Catégorie : Politique locale

  • La disparition de l’imam Mahmoud Barro : un silence préoccupant à Bobo-Dioulasso

    La disparition de l’imam Mahmoud Barro : un silence préoccupant à Bobo-Dioulasso

    Depuis une semaine, une profonde incertitude entoure le sort de l’imam Mahmoud Barro, figure religieuse marquante de Bobo-Dioulasso, la deuxième agglomération du Burkina Faso. Son absence, signalée depuis le 31 mars dernier, génère une vive émotion au sein de la communauté musulmane et de la société civile burkinabè, alimentée par des rumeurs d’enlèvement et l’absence de communication officielle. Cette situation délicate soulève de nombreuses interrogations dans le pays.

    Un calme inhabituel règne dans le quartier de l’imam Barro à Bobo-Dioulasso. Ses proches n’ont eu aucune nouvelle de lui depuis sept jours. Des témoignages concordants émanant de son cercle familial indiquent que le dignitaire religieux aurait été « enlevé » par des individus non identifiés. L’absence de revendication, combinée au calendrier de cette disparition, renforce l’opacité de l’affaire.

    Une vidéo critique comme catalyseur ?

    Jusqu’à récemment, Mahmoud Barro était considéré comme un soutien important des autorités de la Transition. Ses prises de position antérieures en faveur de la junte militaire au pouvoir à Ouagadougou en faisaient un allié stratégique au sein du paysage religieux national.

    Toutefois, cette période de collaboration semble avoir pris fin abruptement suite à la diffusion récente d’une vidéo sur les plateformes numériques. Dans ce document, l’imam s’exprimait avec une fermeté inattendue contre l’avant-projet de loi gouvernemental visant à réguler les pratiques religieuses au Burkina Faso.

    « Il a formulé des inquiétudes légitimes concernant la liberté de culte, mais son discours était particulièrement direct, » a confié une source locale anonyme. « Pour beaucoup, cette intervention a été perçue comme un dépassement des limites par ceux qui ne tolèrent aucune forme de désaccord. »

    Un climat de tension pour les voix critiques au Burkina Faso

    Cette mystérieuse disparition s’inscrit dans un contexte politique et sécuritaire tendu, marqué par une multiplication des signalements d’interpellations arbitraires ou de disparitions forcées à travers le territoire. Le cas de l’imam Barro est d’autant plus frappant qu’il concerne une personnalité qui, jusqu’alors, affichait une certaine conformité avec la ligne officielle.

    Pour le moment, les forces de sécurité n’ont émis aucune déclaration officielle concernant cette affaire. À Bobo-Dioulasso, l’attente se transforme progressivement en une frustration palpable. Les fidèles et diverses organisations de défense des droits humains réclament instamment la transparence et la libération immédiate du religieux, si son éventuelle détention par des services de l’État venait à être confirmée.

    Le Burkina Faso, engagé dans une lutte complexe contre le terrorisme, voit ses équilibres internes fragilisés par ces frictions entre le pouvoir central et certaines figures morales, dès lors que la critique s’invite dans l’espace public. L’affaire Mahmoud Barro pourrait ainsi constituer un enjeu majeur pour la stabilité sociale dans la région des Hauts-Bassins.

  • Côte d’Ivoire : le défi du renouvellement face aux icônes politiques

    Côte d’Ivoire : le défi du renouvellement face aux icônes politiques

    La scène politique ivoirienne vient de traverser une phase électorale qui a consolidé la position du RHDP, le parti au pouvoir. Avec la reconduction d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat et une majorité écrasante de sièges obtenus à l’Assemblée nationale, sa domination est incontestable. Cette victoire s’est faite aux dépens d’une opposition affaiblie, notamment le PDCI, qui a vu sa représentation parlementaire diminuer de moitié, et le PPA-CI, qui a choisi de ne pas participer au vote. Cependant, derrière cette hégémonie se cache un défi commun à tous les camps : la difficulté à faire émerger de nouvelles figures pour succéder à la génération qui a marqué les trente dernières années. La Côte d’Ivoire est-elle sur le point de tourner la page de l’ère Bédié, Gbagbo et Ouattara ? Le sociologue et enseignant-chercheur à l’université de Bouaké, Dr Séverin Kouamé, apporte son éclairage sur la situation.

