Auteur/autrice : Aicha Tandja

  • Niger : Tiani et la peur du complot permanent

    Niger : Tiani et la peur du complot permanent

    Depuis la tentative de putsch du 29 août 2026, le général Abdourahamane Tiani multiplie les mesures d’exception. Déchéance de nationalité, limogeages, arrestations : un régime qui se verrouille.

    Un pouvoir sous tension après le 29 août

    Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani renversait Mohamed Bazoum. Trois ans plus tard, le 29 août 2026, il échappe à une tentative de putsch. Le palais présidentiel est visé, la base aérienne 101 attaquée, la télévision publique ciblée. Pendant plusieurs heures, l’issue reste incertaine au sein même de l’appareil militaire. Des militaires auraient hésité à prendre position tandis que des mutins tentaient de rallier d’autres officiers.

    Pour un homme arrivé au pouvoir par un coup d’État, le signal est brutal : le scénario qu’il a lui-même contribué à installer peut se retourner contre lui.

    Une purge méthodique

    La tentative de putsch n’a pas renversé Tiani, mais elle a profondément modifié l’équation du pouvoir. Selon des informations concordantes, la junte aurait dû compter sur l’intervention de plusieurs centaines de militaires russes de l’Africa Corps pour reprendre la base aérienne 101. Au moins 200 militaires ont été arrêtés depuis les événements, principalement parmi les forces spéciales.

    Puis la chaîne de commandement a bougé. Le 11 septembre, le chef d’état-major des armées, le général Moussa Salaou Barmou, a été limogé. Quelques jours plus tard, quatre ministres ont été remplacés. Officiellement, il est question de réorganisation et de sécurisation de la chaîne de commandement. Mais le calendrier raconte une autre histoire : après avoir été menacé, le pouvoir se réorganise autour de ceux qu’il considère comme les plus sûrs.

    Le décret du 17 septembre

    Le 17 septembre, nouveau coup de tonnerre. Abdourahamane Tiani signe un décret portant déchéance provisoire de la nationalité nigérienne de cinq personnes, dont Ouhoumoudou Mahamadou, ancien Premier ministre de Mohamed Bazoum. Le décret invoque « l’intelligence avec des puissances étrangères », la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, la participation présumée à une entreprise de démoralisation de l’armée et de la Nation, et des atteintes à la sûreté de l’État.

    Il s’agit d’accusations et de poursuites mentionnées par le décret, et non d’une condamnation judiciaire définitive. Mais politiquement, le symbole est lourd. Ouhoumoudou Mahamadou n’est pas n’importe quel opposant : il appartient à l’ancien appareil d’État, celui de Bazoum, le président renversé par Tiani.

    Bazoum, une ombre persistante

    Trois ans après le coup d’État, Mohamed Bazoum reste une figure centrale de la confrontation politique nigérienne. Son régime a disparu, ses institutions ont été démantelées, mais les hommes qui l’ont servi continuent d’apparaître dans les dossiers sécuritaires et judiciaires du nouveau pouvoir.

    Avec ce nouveau décret, cinq Nigériens sont désormais provisoirement privés de leur nationalité dans le cadre du dispositif instauré en 2024. Selon l’Agence nigérienne de presse, le nombre total atteint 25 personnes. Une question surgit : à quel moment la défense de l’État cesse-t-elle d’être une opération de sécurité pour devenir une opération de nettoyage politique ?

    La suspicion comme méthode de gouvernement

    Depuis le 29 août, le pouvoir nigérien doit gérer une menace qui ne vient plus seulement des groupes armés ou des adversaires extérieurs. La menace peut désormais venir de l’intérieur même de l’appareil militaire. Et lorsque la loyauté des soldats devient une question centrale, la tentation est grande de chercher des responsables, des relais, des complices ou des commanditaires.

    Le risque est alors de voir le soupçon devenir une méthode de gouvernement. Un militaire remplacé, un ministre écarté, des soldats arrêtés, des anciens responsables du régime Bazoum ciblés, et maintenant des citoyens privés provisoirement de leur nationalité. Pris séparément, chacun de ces actes possède sa justification officielle. Mis bout à bout, ils dessinent l’image d’un pouvoir qui, après avoir été directement menacé, cherche à reprendre le contrôle de tous les cercles susceptibles de représenter une vulnérabilité.

    Un pouvoir qui ne fait plus confiance à personne

    Comment gouverner durablement lorsqu’un pouvoir issu d’un coup d’État découvre qu’un autre coup d’État peut lui être appliqué ? Le général Tiani connaît désormais cette mécanique de l’intérieur. Il sait qu’un pouvoir militaire peut sembler solidement installé jusqu’au jour où quelques officiers décident de franchir une ligne. Le 29 août l’a démontré : ce qui devait être impossible est devenu possible.

    Lorsqu’un pouvoir découvre qu’il peut être renversé par les mêmes méthodes qui l’ont porté au sommet, la peur du prochain complot peut rapidement devenir une obsession politique.

    « Le Niger, c’est moi » ?

    À force de décider qui est loyal, qui est suspect, qui doit être arrêté, qui doit être écarté et désormais qui peut provisoirement conserver sa nationalité, Tiani donne à ses détracteurs l’impression d’un chef qui se comporte comme s’il détenait à lui seul les clés de la République. Comme si le Niger devait être divisé entre ceux qui soutiennent le pouvoir et ceux qui doivent en être exclus. Comme si servir sous Bazoum constituait une faute politique permanente. Comme si toute voix dissidente devait nécessairement cacher un complot.

    Le général Tiani n’est évidemment pas le Niger. Mais la concentration des décisions autour de sa personne nourrit une question fondamentale : jusqu’où peut aller un régime qui, pour se protéger, finit par voir des menaces derrière chaque visage ?

    Le paradoxe d’un pouvoir né d’un putsch

    Tiani est arrivé au sommet après un coup d’État. Aujourd’hui, il dirige un régime qui vient lui-même d’échapper à une tentative de putsch. Entre ces deux dates, le Niger semble avoir basculé dans un cycle où chaque crise produit de nouvelles purges, chaque suspicion appelle une nouvelle sanction et chaque tentative de contestation renforce la concentration du pouvoir.

    Le décret du 17 septembre n’est donc pas seulement une affaire de nationalité. Il est un nouvel épisode d’une bataille plus vaste : celle d’un pouvoir qui cherche à éliminer les zones d’incertitude autour de lui. Reste une question, peut-être la plus importante : à force de combattre les complots réels ou supposés, Tiani est-il en train de construire un système où toute contestation devient automatiquement un complot ?

    Si tel était le cas, le problème ne serait plus seulement de savoir qui veut renverser Tiani. Il faudrait aussi se demander pourquoi un pouvoir qui se dit solidement installé semble désormais avoir autant peur de ceux qui l’entourent. Car lorsqu’un régime commence à considérer ses propres citoyens comme des menaces potentielles, la frontière entre protéger l’État et protéger le pouvoir devient dangereusement mince.

