En Côte d’Ivoire, la récolte d’anacardes dans le Bounkani peine à décoller
La campagne de commercialisation de l’anacarde bat son plein en Côte d’Ivoire. Le Conseil Coton Anacarde table cette année sur une production d’un peu plus de 1,3 million de tonnes de noix de cajou. Un volume soutenu, similaire aux saisons précédentes, mais qui marque tout de même un recul de 200 000 tonnes par rapport à l’exercice 2024. Certaines régions du pays subissent de plein fouet les conséquences de ces variations, notamment dans le nord-est, où la zone du Bounkani enregistre des difficultés majeures.
Des pluies décalées et des vergers abandonnés
À Bouna, au cœur du Bounkani, Kouamé Ouattara, cultivateur d’anacardiers sur 3 hectares, constate l’ampleur des dégâts. « Il y a trois ans, je récoltais jusqu’à 500 kg par hectare. Aujourd’hui, je peine à remplir deux sacs sur l’ensemble de ma plantation », confie-t-il, amer. Selon lui, la faute en revient à une saison des pluies totalement désorganisée. « D’ordinaire, les pluies intenses de novembre à décembre permettent aux arbres de fleurir. Cette année, elles se sont arrêtées dès octobre. Résultat : pas de floraison, pas de récolte. Et si la floraison échoue une fois, il faut attendre l’année suivante pour espérer une nouvelle tentative ».
Les apiculteurs locaux subissent également de plein fouet ces dysfonctionnements. Koffi Ouattara, président de l’association des apiculteurs de Koflangué, évoque une chute vertigineuse de la production : « L’an dernier, nous avions récolté 100 litres de miel. Cette saison, à peine 30 litres. C’est une catastrophe pour nos exploitations ».
Des pratiques culturales à revoir d’urgence
Le Dr Sibirina Soro, enseignant-chercheur à l’université de Daloa et coordinateur du projet national de recherche sur l’anacardier, pointe du doigt des causes structurelles. « La densité des vergers est souvent excessive. Beaucoup de plantations ressemblent à des forêts, sans respect des standards de 100 pieds par hectare », explique-t-il. Pour remédier à cette situation, il prône une réhabilitation urgente des vergers et un accompagnement renforcé des producteurs. En Côte d’Ivoire, les cultivateurs d’anacarde évitent les intrants chimiques, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux aléas climatiques.
Chaque année, le Dr Soro organise des sessions de formation pour lutter contre les ravageurs. Mais sans un changement radical dans les méthodes de culture, la filière risque de continuer sur cette pente descendante. Les producteurs de la région du Bounkani, comme Kouamé Ouattara, appellent à des solutions concrètes avant que la situation ne devienne irréversible.
