orientale et à des tensions politiques internes récurrentes.
Pour le pouvoir, la réussite de cette initiative dépendra de sa capacité à convaincre l’ensemble des forces politiques, la société civile et les différentes composantes du pays de sa légitimité et de son utilité concrète.
L’opposition, quant à elle, reste sceptique quant à la nature réelle de ce cadre de concertation : s’agit-il d’un véritable espace de dialogue ou d’une manœuvre politique destinée à consolider la position du camp présidentiel ?
Les prochaines ordonnances, dont la publication est imminente, devraient apporter des éclairages sur la composition du comité préparatoire et les modalités précises de participation aux futures assises nationales.
La bataille politique s’intensifie entre Faye et Sonko après le rejet d’une proposition de loi majeure
La décision des Sept Sages du Conseil constitutionnel, déclarant irrecevable la proposition de loi sur les fonds spéciaux, place le gouvernement dans une position délicate. Une stratégie qui pourrait bien se retourner contre lui lors de la déclaration de politique générale prévue le 1er septembre.
Un rejet aux conséquences politiques immédiates
Le Conseil constitutionnel a tranché : la proposition de loi visant à encadrer les fonds spéciaux, portée par Guy Marius Sagna, est jugée irrecevable. Une décision qui, bien que juridiquement fondée, s’inscrit dans un contexte politique explosif. Les motivations du rejet, déjà largement commentées par les observateurs, avaient été reprises par le chef du gouvernement lui-même, invoquant une empiétement sur les prérogatives de l’exécutif.
Ce revers pour les députés marque un coup dur pour l’opposition, mais révèle surtout les tensions persistantes entre les différentes branches du pouvoir. Le gouvernement, bien que victorieux sur le papier, voit son gain politique s’évaporer rapidement. Le Pastef a d’ailleurs réagi avec virulence, dénonçant un « reniement des engagements pris ».
Un bras de fer qui s’annonce tendu
La Déclaration de politique générale du 1er septembre s’annonce comme un véritable test pour le chef du gouvernement. Face à une opposition déterminée et une opinion publique de plus en plus attentive, les cartes sont redistribuées. Les prochaines semaines promettront leur lot de manœuvres politiques et de coups de théâtre.
Sur ce terrain miné, Ousmane Sonko semble tirer son épingle du jeu. Sous le regard des citoyens, il ajuste sa stratégie pour transformer cette défaite législative en opportunité politique. Le jeu de pouvoir entre l’exécutif et le législatif, arbitré par le Conseil constitutionnel, entre désormais dans une phase critique où chaque décision peut avoir des répercussions majeures.
La partie ne fait que commencer. Entre déclarations fracassantes et calculs politiques, le Sénégal assiste à un affrontement sans précédent entre deux figures majeures de la scène politique.
affaire des 3,7 milliards fcfa : le parti de diomaye faye dénonce ousmane sonko
Au Sénégal, une polémique financière éclate autour de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko. Le Parti Kiiraay Les Patriotes Républicains l’accuse d’avoir détourné près de 3,7 milliards de francs CFA entre 2025 et 2026, issus du fonds « Jamm pour la Paix en Casamance ».
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Des dépenses jugées sans justification
Le Parti Kiiraay Les Patriotes Républicains, proche du président Diomaye Faye, a publié un communiqué accablant contre Ousmane Sonko. Selon la formation politique, l’ancien Premier ministre aurait utilisé près de 3,7 milliards de francs CFA issus du fonds « Jamm pour la Paix en Casamance » entre 2025 et 2026. Ces fonds, initialement destinés à soutenir les efforts de paix dans la région de Casamance, auraient été détournés de leur objectif initial.
Le parti dénonce l’absence de justificatifs détaillés pour ces dépenses. Parmi les explications avancées par Ousmane Sonko, l’acquisition de véhicules et la rénovation du Building administratif auraient été évoquées. Cependant, le Parti Kiiraay considère ces dépenses comme totalement étrangères à la mission première du fonds.
Dans son communiqué, le parti met en avant une incohérence flagrante dans la gestion des fonds publics. Il souligne que la transparence ne doit pas être sélective et que chaque dépense doit être justifiée, quel que soit le responsable politique en place.
