Le Maroc se dote d’un cadre ambitieux pour une économie décarbonée
Le Royaume du Maroc franchit une étape décisive vers la construction d’un système financier aligné sur ses ambitions climatiques. Sous l’impulsion de plusieurs institutions clés, une taxonomie financière verte a été soumise à consultation publique. Ce référentiel vise à définir un cadre commun pour identifier les activités économiques compatibles avec les objectifs nationaux de réduction des émissions.
Un outil de référence pour les acteurs financiers
Bank Al-Maghrib, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et les ministères de l’Économie, des Finances et de la Transition énergétique ont collaboré à l’élaboration de ce projet. L’objectif ? Fournir aux banques, investisseurs et entreprises un langage standardisé pour évaluer les investissements durables et orienter les flux de capitaux vers les secteurs les plus respectueux de l’environnement.
Selon les initiateurs, cette taxonomie repose sur des critères scientifiques rigoureux. Elle permet de renforcer la transparence du marché tout en limitant les risques de « greenwashing ». Chaque projet devra répondre à des exigences précises : contribuer significativement aux objectifs environnementaux, respecter le principe de « non-préjudice significatif » et garantir des normes sociales minimales.
Des critères stricts pour une transition crédible
Le projet marocain adopte une approche progressive mais exigeante. Les investissements verts ne seront plus simplement déclarés comme tels, mais devront justifier de résultats tangibles. Les secteurs de l’énergie, du transport et de l’industrie sont prioritaires, car ils représentent à la fois une part majeure des émissions nationales et un levier essentiel pour la transition.
Les énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien, bénéficieront d’une reconnaissance immédiate. La taxonomie fixe par ailleurs un seuil de 100 grammes de CO₂ par kilowattheure pour qualifier une production d’électricité comme bas carbone. Une trajectoire de décarbonation du mix électrique est également prévue, avec un objectif de réduction de 428 gCO₂e/kWh en 2026 à seulement 16 gCO₂e/kWh d’ici 2050.
Financement de transition : un équilibre entre rigueur et pragmatisme
Contrairement à une approche radicale, le Maroc mise sur une transition maîtrisée. Certaines infrastructures existantes pourront accéder à des financements verts sous réserve de présenter un plan crédible de réduction de leurs émissions. Cela inclut des améliorations d’efficacité énergétique, le remplacement de combustibles fossiles ou l’adoption de technologies de captage du carbone.
Le dispositif prévoit des mécanismes de contrôle stricts pour éviter les abus, comme la traçabilité de l’électricité ou la vérification des contrats d’achat d’énergie. Les activités incompatibles avec les objectifs climatiques seront clairement identifiées et exclues du périmètre de la finance durable.
Un impact qui dépasse le secteur énergétique
La taxonomie ne se limite pas aux énergies renouvelables. Les industries lourdes comme le ciment, l’acier, l’aluminium ou les engrais phosphatés sont également concernées. Les entreprises marocaines devront désormais prouver leur capacité à réduire leur empreinte carbone et à améliorer leur efficacité énergétique pour accéder aux nouveaux financements durables.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte international où les critères environnementaux deviennent un facteur clé de compétitivité. Les acteurs marocains devront s’adapter pour maintenir leur accès aux marchés et optimiser leurs coûts de financement.
Un levier intégré à la stratégie économique du pays
La future taxonomie s’articule avec plusieurs initiatives nationales, dont la Stratégie de développement de la finance climat à l’horizon 2030 et la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) à l’horizon 2050. Elle s’inscrit dans une vision globale où la finance climatique n’est plus perçue comme une contrainte environnementale, mais comme un moteur de transformation économique.
Les retombées attendues couvrent l’ensemble du système financier : crédits bancaires, émissions obligataires, produits d’assurance, gestion d’actifs et stratégies d’investissement des entreprises publiques et privées. La consultation publique, ouverte jusqu’à l’été 2026, permettra d’affiner le dispositif en recueillant les retours des acteurs concernés.
