Le 11 septembre, à Lomé, une étape historique a été franchie pour les milliers de réfugiés burkinabè ayant fui les violences au Sahel. Trois accords tripartites ont été signés entre le Burkina Faso, le Bénin, le Ghana, le Togo et le HCR. Leur objectif ? Poser les bases d’un retour volontaire, sûr et digne pour ces populations, tout en garantissant leur sécurité et leurs droits fondamentaux.
Cette initiative marque un virage stratégique dans la gestion de la crise. Elle ne représente pas une fin, mais le début d’un processus où la prudence et le volontariat primeront. Autrement dit, le retour des réfugiés ne sera envisagé que lorsque leur sécurité sera pleinement assurée.
Des accords qui redéfinissent les règles du retour
Les textes signés à Lomé ne constituent pas une autorisation de rapatriement immédiat. Ils établissent plutôt un cadre clair de coopération entre les pays concernés et le HCR, afin de préparer méticuleusement les conditions d’un éventuel retour. Parmi les mesures clés : des mécanismes de concertation renforcés, un suivi rigoureux des opérations et une préparation minutieuse de la réintégration.
Le principe posé est simple : nul ne doit être contraint de rentrer. Les accords insistent sur le caractère volontaire et digne du retour, condition sine qua non pour que cette démarche soit durable. Une logique qui s’oppose aux interprétations hâtives et aux pressions politiques ou sociales.
Un engagement régional face à l’ampleur de la crise
Le Burkina Faso fait face à une crise humanitaire sans précédent. Depuis plusieurs années, des milliers de civils fuient les violences perpétrées par des groupes armés et les abus des forces de sécurité. En 2026, le Bénin, le Ghana et le Togo accueillaient à eux seuls plus de 90 000 réfugiés burkinabè, selon les dernières estimations du HCR.
Ces pays, bien que confrontés à leurs propres défis économiques et sécuritaires, ont ouvert leurs frontières. Le Ghana, par exemple, a accordé le statut de réfugié prima facie dès février 2025, tandis que le Togo hébergeait à lui seul près de 56 000 Burkinabè en juin 2026.
Les accords de Lomé reconnaissent cette responsabilité collective et offrent un cadre pour une réponse coordonnée, où accueil et préparation au retour coexistent.
L’urgence de résoudre les causes de l’exil
Cependant, ces mesures ne sauraient suffire si les violences persistent au Burkina Faso. Les rapports d’organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, documentent depuis 2023 des exactions attribuées aux groupes armés et aux forces de sécurité burkinabè. En 2026, l’organisation a recensé 57 incidents graves, impliquant parfois des crimes de guerre ou contre l’humanité.
Ces violations concernent directement les réfugiés. Leur retour ne sera possible que si leur sécurité et leurs droits — accès à la terre, aux soins, à l’éducation, aux documents administratifs — sont garantis. Une question d’autant plus cruciale que la transition politique, marquée par le coup d’État de 2022, s’accompagne d’un resserrement de l’espace civique et d’une répression accrue des médias et de l’opposition.
Le rôle crucial des pays d’accueil et du HCR
Pour le Bénin, le Ghana et le Togo, l’enjeu est double : protéger les réfugiés aujourd’hui tout en préparant les conditions d’un retour futur. Ces pays deviennent ainsi des acteurs clés d’une réponse régionale à la crise sahélienne.
Le HCR, de son côté, rappelle que le succès des accords dépendra de leur application transparente et inclusive. Seule une réelle amélioration de la situation sécuritaire et humanitaire au Burkina Faso permettra un retour durable.
Un défi à la hauteur des enjeux : bâtir une paix durable
Les accords de Lomé ne promettent pas un rapatriement massif. Ils marquent plutôt un engagement collectif pour que les réfugiés puissent, un jour, rentrer chez eux sans crainte. Leur succès se mesurera à l’aune des vies sauvées et des communautés reconstruites.
Pour l’heure, le message est clair : la priorité est à la protection, pas au retour forcé. Et c’est cette approche qui fera la différence entre un échec humanitaire et une avancée vers la stabilité.