Un contexte politique tendu
Cette polémique survient alors que le Conseil constitutionnel a récemment invalidé une loi visant à contrôler les fonds spéciaux au Sénégal, loi portée par le PASTEF, parti d’Ousmane Sonko. Bien que le Conseil constitutionnel ait jugé cette loi anticonstitutionnelle, l’ancien Premier ministre n’a toujours pas réagi publiquement aux accusations portées par le Parti Kiiraay.
Cette affaire relance le débat sur la gestion des fonds publics et la nécessité d’une plus grande transparence au plus haut niveau de l’État. Les Sénégalais attendent désormais des clarifications sur l’utilisation de ces fonds, tandis que les partis politiques s’affrontent sur la question.
Une affaire à suivre
Les prochains développements de cette affaire pourraient avoir un impact significatif sur la scène politique sénégalaise. Alors que le Parti Kiiraay dénonce une utilisation « scandaleuse » des fonds publics, les citoyens et les observateurs restent attentifs aux réactions des autorités concernées.
Cette situation met en lumière les défis auxquels le Sénégal est confronté en matière de gestion des ressources publiques et de transparence politique. Une enquête indépendante pourrait être nécessaire pour faire la lumière sur ces accusations.
Dans un Sénégal où la religion imprègne profondément la vie sociale, économique et politique, la question de l’institutionnalisation des rapports entre l’État et les communautés religieuses s’impose comme un débat incontournable. Si le culte relève traditionnellement de la sphère privée, son rôle dans la cohésion nationale, la médiation des conflits et l’éducation en fait un acteur incontournable. Pourtant, les échanges entre pouvoirs publics et autorités religieuses restent souvent informels, voire personnalisés. Faut-il alors structurer ces relations pour en faire un cadre institutionnel, sans pour autant compromettre l’équilibre laïc de la République ?
Un système informel à l’épreuve du temps
Longtemps, la gestion des affaires religieuses au Sénégal s’est appuyée sur des pratiques non écrites : rencontres informelles, visites protocolaires ou arrangements ponctuels entre l’État et les confréries. Pourtant, cette approche, bien que fonctionnelle, favorise les dérives clientélistes. Les facilités accordées à certains guides religieux dépendent souvent de leur proximité avec le pouvoir en place, sans cadre juridique clair. Cette situation soulève une question centrale : comment sortir d’un système où l’accès aux ressources publiques repose sur des faveurs discrétionnaires plutôt que sur des règles transparentes et équitables ?
L’exemple d’autres nations africaines
Plusieurs pays du continent ont déjà franchi le pas en créant des structures dédiées aux affaires religieuses. Le Mali, par exemple, dispose d’un ministère des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes, tandis que la Guinée a mis en place un Secrétariat général aux Affaires religieuses. La Côte d’Ivoire, quant à elle, a instauré une administration spécialisée dans la gestion des cultes. Ces modèles montrent qu’institutionnaliser les rapports entre l’État et les religions n’équivaut pas à une étatisation du fait religieux. Au Maroc, l’institutionnalisation va encore plus loin avec le Conseil supérieur des Oulémas et la fonction d’Amir Al-Mouminine, tout en préservant la laïcité.
Le Sénégal à l’heure des premiers pas institutionnels
Le Sénégal a déjà entamé cette dynamique avec la création, en avril 2024, de la Direction des Affaires religieuses et de l’Insertion des diplômés en langue arabe. Sous la direction de Djim Dramé, cette structure a pour mission de formaliser les échanges entre l’État et les communautés religieuses, en veillant à la paix sociale et à l’harmonie nationale. Son objectif ? Transformer des relations souvent informelles en un cadre structuré, où les droits et obligations sont définis à l’avance. Comme le souligne l’islamologue Abdoul Aziz Kébé, cette évolution représente une « ressource » pour le pays, notamment en matière de cohésion sociale et d’appropriation des politiques publiques.
C’est dans cette logique que s’inscrit la proposition d’Ousmane Sonko, qui plaide pour une institutionnalisation plus poussée. Parmi ses pistes : la création d’un budget dédié au culte, la transformation de la Direction des Affaires religieuses en un secrétariat d’État, ou encore la reconnaissance officielle de certaines prérogatives pour les guides religieux. L’idée ? Remplacer les arrangements informels par des règles publiques, applicables à tous de manière équitable.
