Le 25 novembre 1998 reste gravé comme une date monumentale pour le football français. Ce soir-là, le RC Lens, dirigé par Daniel Leclercq, réalisait l’impensable en devenant la première formation tricolore à s’imposer dans le temple de Wembley face à Arsenal. Guillaume Warmuz, dernier rempart des Sang et Or lors de cette épopée, nous replonge dans les coulisses de cette victoire mythique en Ligue des champions.
Une préparation sans complexe face aux Gunners
Dès notre installation au cœur de Londres, l’atmosphère était particulière. Nous avions conscience de basculer dans une autre dimension. L’objectif était clair : savourer chaque seconde de cette confrontation face au champion d’Angleterre en titre. Ce match à Wembley représentait la récompense ultime de notre sacre en France. Il n’était pas question de subir l’événement, mais de l’honorer avec ambition.
La veille de la rencontre, celui que nous surnommions Le Druide nous a exhortés à ne pas nous laisser paralyser par l’enjeu. À l’issue de l’ultime entraînement, l’envie de rester sur cette pelouse sacrée était générale. En approchant du stade le jour J, le poids de l’histoire se faisait sentir. Le discours de Daniel Leclercq fut percutant : il fallait attaquer, ne jamais reculer et traiter ce duel comme un véritable combat de boxe.
Une stratégie tactique audacieuse
Nous n’avions pas élaboré de plan spécifique pour museler Nicolas Anelka ou Marc Overmars. Notre force résidait dans notre pressing et notre capacité à défendre en avançant. Pour ce choc, nous avons délaissé notre défense à trois habituelle pour un système à quatre. Cyrille Magnier et Frédéric Déhu formaient l’axe central, avec pour mission de couvrir une large zone grâce à leur sens de l’anticipation.
Au milieu, Alex Nyarko assurait l’équilibre tandis que Cyril Rool et Mickaël Debève multipliaient les efforts. L’équipe était scindée en deux blocs de cinq, avec Vladimir Smicer en chef d’orchestre derrière le duo Tony Vairelles – Pascal Nouma. De mon côté, je devais rester extrêmement vigilant pour couper les trajectoires de balles en profondeur destinées aux flèches d’Arsenal.
Des interventions décisives et une tension extrême
Le match a démarré sur les chapeaux de roue. Dès la 3ème minute, Christopher Wreh manque de nous punir, ce qui m’a immédiatement mis dans le bain. J’ai dû intervenir avec autorité devant Overmars dès la 6ème minute. Le moment de vérité est survenu à la demi-heure de jeu : Anelka s’est présenté seul face à moi. J’ai dû improviser un tacle désespéré dans ses pieds pour lui chiper le cuir. C’était pile ou face.
À la pause, le score était vierge. Dans le vestiaire, le calme régnait. Daniel Leclercq nous a demandé de resserrer les rangs pour éviter que les Gunners ne profitent des espaces. Nous sentions que le coup était jouable, alors que de l’autre côté, Arsène Wenger recadrait sévèrement ses troupes.
Le coup de grâce signé Mickaël Debève
La seconde période fut un calvaire physique pour Arsenal, surpris par notre intensité. Après une énorme occasion manquée par Nouma, la délivrance est arrivée à la 73ème minute. Vairelles récupère un ballon précieux, transmet à Wagneau Éloi qui sert Smicer. Le centre-tir du Tchèque traverse la surface et Mickaël Debève surgit au second poteau pour crucifier David Seaman.
Les dernières minutes furent électriques. Arsenal a tenté le tout pour le tout, mais notre bloc a tenu. À la 89ème, j’ai dû intervenir une dernière fois face à Overmars pour capter son lob. Au coup de sifflet final d’Anders Frisk, l’explosion de joie fut indescriptible. Nous venions d’accomplir un exploit unique dans un stade qui n’accueillera plus jamais de tels matchs de club européens.
Un moment de grâce dans le silence de Wembley
Après les célébrations, je suis retourné seul sur la pelouse alors que les projecteurs s’éteignaient. Dans ce brouillard londonien et ce silence irréel, je me suis assis en tribune pour savourer. Pour un enfant de Blanzy, gagner ici était un rêve éveillé. J’ai pris le temps de remercier le ciel pour ce privilège : être le premier gardien français à s’imposer dans ce temple du football.