  • Niger : le CFPD, une manne de 1,8 milliard FCFA mensuels qui attise les rivalités

    Niger : le CFPD, une manne de 1,8 milliard FCFA mensuels qui attise les rivalités

    Une lutte d’influence secoue le sommet de l’État nigérien autour d’un dispositif militaire et d’une enveloppe mensuelle de 1,8 milliard de FCFA. Le Commandement des Forces de Protection et de Développement (CFPD) cristallise les tensions entre le général Abdourahamane Tiani, le général Salifou Mody et Lamine Zeine. Derrière l’enjeu sécuritaire, c’est le contrôle des hommes, des missions et des ressources financières qui est en jeu.

    Le CFPD, un dispositif au cœur des enjeux stratégiques

    Le 9 mai 2024, le général Abdourahamane Tiani, chef du CNSP, signe le décret n°2024-309/P/CNSP/MDN instituant le Commandement des Forces de Protection et de Développement. Cette structure a pour vocation de sécuriser les infrastructures critiques du Niger : sites miniers, pétroliers, corridors et pipelines. Le ministère de la Défense confirme la création de cette entité chargée de protéger les sites et corridors stratégiques. En parallèle, le recrutement de 10 000 jeunes en 2024 vient renforcer les effectifs des Forces armées nigériennes. Le projet s’inscrit dans une logique sécuritaire et accompagne la montée en puissance de l’appareil militaire.

    L’article 28 et la prime de 1,8 milliard FCFA

    L’article 28 du décret instaure une Prime Unique d’Astreinte (PUA) d’au moins 12 000 FCFA par homme et par jour, tout en imposant une contribution financière aux entreprises concernées par la sécurisation. Pour un effectif de 5 000 hommes, les montants se déclinent comme suit :

    • Par jour : 5 000 hommes × 12 000 FCFA = 60 millions de FCFA.
    • Par mois (30 jours) : 1,8 milliard de FCFA.
    • Par an : 21,9 milliards de FCFA.

    Ces chiffres représentent la réalité financière du dispositif, matérialisée par les contrats signés avec les entreprises, les sommes versées et les effectifs déployés. C’est le nœud du bras de fer au sein du régime.

    Défense contre Finances : un bras de fer budgétaire

    Le général Salifou Mody a imposé la mise en œuvre du CFPD, et le général Tiani a signé le décret sous la pression directe de son ministre de la Défense. Après la signature, le chef du CNSP a ordonné au ministre des Finances, Lamine Zeine, de bloquer les dispositions financières du CFPD. Résultat : la structure est créée mais privée des moyens de fonctionner. Le général Mody subit ainsi un blocage politique direct de son projet.

    Le contentieux Mody-Zeine

    Lamine Zeine est le point de friction central. Le ministère des Finances a délibérément bloqué la traduction budgétaire du dispositif militaire. En janvier 2026, Lamine Zeine cumule les fonctions de Premier ministre et de ministre de l’Économie et des Finances, tandis que Salifou Mody est ministre d’État à la Défense. Mody obtient le retrait du portefeuille des Finances à Zeine, puis impose son départ de la Primature. Le conflit autour du CFPD a détruit la confiance entre les piliers du pouvoir.

    Mody à la Primature : une recomposition du pouvoir

    La recomposition du pouvoir passe par le départ de Zeine. Le général Mody prend la tête du gouvernement et impose sa condition : cumuler les postes de Premier ministre et de ministre de la Défense. Il concentre ainsi entre ses mains les leviers politiques, militaires et administratifs du régime.

    Damolleydi : la seconde bataille

    Face au blocage du CFPD, le régime lance la mobilisation générale « Damolleydi » pour mobiliser les volontaires et les structures existantes. Le général Mody prend la tête du Comité chargé de cette mobilisation, évincant le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur. Mody se retrouve à la tête de cette initiative stratégique mais freine volontairement la mise en œuvre de Damolleydi. Le dispositif a perdu sa visibilité, supplanté par des structures locales autonomes.

    Le contrôle des ressources : trois leviers de pouvoir

    Cette affaire verrouille l’appareil d’État autour de trois axes :

    • Le commandement : le contrôle des personnels affectés aux sites stratégiques.
    • Les missions : la désignation des infrastructures à sécuriser et la fixation des priorités.
    • L’argent : le contrôle des entreprises contributrices et la gestion des flux financiers générés.

    L’article 28 du décret régit ce mécanisme financier de 1,8 milliard de FCFA mensuels.

    Le contrôle du système : un enjeu de pouvoir

    Ce montant de 1,8 milliard est l’enjeu financier direct du dispositif. Il confirme la dimension politique du CFPD, à la croisée des ressources stratégiques, des entreprises contributrices et de la chaîne de commandement. Au-delà de la rivalité entre Tiani, Mody et Zeine, le vainqueur de cet affrontement détient le contrôle exclusif des hommes, des missions et des ressources du Niger. Derrière ces querelles d’acteurs, c’est la maîtrise totale de l’appareil d’État qui est verrouillée.

  • Mali : la réforme des médias à l’épreuve des divisions patronales

    Mali : la réforme des médias à l’épreuve des divisions patronales

    La réforme de la presse malienne entre dans une phase décisive. Les récentes concertations patronales et le projet de cellule de préfiguration de l’autorégulation des médias affichent une unité de façade. Pourtant, cette dynamique ne doit rien au hasard : elle résulte d’une décennie de tensions internes, de luttes de leadership et de précarité croissante.

    Une concertation sous pression, pas un élan spontané

    Le soutien apporté par le Cadre de concertation des faîtières (ASSEP, Groupement patronal, UNAJEP) au projet de réforme reste tiède. Derrière le « oui mais » de principe, cette rencontre n’est pas une initiative spontanée d’assainissement. Elle est l’aboutissement inévitable de plusieurs années de grogne sourde et de désaccords profonds au sein de la presse malienne.

    Les racines d’une crise profonde

    Si les dirigeants patronaux martèlent désormais l’urgence de relire la convention collective des journalistes et de réguler l’espace médiatique, il convient d’analyser la genèse de ce mouvement. Cette série de réunions coordonnées découle directement d’une exaspération accumulée depuis plus d’une décennie :

    • Guerres de leadership et précarité structurelle : L’éparpillement des organisations patronales et les rivalités de personnes ont longtemps paralysé toute refonte crédible de la profession, laissant le secteur s’enfoncer dans l’informel et la vulnérabilité financière.
    • Précarisation du travail journalistique : La contestation constante des acteurs de base, confrontés à des impayés chroniques et à des conditions de travail de plus en plus indignes, a fini par acculer les faîtières. C’est la pression sociale interne qui force aujourd’hui les patrons d’entreprises de presse à s’asseoir à la même table.
    • Pression sécuritaire et politique : Dans le contexte institutionnel actuel, la crainte d’une régulation imposée unilatéralement par les autorités a servi de catalyseur. Le patronat tente précipitamment d’occuper le terrain pour éviter la mise sous tutelle définitive d’un secteur exsangue.

