Un pas décisif est franchi pour le projet de liaison ferroviaire reliant Edéa, Kribi, Lolabé et Campo au Cameroun. Une cérémonie officielle est organisée aujourd’hui à Yaoundé, réunissant les représentants de l’État, d’Africa Global Logistics (AGL) et de Camalco, filiale locale de Canyon Resources. Le mémorandum d’entente signé lors de cet événement, présidé par le ministre des Transports Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe, marque le coup d’envoi des discussions structurantes pour cette infrastructure stratégique.
L’hôtel Starland accueille cette rencontre symbolique, où l’accent sera mis sur la connexion du réseau ferré national au port en eau profonde de Kribi. À terme, ce corridor vise également à faciliter l’exportation des ressources minières du pays, renforçant ainsi la compétitivité logistique du Cameroun.
Un projet phare pour la logistique et l’économie camerounaise
Ce corridor ferroviaire ne se limite pas à une simple ligne de train. Il incarne une refonte complète de la chaîne logistique nationale, articulée autour de trois piliers : le rail, les ports et les mines. Le tracé Edéa–Kribi–Campo, long de 184,5 km, s’inscrit dans une vision plus large, incluant également le tronçon Douala–Limbé–Idénau (107 km). L’ajout de Lolabé, situé à proximité du port de Kribi, élargit encore les perspectives de ce projet ambitieux.
Le partenariat envisagé serait de type public-privé, couvrant toutes les phases du projet : études préalables, financement, construction, exploitation et maintenance. Cependant, aucune décision finale concernant l’investissement n’est attendue dans l’immédiat. Plusieurs éléments restent à préciser, tels que le tracé exact, le calendrier des travaux, le budget global, la durée de la concession et la date de mise en service. Pour le gouvernement camerounais, ce corridor répond à un double objectif : désenclaver la région Sud et renforcer l’attractivité des corridors d’exportation. Pour AGL, déjà bien implanté dans la logistique portuaire et ferroviaire en Afrique centrale, ce projet consolide sa position de leader dans le transport de marchandises.
Kribi, un port stratégique au cœur des ambitions minières
L’atout majeur de ce corridor réside dans son lien avec le port de Kribi, seul port en eau profonde du Cameroun. Sa capacité de traitement est actuellement limitée par l’insuffisance des infrastructures terrestres. Une liaison ferroviaire directe permettrait de lever ce goulot d’étranglement, en offrant une évacuation fluide des marchandises depuis les zones industrielles voisines et vers les marchés internationaux.
Kribi pourrait ainsi absorber une partie des flux actuellement acheminés vers Douala, dont les contraintes nautiques liées à l’estuaire du Wouri compliquent la gestion optimale des navires. L’intégration minière ajoute une dimension supplémentaire à ce projet. Camalco, via son projet de bauxite de Minim Martap dans l’Adamaoua, apporte une ressource d’envergure mondiale. Les réserves prouvées s’élèvent à 144 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 51,2 % en alumine et 1,7 % en silice. Le gisement total est estimé à 1,102 milliard de tonnes, nécessitant une infrastructure logistique robuste pour son évacuation.
Camalco sécurise sa chaîne logistique
En attendant la finalisation du corridor Edéa–Kribi, Camalco mise sur une solution intermédiaire centrée sur Douala. Pour sécuriser cette étape, la filiale a renforcé sa participation dans Camrail, l’opérateur du réseau ferroviaire, en portant sa part de 9,1 % à 26,9 % pour un investissement de 9,852 milliards de FCFA. Parallèlement, elle a injecté 347,447 millions de FCFA dans Terminal Bois du Port de Douala S.A. Les préparatifs se poursuivent avec la mise en place d’une Inland Rail Facility et des installations portuaires dédiées. Les premières locomotives devraient être livrées à l’été 2026, suivies des wagons en juillet. La première expédition de bauxite est programmée pour la fin septembre 2026.
Pourtant, les limites de Douala en termes de capacité portuaire pourraient peser sur la rentabilité des flux miniers massifs. Le corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo offrirait une alternative avantageuse, réduisant la dépendance au port de Douala et optimisant les coûts d’évacuation. Pour le Cameroun, ce projet représente une opportunité de désenclaver sa région Sud, de valoriser ses ressources naturelles et de positionner Kribi comme un hub d’exportation majeur.
Plusieurs incertitudes persistent quant à la faisabilité du projet. Le mémorandum ne détaille ni le coût total des investissements, ni la répartition des risques entre les partenaires, ni les impacts environnementaux et fonciers du tracé. Ces éléments seront déterminants pour attirer les bailleurs internationaux et garantir la viabilité économique du modèle. La signature de Yaoundé marque néanmoins le retour du corridor ferroviaire sur le devant de la scène des grands chantiers nationaux. Elle ouvre la voie à une future architecture logistique intégrant rail, ports et mines.
