Catégorie : Analyses

  • Le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré : entre promesses politiques et réalités complexes

    Le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré : entre promesses politiques et réalités complexes

    Un discours officiel en décalage avec les défis persistants du pays

    Les médias nationaux ont relayé avec ferveur l’idée d’une transformation majeure du Burkina Faso sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré. Pourtant, cette vision d’un « eldorado » en construction relève davantage d’une stratégie de communication que d’une analyse objective de la situation. Malgré les discours sur une « révolution populaire progressiste », les Burkinabè continuent de subir au quotidien les conséquences d’une insécurité endémique, d’une économie fragilisée et d’un manque criant de résultats tangibles.

    Des annonces ambitieuses, mais des réalisations en retrait

    Depuis son accession au pouvoir, Ibrahim Traoré a multiplié les promesses de renouveau national, évoquant une industrialisation rapide et une reprise en main intégrale du territoire. Si quelques projets d’infrastructures ont vu le jour, leur impact réel sur l’ensemble de la population reste limité. Présenter ces initiatives comme les signes d’un développement généralisé relève d’une exagération manifeste, alors que les défis structurels du pays persistent.

    Une sécurité toujours précaire et des déplacements massifs de populations

    Le récit officiel met en avant un Burkina Faso en marche vers une souveraineté renforcée, notamment à travers l’Alliance des États du Sahel (AES). Pourtant, la réalité est tout autre : les attaques récurrentes dans plusieurs régions et le nombre croissant de déplacés internes témoignent d’une insécurité loin d’être maîtrisée. Les violences ont poussé des familles entières à quitter leurs foyers, souvent pour des zones moins exposées ou vers des pays voisins, dans l’espoir d’y trouver une protection plus fiable.

    Dans les zones les plus exposées, l’accès aux denrées alimentaires, aux soins médicaux et aux services essentiels reste un luxe pour une grande partie de la population. L’interruption des activités agricoles, les ruptures d’approvisionnement et les restrictions humanitaires aggravent une insécurité alimentaire déjà alarmante. Dans certaines localités, l’absence de forces de sécurité suffisantes force les habitants à dépendre exclusivement de l’aide extérieure, quand celle-ci parvient à leur être distribuée.

    Une communication politique en quête de légitimité

    Pour les observateurs critiques, l’enthousiasme affiché autour d’un prétendu « eldorado » burkinabè vise avant tout à redorer le blason d’un pouvoir en perte de vitesse. Initialement porté par un élan populaire, le capitaine Traoré voit sa popularité s’éroder progressivement, faute de concrétisations à la hauteur des attentes. Les discours souverainistes et les promesses de progrès économique séduisent une partie de la population, mais pour beaucoup, ils ne suffisent plus. Ce qui compte désormais, ce sont des améliorations concrètes : plus de sécurité, des emplois décents, une stabilité économique et des services publics fonctionnels.

    La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit

    L’affirmation selon laquelle le Burkina Faso aurait définitivement tourné la page de ses difficultés apparaît prématurée. Un pays ne se développe pas uniquement par des annonces ou des slogans politiques, mais par des actions tangibles améliorant le quotidien de ses citoyens. La souveraineté, souvent invoquée pour justifier les choix de gouvernance, ne saurait se substituer à la nécessité de répondre aux besoins urgents de la population.

    Les déclarations sur une rupture avec le passé, symbolisées par la phrase « le contexte actuel n’est plus celui de 1987 », s’inscrivent dans une rhétorique destinée à marquer une nouvelle ère. Pourtant, cette posture politique ne résout en rien les questions essentielles liées à la gouvernance, à la performance économique ou à la gestion de l’insécurité. Pour les analystes, le vrai défi pour le pouvoir en place réside dans sa capacité à transformer ses ambitions en résultats concrets, mesurables et durables pour les Burkinabè.

    Entre slogans et attentes réelles : un équilibre fragile

    Décrire le Burkina Faso comme un « eldorado » relève davantage d’une opération de communication qu’une description fidèle de la réalité. Tant que les promesses politiques ne se traduiront pas par des progrès tangibles dans le quotidien des citoyens, les campagnes de valorisation du régime risquent de rencontrer un scepticisme de plus en plus marqué. La population, lasse des discours creux, attend des actes : des solutions concrètes à l’insécurité, des opportunités économiques et une amélioration tangible de ses conditions de vie. Sans cela, l’écart entre le récit officiel et la réalité ne fera que se creuser.

  • Crise de la démocratie en afrique : l’analyse tranchante de Salomon Beas

    Crise de la démocratie en afrique : l’analyse tranchante de Salomon Beas

    La démocratie africaine en péril : le constat sans appel de Salomon Beas

    L’ancien militant du MRC Salomon Beas alerte sur les dérives qui minent les systèmes démocratiques du continent.

    Des leaders politiques en quête de pouvoir au détriment de la démocratie

    Selon Salomon Beas, ancien militant du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), la quête effrénée du pouvoir présidentiel par certains dirigeants de partis politiques constitue un frein majeur à l’épanouissement démocratique en Afrique.

    Dans une publication partagée récemment sur sa page Facebook, il dénonce ces figures de l’opposition qui réduisent leur engagement à une course vers la magistrature suprême.

    « Dans un contexte où des fonctionnaires ou administrateurs basculent sans transition dans le rôle de leaders politiques, la démocratie peine à s’enraciner. Leur unique ambition ? Devenir rapidement président de la République, sans pour autant œuvrer à une véritable transformation des mentalités des citoyens qu’ils prétendent représenter. Leur besoin d’être constamment accompagnés, à tout prix, dans cette quête les pousse à entourer uniquement des suiveurs ou des endoctrinés, écartant toute voix discordante susceptible d’apporter des idées nouvelles.

    Avec le temps, ces pratiques éloignent les valeurs essentielles à un champ politique sain, laissant place à des opportunistes dépourvus de conviction, incapables d’initier des actions concrètes. Leurs projets, aussi ambitieux soient-ils, finissent par s’éteindre avec leur retraite politique.

    En Afrique centrale, cette maladie qui ronge la démocratie prend une forme particulière : celle des présidents de partis politiques se comportant comme des pasteurs d’églises de réveil, recherchant des fidèles plutôt que des militants engagés et des challengers politiques crédibles.

    La démocratie, une question de convictions et de projets, pas de pouvoir

    Pour Salomon Beas, un véritable leader doit transcender les jeux de pouvoir et embrasser une vision authentique de la démocratie.

    « Face à ce système, les régimes autoritaires parviennent souvent à se régénérer, perpétuant des modèles politiques résistants au changement. Un leader qui ne comprend pas que la démocratie repose sur des convictions, une vision partagée et des projets collectifs, tout en acceptant que ses collaborateurs puissent développer des ambitions politiques supérieures aux siennes, échouera inévitablement. Le succès en politique ne vient pas de ce que l’on croit être, mais de la confiance que l’on inspire aux populations, laquelle peut faire naître des talents bien plus grands que soi. »

  • Stratégie politique : quand la victimisation devient une arme de communication

    Stratégie politique : quand la victimisation devient une arme de communication

    La dénonciation systématique, pilier d’une communication gouvernementale

    La Russie et les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont érigé la dénonciation de leurs détracteurs en véritable doctrine politique. Qu’il s’agisse des chancelleries occidentales, des médias internationaux ou des instances régionales, ces régimes n’hésitent pas à brandir des accusations répétées pour justifier leurs positions. Pourtant, une constante se dégage de cette rhétorique : lorsque ces mêmes gouvernements sont eux-mêmes pointés du doigt, leur posture bascule instantanément de l’accusateur à la victime.