    Le « oui mais… » : un aveu d’impuissance financière

    L’argument économique avancé par les faîtières pour tempérer les réformes ressemble fort à une échappatoire. En invoquant la baisse drastique des recettes publicitaires et l’explosion des charges d’exploitation, le patronat renvoie la responsabilité du sauvetage du secteur aux autorités publiques et aux partenaires extérieurs.

    Cette posture pose des questions de fond :

    • Un modèle économique obsolète : En continuant d’attendre une aide publique à la presse souvent insuffisante ou mal redistribuée, les éditeurs évitent de se remettre en question sur l’absence de viabilité de leurs entreprises.
    • Le risque d’une coquille vide : Créer un organe d’autorégulation et réviser la grille salariale sans plan de restructuration financière réel condamne ces réformes à rester au stade de déclarations vœux pieux.

    Un avenir incertain pour la presse malienne

    L’histoire récente de la presse malienne démontre que les velléités de réforme se heurtent systématiquement au mur des réalités financières et aux querelles intestines. Si la séquence actuelle montre une prise de conscience tardive, elle apparaît surtout comme un réflexe de survie corporatiste face à une crise de confiance totale qui couve depuis des années.

  • Niger : contrats, effectifs et flux financiers, la mécanique du CFPD passée au crible

    Niger : contrats, effectifs et flux financiers, la mécanique du CFPD passée au crible

    Un décret, des milliards potentiellement mobilisables, une architecture de défense redessinée et un autre dispositif de mobilisation qui surgit. Ces faits, isolés, ressemblent à des décisions administratives. Réunis, ils posent une question directe : qui contrôle les hommes, les ressources et les leviers de la défense nationale au Niger ?

    Trois figures du pouvoir se croisent dans ce dossier : le général Abdourahamane Tiani, le général Salifou Mody et l’ancien Premier ministre Lamine Zeine. Au centre, le Commandement des Forces de Protection et de Développement (CFPD) et les organisations communautaires d’autodéfense « Domol Leydi ». Derrière ces dispositifs, un troisième enjeu, moins visible : l’argent.

    Le décret fondateur du 9 mai 2024

    Le décret n°2024-309/P/CNSP/MDN crée le CFPD le 9 mai 2024. Le dispositif n’a rien de symbolique : il doit protéger les sites miniers et pétroliers, les infrastructures stratégiques, les corridors et plusieurs projets de développement. L’Agence Nigérienne de Presse l’avait présenté comme un instrument destiné à sécuriser les ressources extractives, le pipeline WAPCO, CNPC-NP, SORAZ et les corridors stratégiques.

    Le texte prévoit aussi un mécanisme financier particulier. Car une force militaire ne vit pas seulement d’hommes et d’ordres : elle exige équipements, déplacements, alimentation, logistique, entretien et financement régulier. Le décret organise précisément cette mécanique.

    12 000 FCFA par homme et par jour : une équation à plus de 20 milliards

    L’article 28 du décret dispose que les contributions des sociétés sont recouvrées sur la base de contrats conclus avec l’État. Une Prime Unique d’Astreinte est reversée au CFPD en fonction des effectifs réalisés. La valeur minimale indiquée est de 12 000 FCFA par homme et par jour. Le texte détaille plusieurs composantes : indemnité journalière de sujétion, alimentation, hygiène, fonctionnement et entretien.

    Sur une hypothèse de 5 000 hommes, l’ordre de grandeur atteint environ 60 millions de FCFA par jour, soit près de 1,8 milliard par mois et environ 21,9 milliards sur une année. Précision capitale : il s’agit d’une projection calculée à partir de l’effectif théorique et du mécanisme prévu par le texte, pas de la preuve qu’une telle somme a été encaissée.

    La vraie question n’est donc pas « combien le dispositif pouvait-il générer ? », mais : combien a été engagé ? Combien a été payé ? Pour combien d’hommes ? Pour quelles missions ? Et à quels bénéficiaires ?

    Un dispositif bien réel, pas une coquille vide

    Il serait trop simple de présenter le CFPD comme une structure abandonnée. En 2026, le ministre de la Défense Salifou Mody a affirmé publiquement que des personnels de la Force de Protection et de Développement étaient engagés dans la sécurisation d’installations économiques, notamment sur des postes liés au pipeline.

    Le CFPD existe, il est officiellement intégré à l’architecture de défense et il exerce certaines missions. Mais une autre question demeure : son fonctionnement réel correspond-il entièrement à l’architecture, aux effectifs et au mécanisme financier prévus initialement ? Entre les effectifs prévus et les effectifs déployés, entre les sommes théoriquement mobilisables et les sommes effectivement versées, l’écart peut être considérable. Et cet écart doit pouvoir être documenté.

    La chaîne financière, un enjeu de pouvoir

    Selon les informations rapportées dans cette affaire, le financement du CFPD aurait été au cœur de tensions entre différents pôles du pouvoir. Une information sensible attribue au président Tiani une instruction visant à ne pas mettre en œuvre certaines dispositions financières du dispositif. À ce stade, aucun document public consulté ne permet d’établir formellement cette instruction.

    Mais si elle était confirmée, la portée de l’affaire dépasserait une simple difficulté administrative. Elle poserait une question institutionnelle majeure : comment un dispositif créé par décret peut-il fonctionner lorsque certaines de ses dispositions financières seraient volontairement empêchées ou retardées ? Le décret lui-même organise les ressources du CFPD et leur utilisation.

    Le conflit supposé prend alors une dimension plus large. D’un côté, la Défense cherche les moyens nécessaires à ses missions. De l’autre, le ministère chargé des finances doit contrôler les ressources publiques et leur utilisation. Au-dessus, l’autorité politique arbitre. Dans un système de défense fortement centralisé, contrôler les ressources revient à contrôler la capacité opérationnelle. Celui qui maîtrise les crédits maîtrise une partie des moyens ; celui qui maîtrise les effectifs maîtrise une autre partie de la puissance ; celui qui arbitre entre les deux détient le levier ultime.

    Zeine, Mody et la redistribution des leviers

    En janvier 2026, Lamine Zeine perd le portefeuille de l’Économie et des Finances, tout en conservant la Primature. Ce changement modifie la répartition des leviers sans nécessairement modifier l’équilibre politique général. Pourquoi retirer à Zeine la maîtrise directe des finances tout en le maintenant à la tête du gouvernement ?

    Selon des informations rapportées dans cette affaire, le général Mody aurait ensuite envisagé de prendre la tête du gouvernement, avec l’hypothèse d’un cumul avec la Défense. Cette information n’est pas établie par les documents publics consultés. Mais si elle était confirmée, elle révélerait un enjeu plus profond : la concentration entre les mêmes mains des deux principaux leviers de la puissance d’État — la Défense et la Primature.