Laïcité et institutionnalisation : un équilibre délicat
Le Sénégal est un État laïc, comme le rappelle sa Constitution : la République est « laïque, démocratique et sociale », garantissant l’égalité des citoyens sans distinction de croyance. L’institutionnalisation des cultes ne doit donc pas conduire à une religion d’État. Pourtant, la question se pose : la laïcité interdit-elle à l’État d’organiser ses rapports avec les religions ?
Selon le politologue Maurice Soudieck Dione, la laïcité sénégalaise repose sur une « collaboration pragmatique » avec les confréries et l’Église. Cette approche, distincte du modèle français de séparation stricte, permet une interaction fluide entre le politique et le religieux. Cependant, certains craignent que cette institutionnalisation n’aboutisse à une « bureaucratisation du sacré », où l’État exercerait un contrôle administratif sur les communautés religieuses. Seydou Ka, journaliste au Soleil, met en garde contre ce risque, évoquant même la possibilité d’un « laïcisme » qui affaiblirait l’autonomie des guides spirituels.
Institutionnaliser les rapports, pas la foi
Le piège serait de confondre deux enjeux distincts : institutionnaliser les relations entre l’État et les cultes, d’une part, et institutionnaliser les religions elles-mêmes, d’autre part. Dans le premier cas, l’État crée un interlocuteur administratif pour dialoguer avec les communautés religieuses. Dans le second, il s’immisce dans la gestion interne des cultes, définissant ce qui est légitime ou non, contrôlant les lieux de culte ou désignant les représentants religieux autorisés.
Pour Bakary Sambe, chercheur spécialiste des dynamiques religieuses, le danger est réel : « Nos leaders cherchent dans le religieux une légitimité qu’ils n’ont pas dans le politique. » Une institutionnalisation mal maîtrisée pourrait ainsi transformer le clientélisme informel en un clientélisme bureaucratisé, où les ressources publiques seraient distribuées selon des critères opaques. Aujourd’hui, une partie des rapports entre l’État et les autorités religieuses repose sur des liens personnels : un président entretient une relation privilégiée avec un khalife, un ministre est proche d’une famille religieuse, une collectivité locale obtient plus facilement des investissements grâce à son poids confessionnel. Faut-il maintenir ces pratiques dans l’ombre ou les encadrer par des règles publiques ?
Vers une politique publique du fait religieux
Une institutionnalisation réussie permettrait à l’État d’accompagner les grands événements religieux, de sécuriser les pèlerinages ou de soutenir la formation religieuse, à condition que les règles soient transparentes et équitables. Comme le souligne Abdoul Aziz Kébé, l’objectif serait d’accompagner les communautés musulmanes, chrétiennes et traditionnelles dans l’exercice de leur culte et leur développement. Philippe Abraham Tine, président du Conseil national du laïcat, insiste sur la nécessité d’une communication claire pour éviter les malentendus. Une telle structure pourrait devenir une interface efficace entre l’Église et l’État, à condition de préserver l’autonomie des religions.
Le Sénégal, société majoritairement croyante, ne peut ignorer cette réalité sociohistorique. Si l’État intervient dans l’éducation, la santé ou la culture, pourquoi exclure le fait religieux de son champ d’action institutionnel ? La proposition d’Ousmane Sonko invite à repenser le modèle sénégalais de laïcité, en évitant les écueils d’une bureaucratisation excessive. Comme le rappelle Étienne Smith, il s’agirait de trouver un équilibre entre « équidistance proportionnelle » et liberté religieuse. Seydi Diamil Niane, quant à lui, défend une institutionnalisation des rapports entre pouvoirs publics et autorités religieuses, sans tomber dans l’étatisation de la foi.
Le débat dépasse donc une simple question administrative : il s’agit de redéfinir la place du religieux dans l’espace public, tout en préservant les principes républicains. L’enjeu n’est pas de créer un « ministère de la Religion », mais une institution républicaine chargée d’organiser, de manière transparente et équitable, les échanges entre l’État et les cultes. Car, au fond, le Sénégal ne peut faire comme si la religion n’existait pas. La vraie question n’est plus de savoir s’il faut institutionnaliser le fait religieux, mais comment le faire sans altérer les fondements de sa laïcité.