    Severin Yao Kouamé est docteur en sociologie, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara (UAO) à Bouaké, en Côte d’Ivoire.

    Le PPA-CI a récemment confirmé Laurent Gbagbo à sa tête lors de son prochain congrès, malgré son âge, sa santé et des remaniements internes. Doit-on y voir la fin imminente de l’ère Gbagbo sur la scène politique ivoirienne ?

    Dr. Séverin Yao Kouamé : La question de sa condition physique est centrale. Affirmer que son ère se termine nécessite une analyse plus nuancée. Laurent Gbagbo exprime lui-même un besoin de se retirer. Il a été une figure de proue de l’opposition, un acteur clé de l’instauration du multipartisme et a participé à toutes les luttes politiques majeures. Cependant, il est évident qu’il a atteint un point où une transition est nécessaire. Le véritable enjeu réside dans l’identification de la personne capable de reprendre le flambeau et de poursuivre le combat qu’il mène depuis plus de trente ans.

    Du côté de la gauche, des figures comme Simone Ehivet avec son Mouvement des Générations capables, même en coalition avec le Cojep de Charles Blé Goudé et le PDCI, n’ont pas réussi à obtenir de sièges. Quelle est la raison de cette difficulté pour l’opposition à mobiliser ?

    Des partis comme le MGC sont encore jeunes ; la confiance de l’électorat se gagne sur la durée. Il faut surtout comprendre que le corps électoral a profondément évolué. La jeunesse, entre 18 et 35 ans, montre une grande désaffection pour la politique et les élections. Ce phénomène ne touche pas seulement la gauche, mais l’ensemble de la classe politique. Le défi est de raviver l’intérêt pour le processus électoral. Pendant des décennies, la mobilisation s’est appuyée sur des logiques identitaires et sur la crainte. L’idée s’est installée que sans un représentant au pouvoir, une communauté ne peut espérer obtenir des infrastructures comme une route ou une école. Ce discours est devenu un véritable argument de campagne.

    Le PDCI, parti historique, semble également en difficulté, avec des divisions internes et une présence limitée de son nouveau leader, Tidjane Thiam, ce qui a contribué à une perte significative de députés. Est-ce un signe que le parti n’arrive pas à surmonter le décès de son leader historique, Henri Konan Bédié ?

    La véritable interrogation est de savoir si le parti peut se réinventer. Quelle est l’offre politique du PDCI aujourd’hui ? S’accroche-t-il encore à une segmentation ethnique de l’électorat, en considérant par exemple l’électorat « akan » comme acquis ? Je pense que les attentes des citoyens ont changé. Une large partie de la jeunesse se sent ignorée, comme dans un angle mort politique. La stratégie de miser sur un héritage historique ou sur la notoriété d’un nom pour mobiliser les électeurs n’est plus efficace.

    Le RHDP, bien que dominant, fait face à un défi similaire. En dépit de l’âge du président Alassane Ouattara, aucun successeur ne s’impose naturellement. Assiste-t-on à la fin d’un cycle politique de 30 ans centré sur les figures de Ouattara, Gbagbo et Bédié ?

    C’est toute la classe politique qui peine à se renouveler. Cela révèle, à mon sens, une crise systémique. Le modèle de gouvernance et de fonctionnement des partis politiques doit évoluer. La sanction populaire est d’ailleurs déjà visible, avec des taux d’abstention très élevés, y compris dans les fiefs électoraux traditionnels.

    L’émergence de nombreux candidats indépendants, en particulier des jeunes, pourrait-elle annoncer un changement, malgré leurs faibles résultats électoraux ? Est-ce le signe d’une volonté de s’émanciper des partis traditionnels ?