    Domol Leydi : un second dispositif sur le même terrain

    Fin 2025, le Niger adopte une ordonnance instituant la mobilisation générale. Les autorités la présentent comme un dispositif destiné à permettre le passage de l’état de paix à l’état de guerre et à mobiliser les ressources humaines, matérielles et financières nécessaires à la défense de la patrie. Dans ce cadre apparaissent les organisations communautaires d’autodéfense « Domol Leydi ».

    En avril 2026, le ministre de la Défense a expliqué que ces organisations doivent travailler sous le contrôle et la supervision des Forces de défense et de sécurité. Le dispositif répond donc officiellement à une logique sécuritaire. Mais son apparition soulève une question stratégique : pourquoi multiplier les mécanismes de mobilisation et de protection alors qu’un commandement spécialisé comme le CFPD existe déjà ?

    Les missions ne sont pas identiques. Le CFPD est une structure militaire chargée de protéger des intérêts stratégiques. Domol Leydi relève davantage d’une logique de mobilisation territoriale et d’autodéfense communautaire. Mais les deux dispositifs se rencontrent sur un terrain commun : les hommes, la sécurité, les ressources et la chaîne de commandement.

    Où s’arrête le CFPD, où commence Domol Leydi ?

    Une question devient incontournable : où s’arrête le rôle du CFPD et où commence celui de Domol Leydi ? Qui recrute ? Qui forme ? Qui équipe ? Qui finance ? Qui donne les ordres ? Qui contrôle les hommes ? Et surtout, qui répond politiquement et juridiquement lorsque quelque chose tourne mal ?

    Ces questions ne sont pas secondaires. Plus un État multiplie les structures intervenant dans le domaine sécuritaire, plus la clarté de la chaîne de commandement devient essentielle. La souveraineté ne se mesure pas seulement au nombre de soldats mobilisés. Elle se mesure aussi à la capacité de l’État à savoir qui commande qui, avec quels moyens et sous quel contrôle.

    Le mystère des effectifs

    C’est peut-être l’une des clés du dossier. Le mécanisme financier du CFPD est calculé en fonction des effectifs réalisés. Une question apparemment technique devient politiquement fondamentale : combien d’hommes ont réellement été déployés et combien ont effectivement généré des dépenses au titre du dispositif ?

    La réponse devrait se trouver dans des documents administratifs : états d’effectifs, ordres de mission, états de présence, contrats de sécurisation, engagements de dépenses, ordres de paiement, rapports d’exécution. Sans ces documents, les milliards restent des projections. Avec eux, il devient possible de reconstruire précisément la réalité financière du dispositif.

    Qui contrôle les contrats de sécurisation ?

    Le décret prévoit que les contributions des sociétés reposent sur des contrats établis entre ces entreprises et l’État. Cette disposition ouvre une autre piste : quelles entreprises ont signé ces contrats ? Quels montants ont été convenus ? Quels services de sécurisation étaient prévus ? Combien de personnels devaient être affectés à chaque site ? Les prestations ont-elles été réalisées ? Les sommes correspondantes ont-elles été intégralement payées ? Et surtout, quelle administration assure le contrôle de cette chaîne financière ?

    Ce sont ces réponses qui permettraient de déterminer si l’affaire relève d’un simple problème de fonctionnement ou d’un dysfonctionnement beaucoup plus grave.

    Quand la sécurité devient une question de pouvoir

    À ce stade, le dossier cesse d’être une simple affaire de décret. Il touche à la structure même du pouvoir. Le CFPD concentre des hommes et des missions. Les entreprises peuvent contribuer à son financement selon le mécanisme prévu. Le ministère de la Défense supervise la dimension opérationnelle. Les Finances interviennent dans la chaîne des ressources publiques. La Primature constitue un autre centre de coordination. Et la présidence conserve l’autorité politique suprême.

    Plusieurs leviers essentiels se croisent autour d’un même dispositif. C’est précisément ce qui rend toute opacité préoccupante.

    Haute trahison : une notion qui exige des preuves

    Le terme « haute trahison » est extrêmement lourd. Il ne peut pas qualifier simplement un conflit politique ou une mauvaise décision administrative. Le droit nigérien a historiquement associé cette notion à des atteintes particulièrement graves aux intérêts fondamentaux de l’État. La Constitution de 2010 visait notamment la violation du serment, certaines violations graves des droits humains, la cession frauduleuse d’une partie du territoire ou la compromission des intérêts nationaux dans la gestion des ressources naturelles.

    La situation institutionnelle actuelle doit toutefois être appréciée à la lumière de la Charte de la Refondation, texte fondamental régissant les pouvoirs publics pendant cette période. L’enjeu n’est donc pas de déclarer qu’une « haute trahison » est constituée. La question est plus exigeante : si des responsables publics avaient sciemment détourné, paralysé ou manipulé un dispositif stratégique de défense pour des intérêts personnels ou de faction, quelles conséquences juridiques et institutionnelles cela pourrait-il entraîner ? Seules des preuves peuvent trancher.

    Le scénario le plus sensible : l’instrumentalisation des ressources de défense

    C’est ici que se trouve le cœur de l’affaire. Un État confronté à une menace sécuritaire majeure crée un dispositif destiné à protéger ses ressources stratégiques. Un mécanisme financier est prévu. Des effectifs doivent être mobilisés. Des entreprises sont appelées à contribuer. Si, parallèlement, des rivalités personnelles ou institutionnelles venaient à déterminer qui reçoit les moyens, qui les contrôle ou qui peut empêcher leur mise en œuvre, alors le problème ne serait plus simplement administratif. Il toucherait directement à la gouvernance de la défense nationale.

    Mais cette hypothèse doit encore être démontrée. Elle exige des documents, des témoignages concordants et une traçabilité financière.

    Les chiffres parleront plus que les discours

    Le pouvoir peut parler de souveraineté. Les responsables militaires peuvent parler de mobilisation. Les communiqués peuvent parler de sécurité. Mais les documents raconteront une autre histoire, celle des dépenses réellement effectuées. Il faudra comparer : les effectifs annoncés et les effectifs réels ; les missions prévues et les missions exécutées ; les montants théoriques et les paiements réalisés ; les contrats signés et les prestations effectivement fournies ; les structures annoncées et leur fonctionnement réel. C’est cette confrontation qui permettra de déterminer l’ampleur réelle du dossier.

    La question qui reste

    L’affaire CFPD-Domol Leydi ne permet pas, à elle seule, d’établir une accusation de haute trahison. Mais elle soulève suffisamment de questions pour justifier un examen approfondi de la chaîne de commandement, des effectifs, des contrats et surtout des flux financiers.