Sénégal : ce que la nouvelle loi sur le patrimoine impose aux plus hautes autorités
Le Parlement sénégalais vient d’adopter une réforme législative majeure : une double déclaration de patrimoine est désormais exigée des plus hauts responsables de l’État. Ce texte, porté par la majorité parlementaire Pastef, impose aux autorités concernées de déclarer leur patrimoine en début et en fin de mandat. Une mesure qui soulève plusieurs questions sur son application et son avenir institutionnel.
Une réforme issue d’un projet constitutionnel controversé
Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un projet plus large de révision constitutionnelle, qui avait été rejeté par le Conseil constitutionnel en août 2026. La disposition relative à la double déclaration de patrimoine, initialement prévue dans ce texte, a finalement été intégrée sous forme de loi ordinaire. Elle vise à renforcer la transparence et à lutter contre les conflits d’intérêts au sein des plus hautes instances de l’État.
Quels sont les principaux changements introduits ?
Déclaration initiale et finale : les hauts responsables devront désormais déclarer leur patrimoine avant leur prise de fonction et à la fin de leur mandat, contre une seule déclaration en début de mandat auparavant.
Portée des autorités concernées : la loi cible le Président de la République, les ministres, les membres du gouvernement, ainsi que d’autres responsables désignés par décret.
Publication et contrôle : les déclarations seront rendues publiques et soumises à un contrôle indépendant pour garantir leur authenticité.
Une loi applicable aux autorités en exercice ?
L’un des enjeux majeurs de cette réforme concerne son application rétroactive. La question se pose : les trois plus hautes personnalités actuellement en poste, dont le Président Bassirou Diomaye Faye, seront-elles tenues de se soumettre à cette nouvelle exigence ? Aucune précision n’a encore été apportée sur ce point, laissant planer une incertitude juridique.
Pour Moussa Diaw, professeur émérite en sciences politiques à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, cette loi marque une avancée significative dans la lutte contre la corruption. Il souligne toutefois que son efficacité dépendra de la volonté politique de la mettre en œuvre sans délai.
Prochaines étapes : promulgation et mise en œuvre
Le Président Bassirou Diomaye Faye dispose désormais d’un délai pour promulguer cette loi. Une fois signée, celle-ci entrera en vigueur immédiatement, sauf si des dispositions transitoires sont prévues pour les autorités en exercice. Les observateurs s’interrogent sur la rapidité avec laquelle cette réforme sera appliquée, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans un contexte politique marqué par des tensions institutionnelles.
Cette loi pourrait, à terme, redéfinir les standards de transparence au sein des institutions sénégalaises, offrant un cadre plus strict pour les responsables publics. Elle représente également un test pour le gouvernement quant à sa capacité à concilier réformes structurelles et stabilité politique.
Un bouleversement stratégique dans les hautes sphères de l’armée togolaise
Le paysage sécuritaire et institutionnel du Togo connaît une métamorphose majeure avec le remaniement des postes clés au sein de l’armée et des services de renseignement. Cette réorganisation, annoncée officiellement cette semaine, marque un tournant dans la gestion des forces de défense et de sécurité du pays.
Parmi les changements les plus marquants, le président Faure Gnassingbé a procédé à des ajustements significatifs au sommet de la hiérarchie militaire. Ces modifications interviennent dans un contexte où la stabilité régionale reste une priorité absolue pour Lomé.
Les nouveaux visages de la direction militaire et du renseignement
Plusieurs officiers supérieurs voient leurs responsabilités évoluer, reflétant une volonté de renforcer l’efficacité opérationnelle des institutions. L’état-major général ainsi que les services de renseignement font l’objet d’une attention particulière, avec des nominations qui pourraient redéfinir les stratégies de lutte contre les menaces internes et externes.
Cette restructuration s’accompagne d’une reconfiguration des compétences au sein des unités spécialisées. Les profils sélectionnés pour ces postes clés allient expérience opérationnelle et vision prospective, essentielle pour anticiper les défis sécuritaires à venir.
Un renforcement des capacités de défense et de sécurité
Les motivations derrière cette réorganisation ne se limitent pas à une simple rotation de personnel. Les autorités togolaises insistent sur la nécessité de moderniser les outils de gestion des crises et d’optimiser la coordination entre les différentes branches des forces de l’ordre.
