Une tentative de coup d’État rapidement neutralisée à Cotonou

Le Bénin a vécu une journée de tension politique ce dimanche, marquée par une tentative de coup d’État contre le président Patrice Talon. Huit militaires ont diffusé un message à la télévision nationale annonçant la destitution du chef de l’État. Pourtant, dès l’après-midi, le gouvernement béninois a rassuré la population : la situation était « totalement sous contrôle ».
Les affrontements entre les mutins et les forces loyales ont fait plusieurs victimes. Pour rétablir l’ordre, le Nigeria, voisin du Bénin, a apporté un soutien décisif. Des frappes aériennes ont visé la base militaire de Togbin, à Cotonou, où s’étaient retranchés les putschistes. Des troupes nigérianes sont également intervenues au sol, permettant la reprise de la base dans la nuit de dimanche à lundi.
Intervention régionale et soutien international
La CEDEAO a réagi sans délai en annonçant l’envoi de renforts militaires provenant de quatre pays membres. L’objectif était clair : « préserver l’ordre constitutionnel » dans la région. Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a qualifié la situation d’urgence, évoquant à la fois la menace jihadiste persistante et la multiplication des coups d’État.
Du côté de la France, Emmanuel Macron a joué un rôle actif en coordonnant les échanges d’informations avec les pays de la région. Le président français s’est entretenu avec Patrice Talon, ainsi qu’avec les dirigeants du Nigeria et de la Sierra Leone, alors que ce dernier assurait la présidence tournante de la CEDEAO. « La France a apporté son plein soutien politique à la CEDEAO, qui a mené un effort très important ce week-end », a confirmé un conseiller de l’Élysée.
Un pays sous haute tension électorale
Alors que le calme revenait progressivement à Cotonou, capitale économique du Bénin, les autorités ont annoncé l’arrestation d’une douzaine de militaires. Parmi eux, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, chef des putschistes, reste en fuite. Deux hauts gradés de l’armée, initialement pris en otage, ont été libérés le lendemain.
Cette crise survient à quelques mois de l’élection présidentielle d’avril, où Patrice Talon ne peut plus se représenter après avoir effectué deux mandats. Bien que salué pour le développement économique du pays, son gouvernement est critiqué pour son tournant autoritaire. L’opposition, notamment le parti des Démocrates, a été exclue du scrutin faute de parrainages suffisants. Thomas Boni Yayi, ancien président et actuel dirigeant des Démocrates, a fermement condamné la tentative de coup d’État.
Dans un communiqué, il a dénoncé « une attaque sanglante et ignoble » et appelé à des « élections libres et transparentes ». Omar Alieu Touray a également souligné le lien entre les tensions politiques et l’érosion de l’inclusivité électorale dans plusieurs États de la CEDEAO, où les scrutins deviennent un facteur d’instabilité majeur.
Bilan et perspectives
Avec une douzaine d’arrestations et des mutins toujours en fuite, la stabilité au Bénin reste fragile. La reprise des activités à Cotonou marque un retour progressif à la normale, mais les défis politiques et sécuritaires persistent. La communauté internationale, notamment la CEDEAO et la France, continue de surveiller de près l’évolution de la situation dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