    Lorsqu’un dispositif de défense est associé à des ressources potentiellement considérables, l’enjeu ne peut pas être uniquement de savoir qui commande les hommes. Il faut aussi savoir : qui contrôle l’argent ; qui contrôle les contrats ; qui vérifie les effectifs ; qui contrôle les prestations ; qui peut bloquer ou débloquer les ressources ; et qui rend compte, en dernier ressort, de leur utilisation. C’est là que se trouve peut-être le véritable nœud de l’affaire.

    Et si des éléments documentaires venaient démontrer que des intérêts particuliers avaient effectivement pris le dessus sur les intérêts de la défense nationale, la question ne serait plus celle d’un simple bras de fer entre responsables. Elle deviendrait une question d’État. Car en matière de défense nationale, détourner les ressources, manipuler les structures ou neutraliser volontairement un dispositif stratégique ne serait pas une simple querelle de pouvoir : ce serait potentiellement une atteinte grave aux intérêts fondamentaux de la Nation.

    Pour l’heure, les faits établis, les affirmations de sources et les hypothèses doivent être soigneusement distingués. Mais une chose est certaine : la seule manière de lever le voile sur cette affaire sera de suivre les hommes, les ordres, les contrats et surtout l’argent.

  • Uranium au Niger : Dasa, le nouveau cœur minier tandis que la SOMAÏR s’éteint

    Uranium au Niger : Dasa, le nouveau cœur minier tandis que la SOMAÏR s’éteint

    L’effondrement de la SOMAÏR et l’essor du projet Dasa redessinent la carte de l’uranium nigérien. En cause : un bras de fer géopolitique où les États-Unis avancent leurs pions pendant que la France perd du terrain.

    La SOMAÏR en chute libre : anatomie d’un effondrement

    La Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR), opérée historiquement par le groupe français Orano, traverse une crise sans précédent. Sa production s’est effondrée, chutant de plus de 80 % par rapport à ses capacités nominales. La raison ? Un blocus logistique asphyxiant : les routes d’exportation sont bloquées, les frontières avec le Bénin sont fermées, et le concentré d’uranium (yellowcake) ne peut plus rejoindre le port de Cotonou.

    Cette paralysie a poussé Orano à suspendre ses activités. Le gouvernement de transition nigérien a ensuite retiré les permis et pris le contrôle du site. Pour Niamey, la SOMAÏR symbolisait l’ancien modèle néocolonial dont il fallait s’affranchir, quitte à sacrifier la production de cette mine historique.

    Dasa : le nouveau poumon de l’uranium nigérien

    Pendant que la SOMAÏR s’enlise, le projet Dasa, porté par la société canadienne Global Atomic, monte en puissance. Ce gisement affiche des teneurs en uranium parmi les plus élevées au monde. Il doit compenser les pertes de la SOMAÏR sur le marché international.

    • Remplacement des volumes : Dasa est appelé à prendre le relais pour maintenir les exportations nigériennes.
    • Pragmatisme américain : Washington a injecté 414 millions de dollars via la DFC. Un soutien qui contraste avec la paralysie d’Orano, évincé par le différend politique avec la junte. Les États-Unis sécurisent ainsi leurs approvisionnements futurs en passant par des structures financières et des compagnies nord-américaines jugées plus neutres par le pouvoir nigérien.

    Une souveraineté minière sous contrainte

    Ce basculement révèle un paradoxe pour le régime du général Tiani. En misant sur une politique du tout militaire, il se retrouve contraint de se tourner vers des investissements européo-américains pourtant décriés à son arrivée au pouvoir. La souveraineté minière proclamée se heurte à la dure réalité des besoins financiers et technologiques.

  • Mali : 731 civils tués par des drones en trois ans, l’enquête qui accable

    Mali : 731 civils tués par des drones en trois ans, l’enquête qui accable

    Le constat est sans appel : au Mali, les drones ont fait 731 morts civils en trois ans. Entre septembre 2023 et septembre 2026, 199 frappes ont principalement touché des civils, selon des données d’ACLED citées dans une enquête de Jeune Afrique et Bellingcat, avec la participation de The Sentry. Derrière ces chiffres, des villages, des familles et des enfants.

    Une guerre aérienne devenue quotidienne

    Dans le nord et le centre du Mali, le bourdonnement d’un drone dans le ciel est désormais un signal d’angoisse. Les autorités maliennes ont considérablement renforcé leurs capacités aériennes pour lutter contre les groupes armés. Des drones turcs Bayraktar TB2 et Akinci, ainsi que des avions de combat, sont mobilisés dans les opérations des Forces armées maliennes (FAMa) et de leurs partenaires russes de l’Africa Corps.

    Sur le papier, ces équipements doivent permettre de frapper à distance des cibles identifiées avec précision. Sur le terrain, l’enquête décrit une réalité beaucoup plus préoccupante.

    Près de 60 frappes passées au crible

    Les enquêteurs ont étudié près de 60 frappes et en ont reconstitué 12 de manière indépendante, en croisant images satellites, vidéos, photographies, débris de munitions, témoignages et données de géolocalisation. Dans ces douze cas, ils ont identifié 146 morts civils.

    À une échelle plus large, les données d’ACLED font état de 199 frappes ayant principalement touché des civils et de 731 morts civils sur trois ans, entre septembre 2023 et septembre 2026. Ces chiffres ne signifient pas que chaque victime a été individuellement identifiée ou que la responsabilité juridique de chaque frappe est établie. Ils donnent toutefois une mesure de l’ampleur des pertes civiles attribuées à cette campagne aérienne.

    Des enfants parmi les victimes

    C’est l’un des aspects les plus sensibles de l’enquête. Dans certains cas étudiés, des témoins et des éléments recueillis soulèvent des interrogations sur ce que les opérateurs savaient avant de déclencher le tir.

    Une formule rapportée dans le cadre de l’enquête résume cette accusation de manière brutale : « Ils ont vu les enfants, ils ont quand même tiré. »

    Si elle était établie, une telle pratique soulèverait des questions majeures au regard des principes fondamentaux du droit international humanitaire, notamment la distinction entre combattants et civils et l’obligation de prendre toutes les précautions possibles pour épargner les populations.

    Mais la question dépasse les seuls opérateurs assis derrière leurs écrans. Elle concerne toute la chaîne qui conduit à une frappe : collecte du renseignement, identification de la cible, validation de l’opération, choix de la munition et ordre de tir.

    Une chaîne de commandement difficile à établir

    C’est l’un des points sur lesquels l’enquête met l’accent. La guerre aérienne malienne implique plusieurs acteurs : forces maliennes, partenaires russes de l’Africa Corps et, dans le domaine des drones turcs, des acteurs liés à leur acquisition et à leur utilisation.

    Cette imbrication rend complexe la détermination des responsabilités. Qui identifie la cible ? Qui confirme sa nature militaire ? Qui donne l’ordre de frapper ? Qui contrôle l’opération au moment du tir ? Et surtout, qui répond des victimes lorsqu’une frappe atteint une population civile ?

