Dialogue inclusif et résilience au Niger : les clés pour une paix durable

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Le Niger face à l’insécurité : quand le dialogue devient une urgence nationale

Dans un contexte marqué par des menaces terroristes persistantes et une insécurité grandissante dans plusieurs régions du Niger, les initiatives locales et nationales se multiplient pour offrir des solutions durables. Parmi elles, le dialogue inclusif émerge comme une stratégie essentielle pour restaurer la cohésion sociale et contrer l’extrémisme violent. Cette approche, qui place la souveraineté nationale au cœur de ses priorités, implique l’État, les communautés locales et tous les acteurs socioprofessionnels à travers le pays.

La sécurité des personnes et de leurs biens, une mission régalienne des Forces de défense et de sécurité qui nécessite une résilience communautaire inclusive

Des voix locales qui portent l’espoir malgré les défis

Les zones touchées par l’insécurité, comme Téra, Makolondi et Torodi, illustrent la réalité complexe vécue par les populations. Si les Forces de défense et de sécurité (FDS) assurent une présence rassurante par leurs patrouilles, les habitants restent vulnérables aux violences quotidiennes. Les déplacements sont entravés, les activités agricoles et commerciales perturbées, et les jeunes, en particulier, subissent des pressions extrêmes.

Seydou Hamidou, jeune membre d’une association de Bantéri dans la commune de Makalondi, témoigne : « Sans la protection des FDS, nous sommes exposés aux recrutements forcés par les groupes armés, à la déscolarisation et au chômage. Les bandits nous empêchent de travailler, volent notre bétail et imposent des taxes illégales. Beaucoup de jeunes préfèrent quitter le pays par désespoir. »

Portrait de Seydou Hamidou, jeune membre d'une association de Bantéri

Victor Harouna, originaire de Téra, ajoute : « Les coûts de transport ont explosé. Un trajet autrefois à 3 000 francs CFA coûte désormais entre 10 000 et 15 000 francs. Les récoltes sont sabotées, et malgré le retour de nombreux déplacés grâce aux FDS, la vie reste précaire. »

Portrait de Victor Harouna, habitant de Téra

Les femmes, encore plus vulnérables, subissent de plein fouet les conséquences de l’insécurité. Amina, venue de Torodi, raconte : « Avant, nous avions des activités génératrices de revenus. Aujourd’hui, nos enfants ne vont plus à l’école, nos maris sont parfois perdus, et beaucoup de femmes fuient vers les villes sans ressources. Nous demandons plus de présence militaire pour nous protéger. »

Ces récits, recueillis lors du Forum national de l’Initiative Sahel pour la Paix (SPI), révèlent la réalité des communautés en première ligne face à l’insécurité.

L’État nigérien en première ligne : actions et défis

Le préfet de Torodi, le capitaine Boureima Dobi, a partagé les avancées concrètes réalisées par l’État pour soutenir les populations déplacées. Grâce aux FDS, plus de 800 déplacés ont pu regagner leurs foyers, notamment à Makalondi. Une deuxième phase de réinsertion est en préparation. « L’État ne reste pas inactif. Nous sollicitons sans cesse des vivres et des ressources pour améliorer le quotidien de nos concitoyens », assure-t-il.

Portrait du préfet de Torodi, capitaine Boureima Dobi

Il insiste également sur l’importance de la collaboration citoyenne pour identifier les complices des terroristes. « Certains habitants, par ignorance ou par peur, facilitent les attaques. Mais nous constatons des progrès : quatre personnes ont récemment rendu leurs armes et réintégré la société. Les sensibilisations se multiplient pour ancrer le patriotisme dans les esprits. »

Depuis la transition politique, le Niger mise sur ses valeurs endogènes pour renforcer la sécurité et la cohésion nationale. La Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP), rattachée à la Présidence, joue un rôle central dans cette dynamique. Boubacar Hamidou, directeur du Relèvement et de la Stabilisation à la HACP, explique : « Nous renforçons les capacités des leaders communautaires, des jeunes et des femmes, tout en prévenant et gérant les conflits. Nos projets de développement, menés avec les conseils locaux, visent à restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. »

