
Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État du Burkina Faso depuis trois ans, a clairement indiqué que la démocratie n’était pas adaptée au pays. Lors d’une interview diffusée par la télévision nationale, il a affirmé que les Burkinabè devaient « oublier la démocratie », qualifiant ce système de « meurtrier » et incompatible avec les réalités locales.
Une rupture avec les promesses initiales
En 2022, après le renversement du président élu Roch Kaboré, Traoré s’était engagé à restaurer l’ordre constitutionnel d’ici juillet 2024. Pourtant, en mai de cette même année, la junte a annoncé un report de cinq ans pour la transition politique, prolongeant ainsi son propre mandat. Cette décision a suscité des critiques tant au niveau national qu’international, remettant en cause la crédibilité des promesses militaires.
Interdiction des partis politiques : une mesure controversée
En janvier, les autorités burkinabè ont officiellement interdit tous les partis politiques, justifiant cette mesure par la nécessité de « reconstruire l’État ». Cette décision s’inscrit dans un contexte de restrictions accrues des libertés, avec une répression ciblant opposition, médias et société civile. Les détracteurs du régime sont parfois envoyés en première ligne face aux groupes armés islamistes, selon des observateurs.
Critique des modèles occidentaux
Traoré a vivement critiqué l’influence occidentale en Afrique, déclarant : « Partout où les puissances occidentales tentent d’imposer la démocratie, cela s’accompagne de violences ». Il a cité l’exemple de la Libye, où la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, soutenu par une intervention occidentale, a plongé le pays dans le chaos politique et territorial, sans élections stables depuis.
Le dirigeant burkinabè a ajouté : « Nous avons notre propre approche. Nous ne cherchons même pas à copier qui que ce soit. Nous voulons transformer radicalement la manière dont les choses sont gérées au Burkina Faso. » Son discours s’appuie sur des valeurs de souveraineté, de patriotisme et de mobilisation révolutionnaire, avec une place centrale accordée aux chefs traditionnels et aux structures locales.
Autonomie économique et militaire : les piliers du nouveau système
Traoré a insisté sur la nécessité pour le Burkina Faso de s’affranchir de toute dépendance extérieure, tant sur le plan économique que militaire. « Travailler six ou huit heures par jour ne suffira pas à combler notre retard », a-t-il souligné, appelant à un effort collectif sans précédent. Cette vision s’accompagne d’un rejet affiché des alliances traditionnelles, notamment avec la France, au profit d’un rapprochement avec la Russie pour le soutien militaire dans la lutte contre les groupes jihadistes actifs depuis une décennie.
Un soutien continental malgré les tensions
Malgré une politique répressive et des accusations de violations des droits humains, Traoré bénéficie d’un soutien important en Afrique. Son discours panafricaniste et anti-impérialiste trouve un écho dans plusieurs pays du continent, notamment au Mali et au Niger, qui ont également rompu avec les partenaires occidentaux pour se tourner vers des alliances alternatives.
Bilan humain préoccupant
Un rapport récent de Human Rights Watch révèle une hausse alarmante de la violence au Burkina Faso depuis 2023. Plus de 1 800 civils y ont trouvé la mort, dont deux tiers seraient imputables aux forces armées et à leurs milices alliées. Le reste est attribué aux groupes armés islamistes. Ces chiffres illustrent l’intensité des combats et les défis sécuritaires persistants malgré les changements politiques.