    Ces questions prennent une importance particulière dans un conflit où les autorités maliennes présentent régulièrement leurs opérations aériennes comme des actions contre des groupes armés.

    La précision technologique ne garantit pas la protection des civils

    L’arrivée des drones a souvent été associée à l’idée d’une guerre plus précise. Un opérateur peut observer une zone à distance, suivre une cible et choisir le moment de l’attaque sans exposer directement des soldats au feu ennemi.

    Mais la technologie ne supprime pas les erreurs humaines. Elle ne garantit pas non plus que le renseignement soit exact.

    Au contraire, dans une région où les groupes armés se déplacent au milieu des populations, où les villages sont isolés et où les informations disponibles sont parfois fragmentaires, identifier avec certitude un combattant peut s’avérer extrêmement difficile.

    L’enquête souligne ainsi le contraste entre la sophistication des armes employées et la vulnérabilité des personnes vivant dans les zones de conflit. Pour les habitants, un drone qui apparaît dans le ciel ne distingue pas nécessairement un combattant d’un berger, d’un commerçant ou d’un enfant.

    Une guerre qui laisse des traces

    Les chiffres disponibles témoignent d’une évolution importante de la guerre aérienne au Mali. Selon les données citées par l’enquête, le nombre de frappes ayant fait des victimes civiles a fortement augmenté par rapport aux années précédentes.

    Cette évolution intervient alors que les violences contre les populations civiles restent un problème majeur au Sahel. Les groupes armés sont eux-mêmes responsables de nombreuses attaques contre les civils et disposent également de capacités croissantes en matière de drones et d’engins explosifs.

    Pour les familles maliennes, cependant, la distinction entre les différentes technologies et les différentes chaînes de responsabilité ne change rien à la réalité finale : lorsqu’une frappe atteint un village, ce sont des vies qui disparaissent.

    La question posée par ces révélations n’est donc pas seulement celle de l’efficacité militaire des drones. Elle est aussi celle des limites qui doivent encadrer leur utilisation.

    À mesure que les armées sahéliennes se dotent de moyens aériens toujours plus sophistiqués, la question de la responsabilité devient incontournable. Une arme capable de frapper à plusieurs kilomètres de distance ne dispense pas celui qui l’utilise de vérifier sa cible.

    Au Mali, les centaines de morts recensées dans les données citées par l’enquête rappellent une réalité essentielle : dans toute guerre technologique, la distance entre celui qui appuie sur un bouton et celui qui meurt peut être immense. Mais la responsabilité, elle, ne disparaît pas avec la distance.

  • Master en ingénierie durable : le Bénin forme désormais ses propres concepteurs

    Master en ingénierie durable : le Bénin forme désormais ses propres concepteurs

    Le Bénin renforce son autonomie technologique. Le 15 septembre 2026, le Sèmè City Institute of Technology (SCITI) et l’Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) ont acté un partenariat pour déployer le Master « Ingénierie de conception – parcours Ingénierie durable ». Une signature qui scelle la première offre de niveau Master du SCITI.

    Une convention pour un diplôme international

    La coopération entre le gouvernement béninois et l’établissement français aboutit à un cursus diplômant de rang international. Ce programme inédit marque une étape pour le SCITI, l’école d’ingénieurs du pôle national d’innovation Sèmè City.

    Un vivier de cadres techniques locaux

    L’enjeu est clair : former sur le sol béninois une génération de cadres techniques capables de répondre aux besoins du marché. Jusqu’ici, le pays dépendait largement de compétences étrangères pour ses projets d’envergure.

    Concevoir plutôt qu’exécuter : le cœur du programme

    Le Master couvre l’intégralité du cycle de vie des produits et des infrastructures. Les apprenants seront formés à intégrer des critères environnementaux, économiques et de performance dès la modélisation théorique. Une approche qui vise à produire des concepteurs, et non de simples exécutants.

    Un levier pour l’industrialisation du Bénin

    Cette initiative s’aligne sur la politique de transformation économique et industrielle du Bénin. L’objectif affiché : doter le pays d’ingénieurs aptes à bâtir des solutions adaptées aux réalités locales.

    Un impact direct sur les zones industrielles

    Le renforcement du capital humain doit soutenir le développement des zones industrielles, à l’image de la Zone Économique Spéciale de Glo-Djigbé (GDIZ). À terme, le Bénin entend s’imposer comme un hub d’innovation technologique en Afrique de l’Ouest.

  • Services fiscaux en ligne : Parakou, Comè et Lokossa dans le viseur de la dgi dès septembre 2026

    Services fiscaux en ligne : Parakou, Comè et Lokossa dans le viseur de la dgi dès septembre 2026

    Services fiscaux en ligne : Parakou, Comè et Lokossa dans le viseur de la DGI dès septembre 2026

    À partir du 21 septembre 2026, les contribuables des Centres des impôts des petites entreprises (CIPE) de Parakou, Comè et Lokossa pourront effectuer leurs démarches fiscales en ligne. Une avancée majeure pour moderniser l’administration fiscale au Bénin.

    Plateforme e-services de la DGI pour les quittances fiscales en ligne

    Des démarches fiscales simplifiées dès septembre 2026

    La Direction générale des impôts (DGI) du Bénin franchit une nouvelle étape dans la dématérialisation des services fiscaux. Dès le 21 septembre 2026, les contribuables partenaires des CIPE de Parakou, Comè et Lokossa bénéficieront d’un accès progressif à la plateforme e-services. Cette initiative permettra d’obtenir en ligne des quittances de paiement et des attestations de régularité fiscale, réduisant ainsi les déplacements aux guichets.

    Des sessions de sensibilisation et de formation seront organisées pour accompagner les utilisateurs dans l’appropriation de ces nouveaux outils numériques. L’objectif ? Faciliter les obligations déclaratives et les paiements, tout en allégeant la charge administrative pour les contribuables.

    Un déploiement progressif sur trois villes clés

    Le calendrier de mise en œuvre s’articule autour de trois dates précises :

    • 21 septembre 2026 : Parakou – Première ville à accéder aux services en ligne.
    • 28 septembre 2026 : Comè – Ouverture des services une semaine plus tard.
    • 5 octobre 2026 : Lokossa – Dernière étape du déploiement.

    Cette extension s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’administration fiscale béninoise. Elle vise à rendre les services plus accessibles, plus rapides et plus transparents pour les contribuables.

    Quels services en ligne sont proposés ?

    Les contribuables pourront notamment :

    • Effectuer leurs déclarations fiscales en ligne.
    • Réaliser des paiements dématérialisés.
    • Obtenir des justificatifs fiscaux (quittances, attestations).
    • Consulter leurs dossiers en temps réel.

    Cette transition numérique marque un tournant pour l’administration fiscale du Bénin, offrant davantage de flexibilité et d’efficacité aux usagers.