    Le mécanisme du complot et de la désinformation : une réponse par défaut

    Dès qu’une décision politique est contestée, les dirigeants concernés invoquent systématiquement l’existence d’une manipulation extérieure. Qu’il s’agisse de sanctions économiques, de pressions diplomatiques ou de campagnes médiatiques, toute critique est immédiatement qualifiée de complot visant à saper leur souveraineté ou à entraver leur prétendue quête d’indépendance. Cette stratégie permet d’occulter les sujets de préoccupation majeurs pour les populations, tels que la dégradation des conditions économiques, l’insécurité endémique ou les atteintes aux libertés fondamentales.

    L’AES, terrain d’expression d’une rhétorique défensive

    Au sein de l’Alliance des États du Sahel, cette approche s’est généralisée. Les autorités attribuent systématiquement leurs échecs aux sanctions internationales, aux anciennes puissances coloniales ou à des acteurs étrangers. Pourtant, lorsque des citoyens, des journalistes ou des défenseurs des droits fondamentaux soulignent des dysfonctionnements internes, leurs critiques sont immédiatement discréditées. Elles sont systématiquement présentées comme des manœuvres orchestrées depuis l’extérieur pour déstabiliser les régimes en place.

    La Russie et l’art de détourner les critiques internationales

    Moscou applique une logique similaire sur la scène mondiale. Face aux reproches concernant ses interventions militaires, ses violations des droits de l’homme ou sa politique étrangère agressive, le Kremlin transforme chaque contestation en preuve supplémentaire d’une hostilité occidentale systématique. Cette rhétorique permet de détourner l’attention des questions soulevées et de présenter toute opposition comme une preuve de plus de l’acharnement contre la Russie.

    Les limites d’une stratégie fondée sur la victimisation permanente

    Si cette méthode présente des avantages immédiats en termes de communication politique, elle comporte des risques majeurs à long terme. Une gouvernance efficace repose sur la capacité à affronter les critiques, à y répondre par des arguments tangibles et à rendre des comptes aux citoyens. En systématisant l’idée d’un complot permanent, ces régimes risquent de saper le débat démocratique et de nourrir un climat de défiance généralisée envers les institutions.

    Accuser autrui est une démarche aisée. Assumer ses propres responsabilités, en revanche, exige du courage et de la transparence. En privilégiant sans cesse le discours victimaire, la Russie et plusieurs dirigeants de l’AES donnent parfois l’illusion de fuir les débats essentiels. Une critique, même virulente, ne constitue pas automatiquement une conspiration. Dans une société saine, elle représente aussi une opportunité d’améliorer les politiques publiques, de corriger les erreurs et de renforcer la confiance dans les institutions.

    La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit

    La souveraineté d’un État ne se mesure pas uniquement à sa capacité à désigner des ennemis, réels ou imaginaires. Elle se forge également par la transparence, la responsabilité et le respect du débat contradictoire. Sans ces fondements, le récit de la victimisation permanente perd de sa crédibilité et se réduit à un simple outil de communication, incapable de répondre aux défis réels auxquels ces nations sont confrontées.

  • L’afrique doit-elle choisir entre dépendance pharmaceutique et souveraineté sanitaire ?

    L’afrique doit-elle choisir entre dépendance pharmaceutique et souveraineté sanitaire ?

    une urgence sanitaire et économique pour le continent

    Jusqu’à présent, la majorité des pays africains ont fait le choix de dépendre des importations pour assurer les soins de leurs populations. Pourtant, cette dépendance représente un risque sanitaire et financier majeur. Dr Arnaud Kaboré, pharmacien et ingénieur spécialisé en santé publique, expose dans cette tribune une feuille de route pour que l’Afrique atteigne sa souveraineté pharmaceutique d’ici 2045.

    un risque sanitaire qui pèse sur 1,4 milliard d’africains

    Moins de cinq pays africains disposent aujourd’hui d’unités de production pharmaceutique capables d’exporter au-delà de leurs frontières. Cette situation expose le continent à une vulnérabilité alarmante : 94 % des médicaments consommés en Afrique sont importés, pour un coût annuel dépassant 18 milliards de dollars. Ce chiffre pourrait atteindre 30 milliards d’ici 2030, selon les projections.

    Les conséquences sanitaires sont dramatiques : plus de 70 % des établissements publics de santé en Afrique subissent au moins une rupture de stock par trimestre. La pandémie de Covid-19 a révélé les failles de ce système, tout comme les pénuries chroniques d’amoxicilline, d’insuline ou d’anesthésiques. L’accès aux anticancéreux et aux traitements innovants reste également un défi, avec des prix multipliés par trois en période de tension. Ces lacunes paralysent les programmes de santé publique et aggravent les inégalités d’accès aux soins.

    des atouts majeurs pour une industrie pharmaceutique africaine

    Pourtant, l’Afrique dispose de leviers significatifs pour transformer cette dépendance en autonomie :

    • un marché en pleine expansion : le secteur pharmaceutique africain pourrait dépasser 70 milliards de dollars d’ici 2030 ;
    • une biodiversité exceptionnelle : plus de 5 400 plantes médicinales recensées, dont certaines sont déjà intégrées dans des protocoles thérapeutiques officiels ;
    • une dynamique réglementaire en marche : l’Agence africaine du médicament (AMA), ratifiée par 27 pays, harmonise progressivement les normes ;
    • une volonté politique croissante : des pays comme le Burkina Faso, le Rwanda, l’Égypte, le Maroc, le Sénégal ou l’Afrique du Sud ont lancé des programmes ambitieux de production locale.

    pourquoi l’afrique ne doit pas reproduire les erreurs du passé

    La tentation de copier les modèles des « Big Pharma » internationales a souvent conduit à des échecs. Investir dans des équipements importés sans développer en parallèle les compétences locales, les savoir-faire techniques et les actifs industriels mène à une production coûteuse et inefficace. Cette approche perpétue la dépendance aux matières premières, aux technologies et aux expertises extérieures.

    Pour réussir, l’Afrique doit adopter une stratégie pragmatique, ancrée dans ses besoins endogènes. Cela implique de renforcer les segments les plus accessibles et stratégiques, tout en consolidant les fondations d’une industrie durable. L’industrialisation pharmaceutique ne peut faire l’économie d’une vision à long terme, d’une méthodologie rigoureuse et d’une coordination entre les acteurs publics et privés.

    une feuille de route pour reconquérir la souveraineté sanitaire

    Cette tribune propose aux décideurs publics une approche claire pour bâtir une industrie pharmaceutique africaine résiliente. L’objectif ? Produire localement pour soigner localement, tout en visant une autonomie qui permettra demain de soigner le monde.

