Frappe de drone au Niger : 17 civils tués et des vies brisées

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Une attaque meurtrière sur un marché du Niger

Une frappe de drone militaire, apparemment menée par l’armée nigérienne, a causé la mort de 17 civils, dont quatre enfants, et blessé au moins 13 autres personnes dans la région de Tillabéri, à l’ouest du Niger. L’incident s’est produit le 6 janvier 2026 dans le village de Kokoloko, situé à environ 120 km de Niamey et à moins de trois kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso.

Parmi les victimes figurent 11 femmes âgées de 29 à 50 ans, deux hommes et quatre enfants âgés de 5 à 10 ans. Les blessés, au nombre de 13, incluent également deux enfants. Les corps, souvent carbonisés, ont été enterrés dans des fosses communes séparées pour les femmes et les enfants d’une part, et pour les hommes d’autre part.

Des témoignages accablants sur l’attaque

Des habitants ont rapporté avoir vu un drone survoler Kokoloko à deux reprises avant de larguer une munition vers 13h30, alors que le marché était bondé. « J’ai vu le drone blanc, puis j’ai entendu un sifflement avant une explosion assourdissante », a déclaré un marchand de 36 ans, qui a miraculeusement échappé aux blessures.

Selon les récits, trois combattants de l’État islamique au Sahel (EIS) se trouvaient au marché au moment de l’attaque. Ils étaient sans armes et habillés en civil, portant des turbans. Les habitants ont précisé que ces combattants effectuaient régulièrement leurs achats dans les marchés de la région. Cependant, l’attaque a également coûté la vie à trois de ces combattants, dont les corps ont été récupérés et enterrés par l’EIS.

Une frappe qui viole le droit international

Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, a souligné que cette frappe « a tué et blessé un grand nombre de civils sur un marché, en violation flagrante du droit de la guerre ». Elle a appelé les autorités nigériennes à mener une enquête transparente et à indemniser les victimes et leurs familles.

L’armée nigérienne, dirigée par une junte militaire depuis un coup d’État en juillet 2023, n’a fait aucun commentaire public sur cette frappe. Human Rights Watch a envoyé une lettre à la junte pour exiger des réponses, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour.

Des preuves accablantes

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 15 personnes, dont des témoins et des membres d’ONG, et a analysé trois vidéos ainsi que des images satellites. Les données de la NASA (système FIRMS) confirment la présence d’incendies actifs à Kokoloko à 13h31 le 6 janvier. Les images satellites du 7 janvier montrent des traces de feux supplémentaires, absentes sur les images du matin précédent.

Les images du 20 janvier révèlent des zones brûlées le long de la route principale du village. Les témoins ont expliqué que la munition larguée par le drone a provoqué un incendie alimenté par le carburant présent sur le marché et les étals en bois, favorisant la propagation rapide des flammes.

Les vidéos disponibles en ligne montrent des dégâts considérables, compatibles avec l’utilisation d’explosifs puissants. Les blessés présentaient des brûlures et des blessures causées par des fragments de munitions.

Un exode massif après l’attaque

Sur les 1 200 habitants de Kokoloko, la quasi-totalité a fui vers des villages voisins ou a franchi la frontière vers le Mali. Une femme, qui a perdu sa cousine de 50 ans et son neveu de 5 ans, a raconté : « J’ai passé la première nuit dans un village proche avec mes enfants, puis nous avons traversé la frontière avec presque rien. »

Un contexte de violences récurrentes dans le Sahel

Depuis 2019, des groupes armés islamistes, dont l’EIS, mènent des attaques contre les militaires et les civils au Niger. La région de Tillabéri est particulièrement touchée. Selon l’ACLED, en 2025, cette région a enregistré « le plus grand nombre de victimes civiles » dans le centre du Sahel, attribuées à l’EIS, à l’armée nigérienne et au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

En septembre 2025, des frappes aériennes de l’armée nigérienne sur un marché du village d’Injar, toujours dans la région de Tillabéri, avaient déjà causé la mort de plus de 30 civils. En janvier 2024, des frappes de drones avaient également tué des civils dans le village de Tiawa, situé dans la même région.

Des drones turcs au cœur des controverses

Depuis 2022, l’armée nigérienne aurait acquis plusieurs types de drones turcs, dont les Bayraktar TB-2, Karayel-SU et Aksungur UCAV. Ces drones, équipés de capteurs et de munitions guidées, permettent une surveillance et des frappes de précision. Cependant, leur utilisation dans des zones civiles densément peuplées soulève des questions sur leur ciblage.

Appel à une action internationale

Ilaria Allegrozzi a conclu en exhortant les gouvernements étrangers soutenant l’armée nigérienne à « faire pression pour que des mesures soient prises afin d’éviter tout préjudice aux populations locales ». Elle a également souligné l’obligation pour le gouvernement nigérien de fournir une assistance aux victimes et de verser des indemnités appropriées.