  • Séville contre barcelone : horaire, diffusions et analyses avant le choc

    Séville contre barcelone : horaire, diffusions et analyses avant le choc

    Le Barça embarque son statut de favori dans un déplacement délicat à Séville. Avec six victoires en autant de matchs de championnat, la machine blaugrana tourne à plein régime : 28 buts marqués, dont sept par Raphinha lors d’un festival offensif (7-2 contre le Racing Santander). Lamine Yamal complète cette attaque dévastatrice, transformant chaque rencontre en spectacle.

    Face à cette armada, le FC Séville affiche une belle résistance. Quatrième du classement avec 13 points, l’équipe andalouse a su se reconstruire. Ses succès étriqués – notamment à Valence et La Corogne (1-0) – masquent une dynamique collective solide, malgré une défaite à domicile face à l’Atlético de Madrid (1-3).

    FC Séville vs Barcelone : les infos pratiques

    Le choc se jouera dans la soirée du samedi 19 septembre 2026, avec un coup d’envoi programmé à 21h00 au stade Ramón Sánchez-Pizjuán. La rencontre sera arbitrée sous le regard du VAR, mais le nom de l’arbitre n’a pas encore été dévoilé.

    Pour suivre le match en direct, deux options s’offrent aux supporters : la chaîne DAZN et la plateforme Disney+. Le direct sera également accessible en streaming via l’application et le site de DAZN, ainsi que sur Disney+. Les cotes officielles (Betclic) donnent clairement l’avantage au Barça (1,17), avec une victoire de Séville à 10,75 et un match nul à 7,25.

    Le FC Séville en mode reconstruction

    La saison dernière, le club frôlait la relégation, terminant treizième. Cette saison, le virage est radical. Sous la direction de Luis García Plaza, les Andalous collectionnent les succès, souvent arrachés au forceps comme à Valence et La Corogne. Leur prestation la plus remarquée ? Un succès 3-1 à San Mamés face à l’Athletic Bilbao.

    Le mercato a été décisif. L’arrivée de Youssouf Fofana (ex-Milan) a renforcé le milieu, tandis que Jon Guridi et Giorgi Kochorashvili apportent de la fraîcheur. En défense, Juan Iglesias s’impose comme un élément clé à droite. L’attaque mise sur Lucas Stassin et Félix Correia (prêté par Lille), deux jeunes pousses pleines de dynamisme. Le club a cependant perdu des cadres comme César Azpilicueta (retraite) et Ørjan Nyland.

    Composition probable du FC Séville :

    • Odysseas Vlachodimos – Juan Iglesias, Andrés Castrín, Kike Salas, Gabriel Suazo
    • Miguel Sierra, Lucien Agoumé, Youssouf Fofana, Félix Correia
    • Lucas Stassin, Isaac Romero

    Entraîneur : Luis García Plaza

    Barcelona : une machine à gagner inarrêtable

    Double champion d’Espagne en titre, le Barça impose sa loi. Six victoires, 28 buts marqués, zéro défaite : les Catalans écrasent la Liga. Leur attaque, sans avant-centre fixe, aligne des noms redoutables : Raphinha (9 buts), Lamine Yamal (7 buts), Anthony Gordon et Karim Adeyemi. Hansi Flick a su créer un collectif où chacun brille.

    Le club a opéré un mercato ambitieux, avec l’arrivée de Rodri (Ballon d’Or 2024) et João Cancelo. Malgré le départ de Robert Lewandowski, les Blaugranas misent sur la profondeur. En défense, Pau Cubarsí et Gerard Martín forment un duo prometteur. Des absences notables sont à déplorer : Frenkie de Jong et Roony Bardghji sont blessés.

    Composition probable du Barcelona :

    • Joan García – Eric García, Pau Cubarsí, Gerard Martín, Xavi Espart
    • Rodri, Pedri
    • Lamine Yamal, Fermín López, Anthony Gordon
    • Raphinha

    Entraîneur : Hansi Flick

    Confrontations passées : le Barça domine, mais Séville a marqué les esprits

    Avec 204 confrontations entre les deux clubs, l’historique est sans appel : 119 victoires pour le Barça, 46 pour Séville, et 39 matchs nuls. Le différentiel de buts est tout aussi parlant : 430 buts blaugranas contre 250 pour les Andalous. Pourtant, Séville a su créer la surprise récemment.

    En octobre 2025, les Sévillans ont infligé un 4-1 au Barça au Sánchez-Pizjuán, une première en championnat depuis dix ans. Les Catalans avaient répliqué en mars dernier (5-2) au Camp Nou. Les cinq dernières rencontres de Liga ont produit 26 buts, avec des buts à chaque match. Un duel toujours riche en émotions.

    Probabilités et cotes avant le match

    Les bookmakers réservent une cagnotte réduite aux outsiders. Victoire de Barcelone (1,17) reste la valeur la plus probable, suivie du match nul (7,25) et d’une victoire sévillane (10,75). Ces cotes pourraient encore évoluer d’ici le coup d’envoi, mais le favori semble clair.

  • Mali : des prisons saturées par des arrestations massives

    Mali : des prisons saturées par des arrestations massives

    La surpopulation carcérale au Mali atteint un seuil critique. Les établissements pénitentiaires, déjà fragilisés par des failles structurelles, subissent de plein fouet l’intensification des arrestations et des opérations de sécurité. Depuis la transition politique, les rafles se multiplient, précipitant un afflux massif de détenus vers des centres déjà engorgés.

    Une pression sécuritaire qui asphyxie les prisons

    La priorité donnée à la sécurisation des grandes villes et à la lutte contre la criminalité et le terrorisme a multiplié les opérations de rafle. La Maison Centrale d’Arrêt (MCA) de Bamako, prévue pour 600 personnes, en héberge aujourd’hui plus de 10 000, dépassant largement sa capacité nominale.

    Cette explosion des incarcérations s’explique par :

    • La multiplication des arrestations massives : les rafles ciblées ou systématiques conduisent chaque jour de nombreuses personnes au dépôt, sans évaluation immédiate de la gravité des faits.
    • Le recours automatique à la détention préventive : face à la charge de travail et aux impératifs sécuritaires, le mandat de dépôt devient la norme, tandis que la liberté provisoire reste exceptionnelle.
    • L’engorgement de la chaîne judiciaire : la lenteur des procédures prolonge la détention de prévenus qui attendent parfois des années avant leur procès.

    Des conditions de détention inhumaines

    Cette promiscuité extrême entraîne des conséquences humanitaires graves :

    • Dégradation sanitaire : risques élevés de transmission de maladies infectieuses (tuberculose, dermatoses) et accès limité aux soins.
    • Tensions et insécurité interne : la surpopulation accroît les risques d’incidents et rend la gestion quotidienne complexe pour le personnel pénitentiaire.
    • Absence de réinsertion : la surpopulation annihile toute possibilité d’aménagement de peine ou de programmes de réhabilitation sociale.