    L’industrialisation pharmaceutique doit s’inscrire dans une stratégie plus large d’industrialisation du continent, portée par une vision claire, des moyens adaptés et une volonté politique inébranlable. Les enjeux sont colossaux : santé publique, création d’emplois, réduction de la dépendance économique et renforcement de la résilience face aux crises.

    Dr Arnaud Kaboré
    Pharmacien et ingénieur, cadre dirigeant dans le secteur de la santé


  • L’intelligence artificielle en afrique : une stratégie de souveraineté et de développement

    L’intelligence artificielle en afrique : une stratégie de souveraineté et de développement

    illustration de l'intelligence artificielle

    Face à l’accélération technologique mondiale, l’Afrique trace sa propre voie en matière de gouvernance de l’intelligence artificielle. Entre innovation et souveraineté numérique, le continent repense les cadres traditionnels pour en faire des leviers de croissance et de résilience.

    une approche africaine de l’intelligence artificielle : entre opportunités et défis

    Alors que l’Europe mise sur une régulation stricte de l’IA et que les États-Unis privilégient un modèle basé sur le marché, les pays africains redéfinissent les règles du jeu. La stratégie africaine ne se limite pas à une simple adaptation des modèles étrangers : elle s’appuie sur une vision où l’intelligence artificielle devient un outil au service du développement durable et de l’autonomie technologique.

    Cette dynamique est soutenue par la Stratégie continentale de l’Union africaine sur l’IA (2025-2030), qui encourage une utilisation éthique, inclusive et adaptée aux réalités locales. L’objectif ? Transformer l’IA en un accélérateur de solutions concrètes pour des défis majeurs comme la sécurité alimentaire, l’accès aux soins ou l’inclusion financière.

    le leapfrogging technologique : sauter les étapes pour mieux progresser

    L’Afrique a déjà démontré sa capacité à adopter rapidement des innovations sans passer par toutes les phases de développement des économies industrialisées. Ce phénomène, appelé leapfrogging, s’est illustré avec succès dans le domaine des services financiers mobiles. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle représente une nouvelle opportunité de ce type de saut technologique.

    Les premiers usages de l’IA se concentrent sur des secteurs clés :

    • l’agriculture, avec des outils prédictifs pour optimiser les récoltes et anticiper les aléas climatiques ;
    • la santé, grâce à des systèmes d’aide au diagnostic et à la télémédecine, cruciaux dans des zones sous-équipées ;
    • la finance, où l’IA facilite l’accès au crédit et démocratise les services bancaires numériques.

    Cette approche privilégie des solutions directement utiles aux populations plutôt que des technologies purement théoriques.

    la souveraineté numérique : un impératif stratégique

    L’utilisation massive de l’IA soulève une question cruciale : qui contrôle les données et les infrastructures ? Le concept de « colonialisme algorithmique » désigne un risque où les nations africaines deviendraient de simples fournisseurs de données pour des acteurs étrangers, sans tirer profit de leur valeur économique.

    Pour éviter ce piège, plusieurs pays africains développent des stratégies ambitieuses :

    • création d’infrastructures numériques locales ;
    • valorisation des données produites sur le continent ;
    • développement de centres de calcul régionaux ;
    • soutien à la recherche africaine en IA ;
    • création de modèles de langage adaptés aux langues et cultures africaines.

    Ces initiatives visent à réduire les dépendances technologiques tout en renforçant les capacités d’innovation locales.

    une gouvernance pragmatique et progressive

    Contrairement aux idées reçues, les États africains n’ambitionnent pas de reproduire les modèles réglementaires européens. Leur approche consiste plutôt à renforcer progressivement les cadres juridiques existants, notamment en matière de protection des données, de cybersécurité et de télécommunications.

    Cette stratégie offre plusieurs avantages :

    • elle limite la création de nouvelles bureaucraties ;
    • elle permet une montée en compétence progressive des autorités ;
    • elle encourage l’innovation sans freiner l’émergence des écosystèmes locaux.

    Des pays comme le Kenya, le Rwanda, le Nigeria, l’Afrique du Sud ou le Maroc élaborent actuellement leurs propres feuilles de route en matière d’IA. Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique régionale, soutenue par l’Union africaine et les communautés économiques sous-régionales.

    cybersécurité et IA : des enjeux indissociables

    L’adoption massive de l’intelligence artificielle élargit considérablement la surface d’attaque des cybercriminels. Les organisations africaines font face à de nouvelles menaces :

    • attaques assistées par IA ;
    • phishing ultra-personnalisé ;
    • utilisation de deepfakes pour l’usurpation d’identité ;
    • automatisation des attaques contre les infrastructures critiques ;
    • empoisonnement des données ou attaques adversariales contre les modèles d’IA.

    Pourtant, l’IA représente aussi un outil puissant pour renforcer la cybersécurité. Les centres opérationnels de sécurité intègrent désormais des solutions d’analyse comportementale, de détection automatisée d’anomalies et de réponse aux incidents. Ces technologies aident à pallier le manque criant d’experts en cybersécurité sur le continent.

    Cette transition nécessite une gouvernance robuste, avec une attention particulière portée à la protection des données, à la sécurité des chaînes d’approvisionnement logicielles et à la conformité aux référentiels internationaux.

    vers une troisième voie pour la gouvernance mondiale de l’IA ?

    L’expérience africaine illustre une approche inédite de la gouvernance de l’IA : ni purement restrictive comme en Europe, ni totalement libérale comme aux États-Unis, mais centrée sur l’autonomie technologique et le développement socio-économique. Cette troisième voie pourrait inspirer d’autres régions du monde.

    Pour réussir, cette stratégie repose sur plusieurs piliers essentiels :

    • des infrastructures numériques performantes ;
    • le développement des compétences locales ;
    • un investissement massif dans la recherche ;
    • un renforcement des capacités de cybersécurité ;
    • l’émergence d’un écosystème capable de produire ses propres données et solutions technologiques.

    Si ces conditions sont réunies, l’Afrique pourrait non seulement accélérer sa transformation numérique, mais aussi contribuer à façonner une gouvernance mondiale de l’IA plus équilibrée, adaptée aux réalités des économies émergentes et fondée sur l’équité, la sécurité et l’innovation.

    Fadhel Ghajati
  • Dilemme des jeunes Togolais : l’exil, seul espoir face au chômage et à l’absence d’avenir

    Dilemme des jeunes Togolais : l’exil, seul espoir face au chômage et à l’absence d’avenir

    Pour une génération entière de Togolais, le choix s’est transformé en une épreuve insurmontable : tenter sa chance à l’étranger ou accepter de vivre dans un pays où les rêves s’éteignent avant même d’avoir été conçus. Cette souffrance quotidienne, partagée par des milliers de jeunes, rejaillit aujourd’hui sur l’image de l’ensemble des institutions, et singulièrement sur celle du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis plus de deux décennies.