Les observateurs soulignent que ces changements s’inscrivent dans une dynamique plus large de professionnalisation de l’armée, essentielle pour préserver la souveraineté nationale et répondre aux enjeux transfrontaliers.
Les répercussions attendues sur la stabilité régionale
Le Togo, positionné comme un acteur clé en Afrique de l’Ouest, voit son rôle sécuritaire renforcé par cette mise à jour des commandes militaires. La refonte des structures de renseignement et de défense pourrait avoir des impacts concrets sur la coopération sous-régionale, notamment dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée.
Les partenaires internationaux, attentifs aux évolutions internes, pourraient y voir un signe de stabilité accrue et de résilience institutionnelle de la part du gouvernement togolais.
Une transition encadrée pour garantir la continuité
Pour éviter toute interruption dans les missions en cours, les nouvelles nominations s’accompagnent de périodes de transition rigoureusement planifiées. Les officiers sortants et entrants collaborent étroitement pour assurer une passation fluide des responsabilités.
Cette approche méthodique témoigne de la volonté des autorités de maintenir un niveau d’exigence constant dans la gestion des affaires de défense, sans compromettre la sécurité des populations.
Ce qu’il faut retenir de cette restructuration
Une refonte en profondeur des postes clés au sommet de l’armée et des services de renseignement.
Un accent mis sur la modernisation des outils de gestion des crises et la coordination inter-services.
Une opportunité pour renforcer la coopération sécuritaire en Afrique de l’Ouest.
Une transition maîtrisée pour garantir la continuité des missions opérationnelles.
Le député Thierno Alassane Sall, figure politique du Sénégal, a révélé l’existence d’un document confidentiel daté du 26 août 2024, signé par l’ex-ministre de l’Énergie Birame Souleye Diop. Dans une publication sur ses réseaux sociaux, le président du parti République des Valeurs qualifie ce texte de preuve irréfutable d’un mensonge d’État.
Selon ses déclarations, cette note atteste que le chef du gouvernement sénégalais aurait été informé dès août 2024 des irrégularités liées à la gestion de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER). Thierno Alassane Sall affirme que « la responsabilité d’Ousmane Sonko est désormais écrasante », précisant que le Premier ministre aurait été au courant du détournement présumé d’une avance de démarrage, dont une partie aurait servi à financer les primes de la SONAC.
Le parlementaire s’indigne de la réaction du gouvernement face aux alertes émises dans ce dossier. Il souligne que l’exécutif a non seulement ignoré ces signaux, mais a également imposé un silence total en déclarant qu’il n’y avait « zéro scandale ASER ». Une question persiste dans son communiqué : « Pour couvrir qui ? »
En outre, Thierno Alassane Sall estime que la fuite de cette correspondance renforce la qualification d’association de malfaiteurs, déjà évoquée par le Pool Judiciaire Financier. Pour lui, cette affaire représente un test crucial pour l’indépendance de la justice et pour l’engagement affiché par le pouvoir exécutif en faveur de la transparence.
Tivaouane : Serigne Habib Sy rejoint le Pastef en présence d’Ousmane Sonko
Le guide spirituel Serigne Habib Sy a officialisé son adhésion au Pastef lors d’un échange marquant avec Ousmane Sonko à Diaksao, marquant ainsi un tournant dans son engagement politique. Une décision qui reflète son alignement avec les valeurs portées par le parti.
Dans le cadre des préparatifs du Mawlid de Tivaouane, Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et figure majeure du Pastef, a rencontré Serigne Habib Sy à Diaksao. Ce dernier a profité de l’instant pour annoncer publiquement son affiliation au parti politique dirigé par Sonko, confirmant ainsi son soutien sans équivoque.
Serigne Habib Sy a clairement exprimé sa détermination à rejoindre les rangs du Pastef. « Je suis membre du Pastef. Je vais prochainement acquérir une carte d’adhésion. Cependant, je ne sais pas comment procéder en ligne », a-t-il confié. Ousmane Sonko, attentif à ses propos, s’est engagé à lui faciliter la démarche. « Je vous remettrai personnellement votre carte de membre », a-t-il assuré.
Cette annonce s’inscrit dans la continuité des engagements citoyens de Serigne Habib Sy. Rappelons qu’il avait déjà rejoint le mouvement « Y en a marre » en février 2021, avant d’officialiser aujourd’hui son soutien au Pastef, marquant une nouvelle étape dans son parcours militant.