    Des réformes d’urgence au point mort

    Face à l’urgence, la chancellerie malienne, au lieu de trouver des leviers pour désengorger les prisons sans compromettre la sécurité, aggrave la situation. En cause : la militarisation et la paranoïa liée aux coups d’État et aux mutineries qui secouent les États de l’AES.

    Le projet d’introduction du bracelet électronique comme alternative à la détention provisoire pour les infractions mineures a été rapidement abandonné en raison du déficit budgétaire.

    Si la modernisation des textes et l’usage des technologies offrent des perspectives de soulagement, les acteurs du droit soulignent qu’un désengorgement durable nécessitera aussi une rationalisation des procédures d’interpellation et une accélération du traitement judiciaire des dossiers en attente.

  • Général Barmou : l’empreinte décisive de la formation militaire américaine sur les Forces spéciales nigériennes

    Général Barmou : l’empreinte décisive de la formation militaire américaine sur les Forces spéciales nigériennes

    Le général de division Moussa Salaou Barmou incarne une génération d’officiers nigériens dont l’expertise opérationnelle a été façonnée par les institutions militaires américaines. Son parcours, marqué par des passages dans les centres de formation les plus réputés des États-Unis, a directement influencé la structuration et les méthodes des Forces spéciales du Niger.

    Un parcours académique et opérationnel aux États-Unis

    La formation du général Barmou s’est construite sur deux piliers complémentaires, l’un tactique, l’autre stratégique :

    • Fort Moore (ex-Fort Benning, Géorgie) : il y a suivi l’entraînement de la U.S. Army Infantry School, une référence en matière de tactique d’infanterie, d’assaut et de combat rapproché.
    • National Defense University (NDU) de Washington : diplômé du College of International Security Affairs (CISA), il y a approfondi la planification stratégique, la lutte contre le terrorisme et l’analyse des menaces asymétriques.

    Cette double immersion lui a permis d’assimiler les principes de la doctrine militaire américaine : réactivité, autonomie des petites unités et intégration poussée des moyens de renseignement.

    Application concrète au sein des Forces spéciales nigériennes

    Les compétences acquises aux États-Unis se sont traduites par des réalisations tangibles sur le terrain nigérien :

    • Création des Forces Spéciales (PFS) : en tant que commandant, Barmou a structuré cette unité d’élite sur le modèle du U.S. Special Operations Command (USSOC), imposant des critères de sélection rigoureux, des exercices d’interception rapide et l’emploi intensif de petites patrouilles mobiles.
    • Opérations conjointes anti-terroristes : en collaboration avec les forces américaines basées à Agadez (Base 201) et à Niamey, il a coordonné des opérations complexes de contre-insurrection dans le bassin du lac Tchad contre Boko Haram et dans la zone des trois frontières face aux groupes liés à l’État islamique.
    • Diplomatie militaire : sa maîtrise des codes américains a fait de lui un interlocuteur privilégié du Pentagone. Lors des négociations délicates qui ont suivi le coup d’État de 2023, cette crédibilité et cette rigueur acquises lors de sa formation ont permis de maintenir un canal de discussion direct avec la diplomatie américaine.

    Un rôle clé dans la transition militaire

    Aux côtés du général Abdourahamane Tiani au sein du CNSP, Moussa Salaou Barmou a occupé le poste de Chef d’État-Major des Armées (CEMA). Il a réorganisé la carte sécuritaire du Niger et le dispositif de l’Alliance des États du Sahel (AES) avant la restructuration du commandement militaire intervenue en septembre 2026. Son action au sein des Forces armées nigériennes reste marquée par sa capacité à acclimater les méthodes de guerre moderne et le pragmatisme américain aux réalités tactiques du théâtre sahélien.

  • Au Burkina Faso, la souveraineté agricole mise à mal par la réalité des prix

    Au Burkina Faso, la souveraineté agricole mise à mal par la réalité des prix

    À Tougan, le constat est sans appel. Loin des discours officiels sur la souveraineté et l’industrialisation, les producteurs agricoles continuent d’affronter seuls une réalité bien plus sombre : vendre à perte, rembourser des crédits et, parfois, envisager l’exil pour survivre.

    « L’an dernier, le maïs a produit. Mais avec le plafonnement des prix, aucun bénéfice pour les producteurs. Cette année, beaucoup traverseront la frontière à cause des crédits », confie un témoin à Tougan. Une situation qui se résume en une phrase cruelle : « Le producteur pleure quand la récolte est bonne, il pleure quand elle est mauvaise. »

    Une contradiction fondamentale

    Cette réalité pose une question essentielle : où est passée la priorité affichée pour ceux qui nourrissent le pays ?

    Depuis son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré met en avant la production locale, la souveraineté économique et la capacité du Burkina Faso à fabriquer lui-même certains équipements. Les annonces d’unités industrielles, notamment pour l’armée, occupent une place centrale dans cette communication. Mais une économie ne se résume pas à ses usines ni à ses équipements militaires.

    Des producteurs face à des défis immédiats

    Alors que les nouvelles capacités industrielles sont présentées comme des symboles de souveraineté, les agriculteurs, eux, restent confrontés à des problèmes bien plus pressants : prix d’achat insuffisants, endettement, débouchés incertains et rentabilité en berne.

    Produire davantage n’a de sens que si celui qui produit peut en vivre.

    L’impasse de l’investissement agricole

    Le cas de Tougan dépasse la simple question du maïs. Il interroge l’investissement agricole. Quel entrepreneur acceptera durablement d’investir dans un secteur où une bonne récolte fait chuter les prix au point de ruiner le producteur, tandis qu’une mauvaise récolte l’expose directement à l’endettement ?

    C’est là l’un des angles morts du récit de souveraineté : une nation ne devient pas économiquement indépendante uniquement parce qu’elle fabrique ses propres armes. Elle doit aussi sécuriser les revenus de ceux qui produisent sa nourriture.

    Le paradoxe burkinabè

    Le paradoxe est brutal. Le Burkina veut produire localement ses équipements, mais certains producteurs agricoles cherchent encore comment écouler leur production sans perdre leur investissement.

    À force de mettre en avant les images d’usines, de machines et d’équipements militaires, le pouvoir risque de laisser dans l’ombre une autre réalité : celle des champs, des greniers, des crédits et des familles rurales qui attendent des solutions concrètes.

    La souveraineté ne se mesure pas seulement à ce qu’un État peut fabriquer pour son armée. Elle se mesure aussi à sa capacité à protéger celui qui, chaque matin, met une graine en terre pour nourrir la nation.

    À Tougan, la question n’est donc pas de savoir combien d’usines le Burkina peut inaugurer. La question est plus simple, et probablement plus urgente : combien de temps encore le producteur pourra-t-il travailler sans gagner sa vie ?