    Ce qui était autrefois une question d’opportunité est devenu, pour la majorité des jeunes du Togo, une question de survie. L’émigration n’est plus envisagée comme une option parmi d’autres, mais comme le seul projet viable dans un pays où l’État semble avoir renoncé à garantir un avenir à sa jeunesse. Cette rupture entre les aspirations des nouvelles générations et les réalités du terrain révèle un fossé croissant entre les citoyens et les responsables politiques, mais aussi une défiance profonde envers la capacité de l’administration à transformer les promesses en actions concrètes.

    Des diplômes inutiles et un marché du travail en décomposition

    Malgré les discours officiels célébrant les avancées économiques et les réformes structurelles, la réalité des jeunes actifs togolais contraste cruellement avec ces annonces. Les chiffres officiels, souvent salués pour leur optimisme, occultent une vérité bien plus crue : plus de sept jeunes sur dix évoluent dans l’économie informelle, contraints de survivre sans sécurité ni perspectives de carrière stables. Chaque année, les universités de Lomé et de Kara diplôment des milliers d’étudiants, mais les dispositifs censés les accompagner vers l’emploi – comme l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) ou la Coalition nationale pour l’emploi des jeunes (CNEJ) – peinent à répondre à une demande qui dépasse largement leurs moyens.

    Face à cette situation, des centaines de diplômés se retrouvent piégés dans des emplois précaires : conducteurs de zémidjans, vendeurs ambulants ou artisans du secteur informel. Leurs années d’études ne leur offrent plus aucune garantie, réduisant à néant des décennies d’efforts familiaux et collectifs. Ce gaspillage de capital humain n’est pas seulement une tragédie individuelle : il représente un frein majeur à la compétitivité, à l’innovation et à la croissance économique du pays. Les secteurs industriels et technologiques, incapables de créer des emplois qualifiés en nombre suffisant, ne parviennent pas à absorber cette main-d’œuvre diplômée, condamnant ainsi le Togo à une économie de survie plutôt qu’à un développement durable.

    Un système économique verrouillé par les privilèges et l’absence de mérite

    Au-delà de la précarité, c’est l’injustice structurelle qui ronge la confiance des jeunes Togolais. Les familles investissent des ressources considérables pour financer les études de leurs enfants, convaincues que le mérite ouvrira les portes d’un avenir stable. Pourtant, dans un système où l’accès au financement, aux marchés publics et aux opportunités entrepreneuriales dépend davantage des connexions politiques que des compétences, même les parcours académiques les plus brillants se heurtent à un mur invisible.

    Les dispositifs mis en place par l’État, comme le Fonds d’appui aux initiatives économiques des jeunes (FAIEJ), restent inaccessibles pour la majorité des jeunes entrepreneurs. Sans garanties financières ou sans appuis politiques, l’obtention d’un crédit relève du parcours du combattant. Les marchés publics, souvent attribués à des entreprises liées au parti au pouvoir, renforcent cette impression d’un système économique conçu pour quelques privilégiés. Pour les jeunes sans « piston », les portes de la réussite restent hermétiquement closes, transformant l’ambition en une source de frustration plutôt qu’en un moteur de progression.

    Cette réalité nourrit un découragement généralisé. Lorsque le mérite ne suffit plus, lorsque le travail acharné ne garantit aucune reconnaissance, comment espérer motiver une jeunesse à contribuer au développement national ? La disparition de l’égalité des chances ébranle les fondements mêmes du contrat social, poussant une partie croissante de la population à tourner le dos à ses responsabilités citoyennes.

    L’exode, une solution imposée par l’absence de perspectives

    Dans ce contexte, l’émigration n’est plus un choix, mais une nécessité. Les files d’attente devant les ambassades de France, les centres Campus France ou les agences d’immigration vers le Canada et les pays du Golfe s’allongent chaque jour. Les jeunes Togolais n’envisagent plus leur avenir au pays : ils cherchent désespérément à fuir.

    Cette fuite des talents prend une dimension particulièrement critique dans les secteurs de la santé et des technologies. Les hôpitaux togolais se vident de leurs médecins, infirmiers et spécialistes, tandis que les ingénieurs, chercheurs et entrepreneurs préfèrent développer leurs projets à l’étranger. Ce départ massif prive le Togo de compétences essentielles à son développement, tout en enrichissant les économies étrangères qui bénéficient ainsi d’un capital humain formé aux frais du pays d’origine. Les familles togolaises, après avoir investi des années de sacrifices pour éduquer leurs enfants, voient leurs efforts profiter à d’autres nations.

    Ce paradoxe illustre l’échec d’un modèle économique incapable de retenir ses forces vives. Sans innovation, sans élites locales dynamiques, sans investissements étrangers attirés par un vivier de talents, le Togo risque de s’enfermer dans un cycle de déclin, où seule une minorité de privilégiés pourra prospérer.

    Une gouvernance figée qui étouffe toute alternative

    Le découragement économique est aggravé par une crise politique sans précédent. Les jeunes Togolais, qui aspiraient à un renouvellement générationnel au sommet de l’État, voient leurs espoirs s’effondrer avec la réforme constitutionnelle controversée de 2024. Cette modification, perçue comme une manœuvre destinée à prolonger indéfiniment le règne de Faure Gnassingbé sous un nouveau titre, a achevé de discréditer l’idée même d’alternance démocratique.

    Pour une partie de la jeunesse, le problème dépasse désormais la simple question économique. Elle considère que sans justice indépendante, sans État de droit renforcé et sans compétition politique réelle, les réformes économiques ne pourront jamais produire les effets escomptés. La conviction que l’avenir se trouve ailleurs s’impose comme une évidence, alimentant un désengagement progressif de la vie publique. Les jeunes renoncent à s’investir dans les partis politiques, les associations ou les initiatives citoyennes, convaincus que leur voix ne peut plus influencer les orientations nationales.

    Cette désaffection affaiblit la vitalité démocratique du pays et prive le Togo d’une énergie créatrice indispensable à son renouveau. Comment un État peut-il espérer se développer lorsque sa jeunesse, porteuse d’idées neuves et d’ambitions collectives, ne rêve plus que de quitter le territoire ?

    Un pays sans sa jeunesse : un avenir en péril

    Selon ses détracteurs, le bilan de vingt années de gouvernance sous la présidence de Faure Gnassingbé révèle une incapacité chronique à construire une économie inclusive. Les richesses produites profitent, selon eux, à une minorité, tandis qu’une majorité de la population reste plongée dans la précarité ou envisage l’exil. L’histoire économique des nations montre pourtant qu’aucune société ne peut prospérer durablement lorsque sa jeunesse considère l’émigration comme son unique horizon.

    Les pays qui réussissent sont ceux qui parviennent à retenir leurs talents, à encourager l’innovation et à offrir à chacun les mêmes chances de réussite. Tant que le Togo ne répondra pas aux défis du chômage, de la transparence, du climat des affaires et des aspirations démocratiques de sa population, il continuera de perdre ses forces vives. Les générations futures pourraient alors hériter d’un pays vidé de ses compétences, de ses ambitions et de son potentiel de développement.