Franceville mise sous les projecteurs : l’engagement concret du président gabonais
Politique
Franceville mise sous les projecteurs : l’engagement concret du président gabonais
Franceville, 22 août 2026 – Même en déplacement non officiel, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a privilégié le terrain plutôt que les discours. Samedi dernier, il a consacré sa journée à une inspection minutieuse des chantiers en cours dans sa ville natale, Franceville. Une démarche qui illustre une vision claire : transformer les promesses en réalités tangibles.
Cette visite s’inscrit dans une dynamique nationale où l’exécutif gabonais place désormais l’accomplissement des projets au cœur de sa stratégie. Après avoir supervisé les grands chantiers de Libreville, le chef de l’État étend désormais cette logique à l’ensemble du territoire, avec une attention particulière pour les capitales provinciales comme Franceville. L’objectif ? S’assurer que chaque investissement public répond aux besoins concrets des citoyens.
L’éducation, pierre angulaire du développement
L’inspection de l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM) et du futur Lycée d’Excellence révèle une priorité nationale. Dans un pays en quête de diversification économique, ces infrastructures éducatives ne sont pas de simples bâtiments : elles représentent l’avenir du capital humain gabonais. Leur qualité détermine la formation des futures générations, l’attractivité des régions et la capacité du Gabon à former ses propres experts.
Quelques jours avant cette tournée, une enveloppe de 9 milliards de francs CFA a été allouée aux trois universités publiques majeures, dont l’USTM, pour accélérer la modernisation des infrastructures. À Franceville, le suivi du Lycée d’Excellence prend une dimension stratégique. Les rapports techniques révèlent que certains équipements, notamment scientifiques, sportifs et les logements du personnel enseignant, nécessitent des ajustements avant une ouverture effective. Une rentrée scolaire repoussée à septembre 2027 pourrait ainsi s’avérer nécessaire pour garantir un fonctionnement optimal.
Cette rigueur interroge sur l’essence même de la politique publique. Inaugurer un bâtiment rapidement n’a de sens que si celui-ci est pleinement opérationnel et durable. La véritable réussite d’un chantier se mesure après son achèvement, dans son utilité quotidienne pour les usagers.
Sécurité, commerce et attractivité : une approche globale
La tournée du président ne s’est pas limitée au secteur éducatif. Les marchés de Mingara et du deuxième arrondissement, essentiels pour l’activité économique locale, ont également été passés au crible. Leur modernisation répond à des enjeux quotidiens : amélioration des conditions de travail pour les commerçants et optimisation de l’organisation urbaine.
Le futur poste de gendarmerie du quartier Wendjé incarne une autre facette de cette vision. Une ville moderne ne peut se construire sans une sécurité renforcée et accessible à tous. Parallèlement, la visite du complexe hôtelier Leconi Palace souligne l’importance de l’attractivité touristique et économique de Franceville. Ces infrastructures ne sont pas de simples vitrines : elles participent à l’économie locale et à l’image du Gabon.
Les constats issus de cette inspection ont déjà donné lieu à des décisions immédiates. Un ancien immeuble de la BGD, par exemple, sera réhabilité pour accueillir les services fiscaux, évitant ainsi l’abandon d’un patrimoine existant. Cette approche reflète un changement de paradigme : il ne s’agit plus seulement de construire davantage, mais de valoriser et d’optimiser ce qui existe déjà.
Franceville, laboratoire d’une nouvelle gouvernance
La portée de cette tournée dépasse le cadre local. Elle illustre une méthode de gouvernance où le contrôle direct des projets devient la norme. En se rendant sur place, le président confronte les dossiers administratifs à la réalité des chantiers, identifie les retards et prend des décisions immédiates pour corriger les dysfonctionnements.
Cette logique du résultat s’inscrit dans un discours plus large. Quelques jours auparavant, le chef de l’État avait appelé à accélérer les projets inachevés et à responsabiliser davantage les acteurs impliqués dans les chantiers abandonnés. Franceville devient ainsi un symbole de cette ambition : éducation, commerce, sécurité et tourisme doivent progresser de concert pour réduire les disparités entre les régions et la capitale.