    Ces jeunes candidats ont le mérite d’avoir tenté l’aventure. Ce sont des personnalités qui ont bâti leur légitimité en dehors des appareils politiques, par exemple de jeunes entrepreneurs qui ont eu un impact positif sur leur communauté. Quand une personne construit son parcours en marge du système et laisse une empreinte durable sur une décennie ou plus, elle a de fortes chances d’obtenir la confiance des électeurs. Le discours politique classique en Côte d’Ivoire repose sur la légitimité conférée par le haut : « C’est le chef de l’État qui m’envoie ! C’est le chef du parti qui m’envoie! ». Ces indépendants, pour reprendre l’expression locale, ont prouvé qu’ils pouvaient être leurs propres envoyés.

  • Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Le général Assimi Goïta, président de la Transition au Mali, passe en revue des troupes en tenue militaire avec un béret vert et un cache-nez

    Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour une session cruciale de deux jours. L’objectif ? Évaluer les progrès réalisés depuis la création de la Confédération des États du Sahel (AES) et tracer la voie pour l’année à venir. Parmi les points clés : le bilan sécuritaire, les défis diplomatiques et le renforcement des institutions confédérales.

    Le sommet des 22 et 23 décembre 2024 marque une étape importante dans la mise en œuvre de la feuille de route de l’AES. Après un an d’existence, les trois pays souhaitent passer à l’action concrète en opérationnalisant pleinement leurs structures communes. Les enjeux régionaux et internationaux seront également au cœur des discussions.

    La Force unifiée de l’AES : un pas décisif contre l’insécurité

    Un véhicule militaire jaune portant l'inscription 'FU-AES'

    Face à une insécurité croissante aux frontières et à la menace persistante des groupes armés, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont lancé la Force unifiée de l’AES (FU-AES). Cette force multinationale de 5 000 soldats, placée sous le commandement du Général Daouda Traoré du Burkina Faso, représente une réponse concrète à la nécessité de coordonner les efforts militaires.

    Selon le Général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, cette force incarne une mutualisation stratégique fondée sur les valeurs sahéliennes de solidarité et de dignité. « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas », a-t-il souligné lors de la cérémonie de lancement. Pour les trois États, cette initiative est un engagement irréversible.

    Comment la Force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?

    Des soldats de la Force unifiée de l'AES avec des engins roulants

    Pour être efficace, la Force unifiée doit relever plusieurs défis majeurs. Fiacre Vidjenagninou, Chercheur Principal au Behanzin Institute (Cotonou) et Chercheur associé Senior à l’Egmont Institute (Bruxelles), identifie des leviers essentiels :

    • Une coordination renforcée : Le partage des renseignements, le commandement unifié et la rapidité des décisions sont cruciaux. Une méthode simple doit être adoptée : concentrer les efforts sur les zones où l’ennemi est le plus structuré, puis agir avec célérité.
    • Une présence durable sur le terrain : Les opérations ponctuelles ne suffisent pas. Il faut contrôler les axes stratégiques, sécuriser les marchés, protéger les villages et rassurer les populations pour éviter le retour des groupes armés.
    • Une gouvernance locale renforcée : La Force unifiée peut gagner des batailles, mais sans une administration minimale et une justice accessible, la stabilisation reste illusoire. Les conflits fonciers, les exactions et l’absence de services de base alimentent le cycle de la violence.

    Le chercheur insiste : « Une force peut gagner la bataille. Mais sans gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation ».

    S’ouvrir pour être efficace ?

    Les dirigeants militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger lors du sommet de l'AES à Niamey en juillet 2024

    La Force unifiée de l’AES est un projet ambitieux, mais son succès dépendra de sa capacité à surmonter des défis organisationnels. Fiacre Vidjenagninou recommande une approche progressive :

    • Commencer à trois : Prouver l’efficacité de la force avec les pays fondateurs (Mali, Burkina Faso, Niger).
    • Élargir progressivement : Coopérer avec des voisins de manière opérationnelle, en ciblant des couloirs précis et en renforçant les accords transfrontaliers.
    • Instaurer la confiance : Une intégration formelle ne doit intervenir qu’après avoir démontré des résultats concrets et une coordination sans faille.