  • Bilan de la guerre à l’Est de la RDC : le poids de l’échec militaire selon Christian Moleka

    Bilan de la guerre à l’Est de la RDC : le poids de l’échec militaire selon Christian Moleka

    Lors d’un débat en direct organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, l’analyste politique Christian Moleka a livré une analyse sans concession des stratégies militaire et diplomatique mises en œuvre par la RDC pour faire face à l’insurrection dans l’Est du pays. D’après lui, malgré un investissement colossal de 4,5 milliards de dollars alloué entre 2022 et 2025 pour renforcer les forces armées congolaises (FARDC), les résultats restent décevants sur le terrain. Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) n’ont jamais réussi à reprendre l’avantage face à l’Alliance des Forces démocratiques (AFC/M23) depuis la chute de Bunagana en 2022.

    Un déséquilibre flagrant entre moyens alloués et résultats obtenus

    Christian Moleka n’a pas hésité à pointer du doigt l’échec des mesures militaires. « Les moyens engagés ne correspondent pas aux objectifs fixés », a-t-il déclaré. L’analyste souligne que, malgré les importants financements publics, les FARDC peinent à contenir l’avancée des rebelles. « Les 4,5 milliards de dollars n’ont pas permis de stabiliser la situation », martèle-t-il. Cette défaillance militaire contraste avec les avancées enregistrées sur le front diplomatique.

    Des avancées diplomatiques réelles mais insuffisantes

    Sur le plan international, Christian Moleka reconnaît plusieurs succès : l’adoption de sanctions européennes contre le Rwanda, une reconnaissance accrue de la légitimité du conflit congolais à Washington, ainsi que le vote unanime d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Ces mesures ont renforcé la position de la RDC sur la scène mondiale. Pourtant, ces victoires diplomatiques peinent à se traduire par des changements tangibles sur le terrain.

    L’analyste cite notamment un rapport du Groupe d’experts de l’ONU qui révèle que l’AFC/M23 a étendu son emprise territoriale de 35 % depuis les accords de Doha. « Ces outils diplomatiques ont une efficacité limitée dans le temps », explique-t-il. Pour lui, ils constituent des solutions partielles qui ne suffisent pas à résoudre la crise dans son ensemble.

    La responsabilité militaire au cœur du problème

    Interrogé sur les causes de ce bilan mitigé, Christian Moleka a été catégorique : « La responsabilité incombe en premier lieu à l’aspect militaire ». Il compare la relation entre diplomatie et action militaire à une danse où « on ne peut pas tenir une position diplomatique sans un volet militaire solide ». Selon lui, les progrès obtenus sur la scène internationale pourraient même se retourner contre la RDC si le rapport de force sur le terrain ne s’améliore pas rapidement.

    L’analyste insiste sur la nécessité d’une approche globale : « La guerre à l’Est de la RDC ne se gagne pas uniquement par des déclarations ou des résolutions ». Il appelle à une refonte des stratégies militaires pour inverser la tendance.

    Une guerre d’usure de trente ans

    Christian Moleka situe le conflit dans une perspective de long terme. Pour lui, cette guerre ne se caractérise pas par son intensité, mais par la capacité à tenir sur la durée. Cette guerre d’usure impose un défi majeur tant à la diplomatie congolaise qu’à son armée. « Ce n’est pas l’intensité qui compte, mais la capacité à persévérer », résume-t-il. Cette analyse met en lumière l’urgence d’une stratégie renouvelée pour mettre un terme à ce conflit qui s’éternise depuis des décennies.

    Les rebelles du M23 à Kibumba

  • La coopération russo-burkinabè sous les projecteurs : entre espoirs et réalités contrastées

    La coopération russo-burkinabè sous les projecteurs : entre espoirs et réalités contrastées

    Une alliance présentée comme un modèle de coopération, mais dont les effets peinent à se concrétiser

    Depuis le renforcement de ses liens avec la Russie, le Burkina Faso met en avant un partenariat qualifié de « gagnant-gagnant », fondé sur le respect mutuel et l’absence de contraintes politiques. Ouagadougou défend cette coopération comme un moyen de reconquérir une souveraineté longtemps affaiblie. Pourtant, derrière les déclarations officielles, les résultats apparaissent bien moins évidents, voire décevants sur plusieurs plans.

    La souveraineté retrouvée ? Une illusion ou une nouvelle forme de dépendance ?

    Le gouvernement burkinabè insiste sur la reprise en main de ses choix diplomatiques après des années de relations tendues avec certains partenaires occidentaux. L’idée d’une souveraineté recouvrée repose sur la diversification des alliances, mais cette stratégie soulève une question centrale : remplacer une dépendance par une autre suffit-il à garantir une véritable autonomie ? Une coopération équilibrée exige non seulement de multiplier les partenaires, mais aussi de préserver une liberté de décision, notamment dans des domaines stratégiques comme la sécurité ou l’exploitation des ressources naturelles.

    Sécurité : des promesses non tenues malgré le soutien russe

    Sur le plan militaire, le renforcement de la collaboration avec Moscou n’a pas permis d’endiguer la dégradation de la situation sécuritaire. Les attaques récurrentes contre les populations civiles, les déplacements massifs de personnes et la mainmise croissante des groupes armés sur certaines zones persistent. Dans ces conditions, attribuer exclusivement au partenariat russo-burkinabè une quelconque amélioration du rapport de force relève de l’optimisme excessif. Les défis sécuritaires restent intacts, et les solutions promises peinent à se matérialiser sur le terrain.

    Économie : des annonces sans retombées tangibles

    Le volet économique de cette coopération est marqué par un décalage flagrant entre les déclarations enthousiastes et les réalités économiques du pays. Malgré les promesses d’investissements et de nouvelles opportunités, les indicateurs macroéconomiques restent fragiles. Les entreprises locales subissent de plein fouet les conséquences de l’insécurité, des perturbations logistiques et d’une activité économique en berne. Les retombées concrètes pour la population burkinabè se font encore attendre, et les promesses doivent désormais être évaluées à l’aune de leurs impacts réels.

    Ressources naturelles et souveraineté alimentaire : un échange contestable

    L’hypothèse évoquée par les autorités, à savoir l’échange de ressources aurifères contre du blé russe, illustre une vision ambiguë de la souveraineté. Si cette stratégie permet de pallier temporairement des pénuries alimentaires, elle pose un paradoxe : un pays riche en or, comme le Burkina Faso, devrait-il sacrifier une partie de sa richesse minière pour garantir son autosuffisance alimentaire ? Une telle approche interroge la capacité du pays à nourrir sa population par ses propres moyens et révèle, en creux, une forme de dépendance économique plutôt qu’une véritable émancipation.

    Coopération éducative : des ouvertures limitées mais prometteuses

    Parmi les aspects positifs de ce rapprochement, l’octroi de bourses pour des étudiants burkinabè en Russie se distingue. Ces opportunités contribuent à renforcer les compétences locales, mais leur portée reste limitée. Le nombre de bénéficiaires est encore insuffisant pour compenser les lacunes structurelles du système éducatif burkinabè, où l’insertion professionnelle des jeunes diplômés pose un défi persistant.