Ce déplacement, officiellement privé, envoie un message public fort. Le Gabon de demain ne se construira pas uniquement dans les discours, mais dans les écoles fréquentées par les enfants, dans les marchés animés par les commerçants, dans les gendarmeries assurant la sécurité, et dans les hôtels accueillant visiteurs et investisseurs. Le président a choisi de regarder les chantiers de près. La prochaine étape ? Leur achèvement, leur qualité et leur capacité à produire des bénéfices durables pour tous.
Soutien éclatant des Khadres à Ousmane Sonko lors de son passage à Ndiassane
Serigne Khalifa Kounta, porte-parole des Khadres, a exprimé avec ferveur son soutien indéfectible à Ousmane Sonko en des termes chaleureux : « Ndongo daara le, arabisan le, ku mokeul alxour ane le ».
Lors de sa visite à Ndiassane, en amont du Gamou prévu le 1er septembre, Serigne Khalifa Kounta a tenu à saluer publiquement le président de l’Assemblée nationale. Une déclaration qui marque un engagement fort de la confrérie khadre envers le leader politique.
Le porte-parole des Khadres a insisté sur la fierté que représente Ousmane Sonko pour la communauté éducative et religieuse. Ses propos, tenus en wolof, ont été interprétés comme un hommage à son parcours, notamment son ancrage dans le système éducatif coranique : « C’est une fierté pour nous, les doumou daara », a-t-il affirmé avec conviction.
Un accueil chaleureux à Ndiassane
Cette prise de parole de Serigne Khalifa Kounta survient après l’accueil chaleureux réservé à Ousmane Sonko par le khalife général des Khadres, Serigne Sidy Mahtar Kounta, et son porte-parole. Une démonstration de soutien qui souligne l’importance de cette visite dans un contexte politique marqué.
Une avancée majeure vient d’être actée au sein de l’Assemblée nationale du Sénégal. Une nouvelle structure, dédiée à l’évaluation des politiques publiques, a officiellement vu le jour. Cette initiative concrétise enfin une réforme constitutionnelle adoptée en 2016, marquant un tournant décisif pour la transparence et la responsabilité des dirigeants dans le pays.
Cette instance, baptisée Comité d’évaluation des politiques publiques (CEPP), a pour mission d’analyser l’impact concret des investissements étatiques sur la vie des citoyens. Son objectif ? Permettre aux députés de vérifier avec rigueur l’utilisation des fonds publics, garantissant ainsi une gestion plus vertueuse des ressources nationales.
Une structure inclusive pour un contrôle démocratique renforcé
Le CEPP ne se limite pas à un simple rôle consultatif. Il incarne une innovation majeure dans le paysage institutionnel sénégalais. Doté d’une composition équilibrée, il rassemble les principales forces politiques de l’Assemblée : le président de l’institution, les chefs des groupes parlementaires, les présidents des 14 commissions permanentes, ainsi que des députés indépendants et des représentants des minorités. Cette diversité garantit une représentativité totale et un contrôle sans faille de l’action gouvernementale.
Chaque voix compte au sein de cette nouvelle entité. Les députés, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, disposeront désormais des outils nécessaires pour évaluer l’efficacité des programmes publics. Une avancée saluée par les observateurs pour son potentiel à renforcer la confiance entre les citoyens et leurs représentants.
Ousmane Sonko : un leadership stratégique pour le comité
Lors de la séance inaugurale, le bureau du CEPP a été élu à l’unanimité. Sans surprise, la présidence a été confiée à Ousmane Sonko, actuel président de l’Assemblée nationale. Son expérience et son influence seront déterminantes pour donner à cette instance toute la crédibilité et l’autorité requises face à l’Exécutif.
Il sera secondé par Mohamed Sall, premier vice-président, et Djimo Souaré, deuxième vice-président. La gestion des dossiers et la rédaction des rapports seront assurées par Béatrice Germaine Faye et Adama Diallo, respectivement première et deuxième secrétaires. Une équipe soudée, prête à relever le défi d’une gouvernance plus transparente.
Les premiers mois d’activité du CEPP s’annoncent décisifs. Les citoyens attendent avec impatience les premiers bilans, notamment sur les secteurs prioritaires comme la santé, l’éducation et l’économie. Une feuille de route ambitieuse qui pourrait bien redéfinir les standards de la politique sénégalaise.