Le capitaine Ibrahim Traoré rejette la démocratie au Burkina Faso

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Le capitaine Ibrahim Traoré prône l’abandon de la démocratie pour le Burkina Faso

Portrait d'Ibrahim Traoré en tenue militaire beige avec béret rouge, lors d'une interview télévisée.

Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État du Burkina Faso depuis trois ans, a réaffirmé sa volonté de tourner la page de la démocratie lors d’une interview diffusée à la télévision nationale. S’exprimant avec une franchise rare, il a déclaré que les Burkinabè devaient « oublier la question de la démocratie », affirmant que ce système « n’est pas pour nous ».

Âgé de 38 ans, Traoré, qui se présente comme un défenseur de la souveraineté africaine face à l’impérialisme occidental, a comparé la situation actuelle du Burkina Faso à celle de la Libye après la chute de Mouammar Kadhafi. « Regardez la Libye, c’est un exemple proche de nous », a-t-il souligné, évoquant un pays plongé dans le chaos depuis des années. Kadhafi, dont le régime autoritaire avait pourtant garanti des services sociaux, éducation et santé gratuits, a été renversé lors d’une rébellion soutenue par des puissances étrangères, entraînant une fragmentation du pays sans retour à la stabilité.

Un système politique rejeté au profit d’une « approche révolutionnaire »

Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2023, avait initialement promis un retour à l’ordre constitutionnel pour juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette échéance, la junte militaire a annoncé une extension de son mandat de cinq ans, prétextant la nécessité de « reconstruire l’État ». Cette décision s’inscrit dans une série de mesures radicales : en janvier 2026, tous les partis politiques ont été interdits, leurs biens transférés à l’État au nom de la « purification nationale ».

Dans son discours, Traoré a justifié cette dissolution en qualifiant les partis politiques de « sources de division » et de « vecteurs de tous les vices ». « En Afrique, ou du moins au Burkina Faso, un vrai homme politique est un menteur, un flatteur, un beau parleur », a-t-il lancé avec une pointe de cynisme. Sans proposer de modèle alternatif précis, il a insisté sur la nécessité de « changer radicalement la façon dont les choses sont faites », en s’appuyant sur la souveraineté, le patriotisme et une mobilisation révolutionnaire.

Autonomie économique et travail intensif : les piliers du nouveau système

Le capitaine a détaillé sa vision d’un Burkina Faso indépendant, où les chefs traditionnels et les structures locales occuperaient une place centrale. Il a insisté sur l’importance de l’autonomie militaire et économique, estimant que des journées de travail de six ou huit heures ne suffiraient pas à combler l’écart avec les pays développés. « Nous devons travailler dur, très dur », a-t-il martelé.

Cette rhétorique s’accompagne d’une répression accrue contre les opposants. Depuis son arrivée au pouvoir, Traoré a muselé la presse indépendante, réprimé les voix dissidentes et, selon plusieurs rapports, utilisé des détracteurs comme chair à canon dans le conflit opposant l’armée aux groupes jihadistes. Human Rights Watch révèle ainsi que plus de 1 800 civils ont péri au Burkina Faso depuis 2023, dont les deux tiers seraient imputables à l’armée et ses milices alliées.

Un soutien continental malgré les controverses

Malgré ces méthodes controversées, Traoré bénéficie d’un soutien notable en Afrique, notamment pour son discours panafricaniste et son opposition frontale à l’influence occidentale. Le Burkina Faso, à l’instar du Mali et du Niger, a rompu ses collaborations militaires avec la France et se tourne désormais vers la Russie pour lutter contre l’insurrection jihadiste qui ravage la région depuis une décennie. Pourtant, les violences persistent, sans signe d’amélioration.

Interrogé sur l’absence de calendrier pour un retour à la normale, Traoré a rétorqué : « Nous avons notre propre approche. Nous ne copions personne. » Une déclaration qui en dit long sur sa détermination à poursuivre cette voie, même au prix d’une instabilité prolongée et d’un isolement international croissant.