    Des intérêts stratégiques réciproques, mais pas toujours alignés

    Le discours officiel insiste sur le caractère désintéressé de cette coopération, mais une analyse géopolitique révèle une réalité plus complexe. Moscou, comme toute puissance, agit selon ses propres intérêts : renforcer son influence en Afrique, contourner les sanctions internationales et sécuriser des partenariats économiques avantageux. Présenter cette relation comme purement altruiste relève davantage de la rhétorique politique que d’une analyse objective des rapports de force internationaux.

    Les risques d’une dépendance accrue à un seul partenaire

    Se concentrer sur un nombre restreint d’alliés comporte des dangers majeurs. Une alliance trop exclusive avec la Russie pourrait réduire la marge de manœuvre diplomatique du Burkina Faso, compliquer les relations avec d’autres partenaires et limiter les opportunités d’investissements variés. Dans un contexte mondial où la multipolarité s’affirme, une stratégie gagnante repose sur la diversification des relations, et non sur leur concentration autour d’un seul acteur.

    La souveraineté se mesure à l’aune des résultats concrets

    Au-delà des discours et des symboles, la véritable mesure d’un partenariat international réside dans son impact sur le quotidien des citoyens. Une souveraineté authentique se traduit par une amélioration tangible de la sécurité, de l’accès aux services essentiels, de la croissance économique et des perspectives pour les jeunes. À ce jour, les avancées dans ces domaines restent insuffisantes pour justifier l’enthousiasme affiché par les autorités.

    Affirmer que la coopération russo-burkinabè constitue déjà un partenariat pleinement « gagnant-gagnant » relève donc de la précipitation. Si cette réorientation diplomatique ouvre des perspectives nouvelles, elle n’a pas encore fait ses preuves en répondant aux défis majeurs du Burkina Faso. Les bénéfices pour la population dépendront désormais de la capacité à transformer ces alliances en actions concrètes, durables et mesurables.

  • Démographie du Maroc : vers une population vieillissante et quasi-stagnante en 2060

    Démographie du Maroc : vers une population vieillissante et quasi-stagnante en 2060

    Les dernières projections démographiques du Haut-commissariat au plan (HCP) pour le Maroc tracent les contours d’un pays profondément transformé d’ici 2060. Ces estimations, basées sur des scénarios variés d’évolution de la natalité, de la mortalité et des mouvements migratoires, révèlent une société en pleine mutation.

    Une croissance démographique ralentie

    Dans le scénario le plus probable, la population marocaine passerait de 36,8 millions d’habitants en 2024 à 43,3 millions en 2060, soit une augmentation de 17,8 % sur 36 ans. Cette progression, bien que modérée, correspond à l’ajout moyen de 182 000 individus chaque année. Le taux d’accroissement annuel, actuellement de 0,7 %, devrait progressivement décliner pour atteindre un niveau proche de zéro à l’horizon 2060, marquant ainsi une phase de quasi-stagnation démographique après des décennies de croissance soutenue.

    Graphique illustrant la projection démographique du Maroc

    Une urbanisation marquée et des défis territoriaux

    L’urbanisation devrait s’intensifier, avec une population citadine atteignant près de 32,5 millions d’individus en 2060, représentant environ 75 % de la population totale. En parallèle, le nombre d’habitants en milieu rural diminuerait pour s’établir autour de 10,8 millions. Cette évolution accentuerait les enjeux liés à l’aménagement des territoires, nécessitant des politiques publiques adaptées pour répondre aux besoins croissants en logements, infrastructures et services sociaux. Le HCP insiste également sur l’importance de renforcer le développement rural afin d’améliorer les conditions de vie, retenir les populations locales — notamment les jeunes — et valoriser les ressources locales, dans l’objectif de préserver l’équilibre social et territorial.

    Une baisse significative des effectifs jeunes

    La diminution de la fécondité entraînerait un recul notable des générations futures. Par exemple, la population préscolaire (4-5 ans) chuterait de 23,8 %, passant de 1,25 million en 2024 à 0,96 million en 2060. Les enfants en âge d’être scolarisés au primaire (6-11 ans) reculeraient de 27 %, tandis que les 12-14 ans verraient leurs effectifs diminuer de 22,9 %. Cette tendance s’étendrait également aux 15-17 ans, avec un recul de 11,4 %, reflétant une baisse généralisée des naissances.

    Illustration des projections démographiques par tranche d'âge au Maroc

    Pour le système éducatif, cette contraction des effectifs scolarisables représente une opportunité. Les moyens actuellement dédiés à la construction de nouvelles infrastructures pourraient être réorientés vers l’amélioration de la qualité de l’enseignement et l’encadrement pédagogique, réduisant ainsi la pression sur les capacités d’accueil.

    Une population active en mutation

    La tranche d’âge active (15-59 ans) continuerait de croître, passant de 22,08 millions en 2024 à près de 24,96 millions en 2060, soit une hausse de 13,1 %. Cependant, cette progression serait inégalement répartie : en milieu urbain, la population active augmenterait de 34,4 %, tandis qu’en milieu rural, elle reculerait de 25,4 %. Cette dynamique exercerait une pression accrue sur le marché du travail urbain, appelé à absorber une main-d’œuvre issue des campagnes.

    Les jeunes de 18 à 24 ans, principaux nouveaux entrants sur le marché du travail, verraient leurs effectifs légèrement diminuer de 3,1 % au niveau national, avec des variations selon le milieu de résidence. En ville, cette tranche d’âge progresserait de 11,3 %, tandis qu’en milieu rural, elle chuterait de 28,3 %. À l’inverse, la population proche de la retraite (50-59 ans) connaîtrait une hausse marquée de 44,9 %, tirée par une progression de 76,6 % en milieu urbain.

    Projection de la population active au Maroc d'ici 2060

    Un vieillissement accéléré de la population

    Les projections révèlent un vieillissement démographique sans précédent. En 2060, les personnes âgées de 60 ans ou plus représenteraient 25,2 % de la population totale, contre 13,6 % en 2024. Leur nombre passerait de 5 millions à 10,9 millions, avec une croissance annuelle moyenne de 2,2 %. Cette hausse serait particulièrement marquée en milieu urbain, où leurs effectifs seraient multipliés par 2,5, contre 1,6 en milieu rural.

    Les 70 ans et plus verraient leurs effectifs tripler, passant de 2,06 millions à 6,3 millions. En ville, leur nombre progresserait de 256 %, tandis qu’en campagne, la hausse serait plus modérée. Cette dynamique s’explique par la baisse de la fécondité depuis 1975, une réduction significative de la mortalité et, dans une moindre mesure, les flux migratoires.

    Graphique montrant l'évolution de la population âgée au Maroc

    Le vieillissement démographique s’impose comme une tendance structurelle et durable, quel que soit le scénario envisagé. Cette mutation impose une anticipation des politiques publiques, notamment en matière de retraites, de soins de santé et de protection sociale, pour accompagner cette transition vers une société moins nombreuse mais plus âgée.

