Pourquoi la CAF a-t-elle modifié le résultat final de la can 2025 ?
En janvier 2026, le Sénégal s’imposait face au Maroc lors d’une finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) jugée controversée. Derrière ce succès sur le terrain se cachait un climat de tensions marqué par des suspicions envers l’arbitrage et la gouvernance de la Confédération africaine de football (CAF). Des accusations de partialité en faveur du pays hôte ont poussé l’instance à réaffirmer son engagement en faveur de l’équité et de la transparence.
La rencontre, ponctuée d’incidents majeurs, a basculé dans la polémique. Un but du Sénégal a été refusé en fin de match pour une raison jugée irrégulière, tandis qu’un pénalty a été accordé au Maroc dans les dernières minutes. Face à cette décision arbitrale contestée, l’équipe sénégalaise a quitté le terrain en signe de protestation, provoquant une interruption de près de quinze minutes. Malgré ces événements, le Sénégal a finalement remporté la finale en prolongations. Cependant, cette réaction a été jugée non conforme aux Règlements de la CAN.
Selon les articles 82 et 84 de ces règlements, toute équipe refusant de jouer ou quittant prématurément le terrain sans l’autorisation de l’arbitre est considérée perdante et voit le match perdu sur le score de 3-0. C’est sur cette base que la Fédération royale marocaine de football a saisi le Jury disciplinaire de la CAF, qui a d’abord rejeté la réclamation. Un recours a ensuite été porté devant le Jury d’Appel de la CAF, qui a finalement statué le 17 mars 2026 : le Sénégal a été déclaré forfait et le titre attribué au Maroc.
Quels sont les arguments juridiques du recours sénégalais devant le TAS ?
Le Sénégal a décidé de contester cette décision en saisissant le Tribunal arbitral du Sport (TAS), qui devra examiner le litige à la lumière des statuts de la CAF et du Code de l’arbitrage en matière de sport. Conformément à l’article 48.2 des Statuts de la CAF, le TAS s’appuiera en priorité sur les règles édictées par la CAF et la FIFA, avec subsidiarité au droit suisse. Cette approche a déjà été appliquée dans des affaires similaires, comme celle opposant la Fédération sud-africaine de football à la CAF en 2020.
Le recours sénégalais pourrait s’articuler autour de deux axes principaux. D’abord, la qualification des faits : le TAS devra déterminer si le retrait temporaire de l’équipe sénégalaise peut être assimilé à un « refus de jouer » ou à un abandon définitif, comme le suggère l’article 82. Ensuite, l’articulation entre l’autorité de l’arbitre, dont les décisions sont normalement définitives, et le pouvoir disciplinaire des instances de la CAF. Le Sénégal pourrait invoquer les principes du droit de la FIFA pour souligner que la gestion de l’incident relevait de la compétence exclusive de l’arbitre en temps réel.
Le TAS a d’ailleurs confirmé sa capacité à trancher ce type de litiges, comme en témoigne son communiqué du 25 mars 2026. La décision finale dépendra de l’appréciation des arbitres spécialisés et indépendants, qui pourraient s’appuyer sur d’autres dispositions, comme les articles 9 et 16 du Code disciplinaire de la FIFA ou la Loi 5 des Lois du Jeu, relatives aux conséquences du comportement d’une équipe sur l’arrêt d’un match.
Quelles sont les prochaines étapes pour le Sénégal et la CAF ?
Conformément à l’article 48.7 des Statuts de la CAF, le recours introduit devant le TAS n’a pas d’effet suspensif. La décision du Jury d’Appel reste donc exécutoire jusqu’à ce que le TAS rende son verdict. Le Sénégal a déjà soulevé des questions de procédure, notamment en demandant la suspension du délai pour déposer son mémoire d’appel en attendant la notification de la décision motivée de la CAF. Cette phase préliminaire du contentieux est en cours.
Sur le fond, le recours sénégalais pourrait tenter de démontrer que l’interprétation des articles 82 et 84 par le Jury d’Appel a été excessive, en assimilant une interruption contestataire à un abandon définitif. Par ailleurs, il pourrait plaider que la requalification en forfait par la CAF porte atteinte à la logique de régulation immédiate du jeu et à la sécurité juridique de la compétition. Cependant, le dénouement de ce litige reste incertain, car le TAS dispose d’un pouvoir discrétionnaire total. Dans des affaires comparables, il a déjà eu l’occasion d’annuler ou de confirmer des décisions, comme en témoignent les références jurisprudentielles CAS 2019/A/6483 et CAS 2020/A/6907.