Portrait de Boubacar Hamidou, directeur de la HACP

L’Initiative Sahel pour la Paix (SPI) : un réseau au service de la cohésion sociale

Créée en 2019 à l’initiative des Conférences Épiscopales d’Afrique de l’Ouest et de partenaires comme le CJP Burkina, l’Initiative Sahel pour la Paix (SPI) rassemble des communautés chrétiennes et musulmanes au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Son objectif ? Promouvoir la paix, le dialogue interreligieux et la résilience communautaire dans les zones les plus vulnérables.

Lors du Forum national de Niamey, Monseigneur Laurent Lompo, archevêque de Niamey et président du groupe de travail de la SPI, a souligné : « Le dialogue et la communication sont nos meilleurs outils. Les rencontres communautaires et les forums intergénérationnels doivent rassembler tous les acteurs pour discuter de paix et de sécurité. »

Portrait de Monseigneur Laurent Lompo, archevêque de Niamey et président de la SPI

Les perspectives de la SPI incluent le renforcement des acteurs de la paix, la promotion de l’emploi des jeunes, l’éducation à la paix, l’inclusion sociale, l’innovation numérique et l’accompagnement psychosocial. Le forum de Niamey a permis de formuler des recommandations concrètes pour un vivre-ensemble apaisé.

Les leaders religieux, piliers de la paix et de la cohésion sociale

Dans un contexte où l’extrémisme instrumentalise souvent la religion, les leaders religieux nigériens jouent un rôle clé. Le Comité national de dialogue intra et interreligieux (CDIR), né pour contrer la menace de Boko Haram, œuvre à désamorcer les tensions communautaires et à promouvoir la coexistence pacifique.

Cheikh Barham Aboubacar, coordinateur national du CDIR, explique : « Nos missions sont claires : éviter les discours de haine, clarifier les malentendus religieux et résoudre les conflits intercommunautaires. Le dialogue est notre meilleur allié pour calmer les tensions et prévenir les violences. »

Portrait de Cheikh Barham Aboubacar, coordinateur national du CDIR

Le CDIR déploie des comités locaux de paix, des cellules de proximité et des initiatives communautaires pour résoudre les conflits fonciers et religieux. « Nous dialoguons pour comprendre les zones d’ombre, encourager la tolérance et éviter les discriminations. Notre objectif est d’ancrer la paix dans les mentalités », précise-t-il.

Les leaders religieux collaborent également avec les autorités pour préserver l’unité nationale, même en période de crises.

Les médias communautaires, sentinelles de la paix

En temps de crise, les médias – notamment les radios communautaires – deviennent des acteurs incontournables. Alhassane Mahamane, rédacteur en chef du Studio Kalangou, souligne leur rôle : « Nous éduquons et sensibilisons les communautés. Les émissions locales reflètent leurs réalités et priorités, créant un climat de confiance essentiel pour la paix. »

Portrait d'Alhassane Mahamane, rédacteur en chef du Studio Kalangou

Ils luttent contre la désinformation, déconstruisent les rumeurs et unifient les populations autour de valeurs communes.

Les femmes, actrices incontournables de la paix

Amina Boukary, coordinatrice de l’ONG Femmes, Actions et Développement (FAD), rappelle le rôle central des femmes : « Elles créent des réseaux, lancent des activités génératrices de revenus et éduquent les enfants. Mais pour qu’elles jouent pleinement leur rôle, elles ont besoin de soutien : renforcement des capacités, scolarisation des filles et participation aux instances décisionnelles. Les femmes représentent la moitié de la population, leurs besoins doivent être entendus. »

Portrait d'Amina Boukary, coordinatrice de l'ONG FAD

Pour une paix durable, la mobilisation doit être collective : État, communautés, jeunes, femmes, leaders religieux et médias doivent unir leurs efforts. La résilience et la cohésion sociale sont les fondations d’un Niger stable et prospère.