    Des défis à relever pour l’avenir

    L’accélération du vieillissement entraînera une hausse du rapport de dépendance, c’est-à-dire une augmentation du nombre de personnes âgées ou jeunes à charge par rapport à la population active. Cette situation posera des défis majeurs en termes de financement des systèmes de retraite, de prise en charge médicale et de maintien des solidarités intergénérationnelles, alors que l’exode rural et l’urbanisation fragilisent les liens familiaux traditionnels.

    Pour le Maroc, la période actuelle représente une fenêtre d’opportunité où la population en âge de travailler continue de croître plus rapidement que les classes dépendantes. Il est crucial de valoriser cette main-d’œuvre disponible avant que le vieillissement ne s’accélère davantage, rendant la transition encore plus complexe.

  • Crise politique au Sénégal : quand la rivalité faye-sonko menace la transition démocratique

    Crise politique au Sénégal : quand la rivalité faye-sonko menace la transition démocratique

    le Sénégal face à un tournant historique

    Une tribune récente a jeté une lumière crue sur les tensions qui divisent aujourd’hui le pouvoir sénégalais. Signée par les chercheurs Chukwuemeka Eze et Malick Fall, cette analyse met en lumière les conséquences concrètes de l’affrontement entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Pour eux, cette rivalité dépasse de loin une simple querelle personnelle : elle représente un véritable test pour la stabilité démocratique du pays.

    quand deux éléphants se battent, l’herbe en pâtit

    Les deux experts s’appuient sur un proverbe africain bien connu pour illustrer leur propos. Le Sénégal, autrefois considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, incarne aujourd’hui cette métaphore. L’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024, rendue possible grâce au soutien déterminant d’Ousmane Sonko et du mouvement Pastef, avait suscité un espoir immense auprès des citoyens et des observateurs internationaux.

    Les auteurs soulignent l’ampleur du sacrifice politique consenti par Sonko. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle pour des raisons judiciaires, il avait choisi de soutenir Faye plutôt que de prolonger un conflit politique ou de retarder le scrutin. Cette décision stratégique avait transformé une candidature initialement méconnue en une victoire historique, consolidée par une mobilisation sans précédent des électeurs.

    la dette publique, pierre d’achoppement des divergences

    Selon Eze et Fall, les tensions actuelles ne découlent pas d’une opposition idéologique profonde, mais de divergences sur la gestion de la dette publique. Après la découverte d’un endettement bien plus élevé que prévu, les deux hommes adoptent des positions antagonistes. Sonko prône une souveraineté économique absolue et rejette toute restructuration de la dette, tandis que Faye cherche à rassurer les partenaires financiers internationaux et à éviter les risques économiques d’une telle démarche.

    Les auteurs tempèrent cependant cette opposition : ces désaccords ne reflètent pas une divergence doctrinale radicale, mais plutôt une tension entre les ambitions de transformation portées par l’électorat et les réalités pragmatiques de l’exercice du pouvoir. Pourtant, ils constatent que les calculs politiques à long terme commencent à prendre le pas sur les réformes promises, risquant d’occulter l’agenda initial.

    réformes institutionnelles : l’ironie d’un mouvement démocratique

    L’analyse des deux chercheurs révèle une ironie frappante : le mouvement arrivé au pouvoir en promettant de renforcer les institutions démocratiques se trouve aujourd’hui confronté aux mêmes questions institutionnelles qu’il avait promis de résoudre. Les propositions de révision constitutionnelle, censées rééquilibrer les pouvoirs entre l’exécutif et le Parlement, divisent désormais la classe politique.

    Pour Eze et Fall, la réussite d’une réforme constitutionnelle ne se mesure pas seulement à la qualité du texte, mais aussi à la confiance politique qui entoure sa mise en œuvre. La démocratie, rappellent-ils, repose autant sur l’équilibre des institutions que sur la crédibilité de ceux qui les incarnent.

    l’essentiel pour le citoyen sénégalais

    Au-delà des querelles de pouvoir, les deux auteurs rappellent que l’enjeu majeur pour les Sénégalais reste l’amélioration de leur quotidien. Création d’emplois pour une jeunesse en quête de perspectives, maîtrise du pouvoir d’achat, amélioration des infrastructures sanitaires et éducatives : chaque journée perdue à gérer des tensions politiques est une journée de moins pour concrétiser les promesses qui ont porté Faye et Sonko au pouvoir.

    Contrairement à d’autres crises politiques en Afrique de l’Ouest, marquées par des coups d’État ou des violences, les institutions sénégalaises conservent une résilience remarquable. La justice fonctionne, le Parlement reste actif, et les désaccords politiques s’inscrivent pour l’instant dans le cadre constitutionnel. Une lueur d’espoir dans un contexte par ailleurs tendu.

  • Le Togo et la Russie : un rapprochement stratégique aux répercussions régionales

    Le Togo et la Russie : un rapprochement stratégique aux répercussions régionales

    L’accostage du cargo russe « Mikhail-Britnev » au port de Lomé, navire pourtant visé par des sanctions internationales, conjugué aux rapports faisant état du déploiement de plusieurs centaines de membres de l’Africa Corps sur le sol togolais, alimente un débat croissant concernant l’orientation diplomatique et sécuritaire du Togo. Pour nombre d’observateurs avertis, ces événements manifestent un renforcement accéléré des liens avec Moscou, susceptible d’ancrer durablement le pays dans une trajectoire aux implications complexes à maîtriser.

    Alors que les autorités justifient cette coopération par la nécessité de répondre aux défis sécuritaires posés par l’expansion des groupes armés dans la partie septentrionale du pays, les détracteurs du président Faure Gnassingbé estiment que ce partenariat excède largement le cadre de la lutte antiterroriste. Ils expriment la crainte que le chef de l’État ne transforme progressivement le Togo en un pivot logistique et stratégique au service des intérêts russes en Afrique de l’Ouest, avec des conséquences qui dépasseraient les frontières nationales.

    Les initiatives du président Faure Gnassingbé sous le regard critique de la région

    Pour de nombreux analystes et leaders de la sous-région, cette réorientation n’est pas un événement isolé. Le président Faure Gnassingbé est directement mis en cause pour sa tendance à instrumentaliser la diplomatie togolaise comme levier d’influence, quitte à fragiliser les États voisins. Les critiques rappellent que ce type de manœuvre n’est pas inédit pour le régime de Lomé, souvent accusé par le passé d’avoir servi de base arrière, de facilitateur logistique ou de centre financier dans divers conflits régionaux, monnayant ainsi son poids diplomatique.

    Actuellement, la décision unilatérale de Faure Gnassingbé d’ouvrir les portes du pays à des forces paramilitaires russes et d’accorder des facilités portuaires à des bâtiments sous sanctions internationales suscite une vive préoccupation parmi les États limitrophes. Le président togolais est soupçonné par ses homologues de vouloir jouer un rôle de perturbateur au sein de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), en se positionnant comme un acteur indépendant capable de s’allier aux régimes militaires du Sahel (AES) au détriment de la cohésion et de la stabilité collective de l’Afrique de l’Ouest.

