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crise politique au Sénégal : l’affrontement Faye-Sonko met le pays sous tension

Le 22 mai dernier, Ousmane Sonko a été destitué de son poste de Premier ministre, plongeant le Sénégal dans une incertitude politique majeure. Ce limogeage, perçu comme un coup de théâtre, survient après des mois de tensions croissantes entre l’actuel président Bassirou Diomaye Faye et son ex-allié, désormais figure incontournable du paysage politique national.
une amitié née dans les luttes communes
Leur union, autrefois présentée comme indestructible, s’est forgée dans les bancs de l’École nationale d’administration (ENA), où les deux hommes ont lié des liens forts. Tous deux inspecteurs des impôts, ils ont cofondé en 2014 le PASTEF, parti emblématique de la contestation contre l’ancien régime. Leur parcours, marqué par l’emprisonnement politique en 2023, a scellé une complicité visible lors de la campagne victorieuse de 2024. Faye, initialement peu connu, a bénéficié du soutien sans faille de Sonko, dont la popularité auprès de la jeunesse sénégalaise est incontestable.
Leur slogan de campagne, « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye » (« Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye »), illustrait cette solidarité apparente. Pourtant, dès leur accession au pouvoir, des fissures sont apparues. Sonko, perçu comme le véritable stratège de la victoire, incarnait une légitimité que Faye, élu président, devait en partie à son mentor.
des tandems politiques sénégalais condamnés à l’échec ?
L’histoire politique du Sénégal regorge d’exemples similaires : des duos initialement soudés, déchirés par le pouvoir. Le tandem Senghor-Dia, pionniers de l’indépendance, a vu leur relation se briser en 1962, aboutissant à l’emprisonnement de Dia. Plus tard, Wade et Seck, porte-drapeaux du sopi (changement), ont vu leur alliance voler en éclats, Seck étant incarcéré en 2005 avant d’être innocenté.
Contrairement à leurs prédécesseurs, Faye et Sonko partaient d’une base différente : le capital politique de Sonko surpassait largement celui de Faye. Pourtant, la dynamique du pouvoir a rapidement révélé des divergences profondes, notamment sur la gestion économique et la réforme de la justice.
les fractures qui ont mené à la rupture
Les tensions se sont cristallisées autour de plusieurs enjeux : le rythme des réformes, la gestion des figures de l’ancien régime, et surtout, la stratégie économique. Sonko, souhaitant une rupture nette avec les institutions financières internationales, s’est heurté à Faye, plus enclin à composer avec les contraintes existantes. Le rassemblement du 8 novembre 2025, organisé par Sonko sous le nom de « Tera Meeting », a été interprété comme une démonstration de force, rappelant à Faye le poids politique de son ancien allié.
En réponse, Faye a renforcé son ancrage en s’appuyant sur Aminata Touré, ancienne Première ministre de Macky Sall, un choix symbolique pour marquer son autonomie. Sonko, de son côté, a repris les rênes du parti majoritaire, contrôlant désormais 130 des 165 sièges à l’Assemblée nationale.
un avenir politique incertain pour le Sénégal
Sonko, désormais en position de force, pourrait chercher à fragiliser Faye, tandis que ce dernier tente de consolider son pouvoir. Cette rivalité risque d’occulter les défis réels du pays : l’emploi des jeunes, la santé publique et le pouvoir d’achat. Deux ans après l’alternance, les promesses de campagne peinent à se concrétiser, alimentant un mécontentement croissant dans la population.
Le limogeage de Sonko marque-t-il le début d’une nouvelle ère pour le Sénégal, ou simplement l’amorce d’un cycle politique déjà bien rodé ? La réponse dépendra de la capacité des deux hommes à transcender leurs divergences au service d’un pays en quête de stabilité.