    L’expert met en garde contre une expansion trop rapide : « Plus on élargit cette force à d’autres pays, plus la coordination devient difficile, avec des intérêts et doctrines différents empreints parfois de méfiance ».

    Et demain ?

    Lors de cette réunion à Bamako, les chefs d’État de l’AES auront l’occasion d’échanger avec le commandement de la Force unifiée. Les discussions porteront également sur la création de nouvelles institutions, comme la Télévision de l’AES (siège à Bamako) et la radio « Daandè Liptako » (base à Ouagadougou), ainsi que sur la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.

    L’AES est née dans un contexte de tensions avec la CEDEAO, après les coups d’État au Mali (2020), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023). Le retrait de ces pays de l’organisation régionale et la création de l’Alliance des États du Sahel en septembre 2023 ont marqué un tournant. Officiellement établie le 6 juillet 2024, l’AES incarne une nouvelle vision de la coopération sahélienne, centrée sur la souveraineté et la sécurité collective.

  • Alliance du Mali, du Burkina et du Niger : une force armée conjointe en préparation

    Alliance du Mali, du Burkina et du Niger : une force armée conjointe en préparation

    Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont engagé une dynamique de coopération renforcée face aux défis sécuritaires et politiques majeurs. Ces trois nations, dirigées par des juntes issues de putschs récents (2020-2023), affichent une volonté commune d’affirmer leur souveraineté et de s’éloigner des influences extérieures traditionnelles.

    une réunion stratégique à Bamako pour concrétiser les ambitions de l’AES

    Le président malien, Assimi Goïta, a accueilli à Bamako son homologue nigérien, le général Abdourahamane Tiani, pour une rencontre bilatérale suivie d’un sommet trilatéral. Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabé, a rejoint la discussion le lendemain, marquant ainsi une étape clé dans l’avancement des projets communs.

    Parmi les priorités discutées, la création d’une force armée conjointe occupe une place centrale. Cette initiative vise à renforcer la lutte contre l’expansion des groupes jihadistes, notamment affiliés à Al-Qaida et à l’État islamique, qui sévissent depuis plus d’une décennie dans la région.

    une force multinationale encore en phase symbolique

    Le samedi précédent, Assimi Goïta a officiellement présenté un étendard à la Force Unifiée de l’AES (FU-AES). Cet acte symbolique officialise le lancement de cette structure, bien que son activation effective ne soit pas encore programmée. « Chaque pays a contribué avec des troupes et du matériel. Nous serons ensemble sur le terrain », a déclaré un responsable malien de la Défense, soulignant l’engagement des trois nations.

    les enjeux sécuritaires au cœur des débats

    Les attaques jihadistes, autrefois concentrées dans le nord, s’étendent désormais vers le sud du Mali, où elles menacent l’économie locale. Au Burkina Faso et au Niger, ces groupes continuent de défier les autorités et poussent des milliers de civils à l’exil. Face à cette situation, les juntes de l’AES misent sur une collaboration accrue pour endiguer la menace.

    Parallèlement, les discussions ont porté sur la création d’une banque d’investissement commune, dont le siège serait situé à Bamako. Cette initiative économique s’inscrit dans une volonté de réduire la dépendance vis-à-vis des anciens partenaires traditionnels, comme la France, et de se tourner vers de nouveaux alliés, notamment la Russie.

    des projets concrets, mais des défis persistants

    Outre la force armée et la banque d’investissement, les dirigeants de l’AES ont également inauguré les locaux de Télévision AES, bien que sa date de lancement officielle reste à préciser. Ces projets illustrent une volonté de renforcer l’intégration régionale, mais leur mise en œuvre concrète dépendra de la stabilité politique et sécuritaire des trois pays.