    Cette évolution interpelle d’autant plus qu’elle s’inscrit dans un contexte politique délicat. Pour les opposants au pouvoir, le renforcement de la coopération militaire avec Moscou, orchestré par Faure Gnassingbé, s’inscrirait avant tout dans une logique de consolidation de son propre régime plutôt que dans une stratégie globale de stabilisation du pays. Selon cette analyse, le chef de l’État se servirait de la menace djihadiste pour justifier une présence militaire étrangère susceptible de renforcer les capacités sécuritaires du régime, tout en confortant un pouvoir en place depuis plusieurs décennies.

    L’efficacité limitée des solutions exclusivement militaires

    Les expériences observées dans d’autres nations du Sahel alimentent également les inquiétudes. Malgré l’arrivée de partenaires militaires russes, le Mali, le Burkina Faso et le Niger continuent de faire face à une insécurité persistante, marquée par des attaques meurtrières continues. Pour un grand nombre d’analystes, ces exemples démontrent qu’une réponse essentiellement militaire ne suffit pas à endiguer le terrorisme lorsque les difficultés économiques, la fragilité des institutions, les tensions communautaires et les problèmes de gouvernance demeurent sans résolution durable.

    Au-delà de l’aspect sécuritaire, ce rapprochement orchestré par la présidence pourrait également engendrer un coût diplomatique significatif. En s’associant plus étroitement à une puissance confrontée à des sanctions internationales et à une forte contestation sur la scène mondiale, Faure Gnassingbé expose le Togo à un risque d’isolement vis-à-vis de certains de ses partenaires traditionnels, qu’ils soient européens, américains ou africains. Une telle orientation pourrait impacter les investissements étrangers, la coopération économique et l’image internationale du pays.

    Cette direction soulève enfin une question fondamentale de gouvernance. Un engagement stratégique de cette ampleur requiert un débat public transparent et une véritable concertation nationale. Les choix imposés par le chef de l’État concernant la politique de défense, les alliances militaires et la souveraineté du pays engagent l’avenir de plusieurs générations. Ils ne devraient pas être perçus comme les décisions d’un cercle restreint autour du président, mais comme des orientations discutées dans un cadre démocratique.

    La lutte contre le terrorisme constitue une impératif incontestable. Cependant, elle ne peut, à elle seule, légitimer toutes les orientations diplomatiques ou militaires. Une sécurité durable repose également sur le développement économique, le renforcement des institutions, la confiance entre l’État et les citoyens, ainsi que le respect des principes démocratiques. C’est sur cet équilibre que la gouvernance de Faure Gnassingbé sera évaluée dans les années à venir.

  • Philosophie et démocratie : les analyses percutantes d’achille mbembe sur l’afrique

    Philosophie et démocratie : les analyses percutantes d’achille mbembe sur l’afrique

    Achille Mbembe décrypte les illusions démocratiques en Afrique

    Le philosophe camerounais Achille Mbembe bouscule les certitudes en affirmant que la démocratie n’a jamais existé en Afrique. Lors des Assises africaines de la démocratie à Dakar, il a livré une analyse sans fard de l’échec des systèmes politiques africains, remettant en cause les fondements mêmes des régimes en place.

    ▶ Visionner l’entretien exclusif ci-dessus

    Un multipartisme administratif déguisé en démocratie

    Pour le professeur Mbembe, ce que l’on qualifie souvent de crise démocratique n’est en réalité qu’une illusion de démocratie. Selon lui, la plupart des pays africains n’ont jamais expérimenté un système véritablement démocratique. Ils ont plutôt instauré un multipartisme administratif, où les élections, même organisées, sont souvent contestées et ne reflètent pas la volonté populaire.

    « Il ne peut y avoir de crise de la démocratie là où elle n’existe pas », déclare-t-il. Pour lui, l’Afrique n’a jamais connu de démocratie fonctionnelle, mais plutôt des régimes fondés sur des consultations électorales truquées ou des transitions politiques superficielles.

    La « démocratie tropicale » : une aberration conceptuelle

    Mbembe rejette avec force l’idée d’une démocratie tropicale, concept qu’il qualifie d’absurde. Il explique que cette notion relève d’un discours colonial visant à stigmatiser les sociétés africaines. À la place, il propose une démocratie endogène, ancrée dans les réalités culturelles et sociales du continent.

    « Tropicaliser la démocratie n’a aucun sens. Le tropicalisme est un héritage de la géographie coloniale qui cherche à marginaliser les systèmes africains. » Selon lui, la solution réside dans une appropriation locale des principes démocratiques, adaptés aux contextes africains plutôt que copiés sur des modèles occidentaux.

    Le capitalisme financier, ennemi des démocraties africaines

    Le philosophe critique également l’impact du capitalisme financier spéculatif sur les démocraties africaines. Il estime que ce système a fragilisé les structures politiques en place, réduisant les États à des marionnettes économiques. Les Assises africaines de la démocratie, dont il préside la Fondation pour l’innovation pour la démocratie, ont justement choisi comme thème central « La force des sociétés », soulignant l’importance de l’action citoyenne face à l’immobilisme étatique.

    Le franc CFA : une monnaie sous contrôle étranger

    Sur le plan économique, Mbembe aborde sans détour la question du franc CFA. Pour lui, la discussion ne doit pas se limiter à sa suppression, mais s’étendre à la création d’une monnaie africaine souveraine. Il souligne les différences de mobilisation entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, attribuant ce clivage à des cultures politiques distinctes.

    « L’Afrique a besoin d’une véritable monnaie africaine, libérée des contraintes coloniales. » Il décrit l’Afrique centrale comme un foyer d’immobilisme politique, où des régimes comme ceux du Cameroun, du Tchad ou de la République centrafricaine étouffent toute velléité d’émancipation populaire.

    Réparations : une dette morale irréparable mais nécessaire

    Le débat sur les réparations de la traite négrière est également au cœur de ses réflexions. Mbembe reconnaît que les crimes commis pendant la traite transatlantique et transsaharienne sont irréparables, mais insiste sur la nécessité de reconnaître cette injustice historique. Il appelle à une justice réparatrice qui ne se limite pas à des compensations financières, mais inclut une réflexion sur la responsabilité africaine dans ces crimes.

    « Il y a des pertes que l’on ne peut compenser, mais cela ne doit pas nous empêcher de revendiquer justice. Au contraire, plus le préjudice est grand, plus la demande de réparation est légitime. » Il souligne que certaines élites africaines ont, elles aussi, participé à ces systèmes oppressifs, et que le débat doit intégrer cette dimension pour aboutir à une réconciliation véritable.

    Une vision pour l’avenir de l’Afrique

    À travers ses propos, Achille Mbembe invite à une réinvention radicale des modèles politiques en Afrique. Il plaide pour une souveraineté politique et monétaire, une justice historique et une démocratie ancrée dans les réalités locales. Ses analyses, à la fois critiques et constructives, offrent une perspective unique pour repenser le continent au-delà des schémas traditionnels.

    Ses interventions lors des Assises africaines de la démocratie ont marqué les esprits, rappelant que l’Afrique a les ressources et l’intelligence nécessaires pour tracer sa propre voie, à condition de rompre avec les héritages coloniaux et les illusions démocratiques imposées de l’extérieur.