le président sénégalais recentre la gouvernance des secteurs pétrolier et minier sur l’expertise
Le chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye opère une reconfiguration majeure au sein des entreprises publiques stratégiques en procédant à un remplacement des dirigeants liés au parti au pouvoir. Cette transition, marquée par la nomination de profils technocratiques, vise à rééquilibrer la gouvernance économique et renforcer la crédibilité internationale du pays.
un virage après les nominations politiques initiales
À peine un mois après avoir procédé à un remaniement gouvernemental significatif, le président Bassirou Diomaye Faye poursuit sa stratégie de reprise en main des leviers économiques. Deux postes clés viennent d’être pourvus avec des personnalités aux parcours techniques : Thierno Seydou Ly prend la direction de Petrosen Holding, tandis que Mamady Touré est nommé à la tête de Somisen. Ces changements viennent sanctionner la fin d’une ère où les nominations dans les entreprises publiques étaient fortement influencées par les affiliations partisanes.
Les deux anciens dirigeants, Alioune Gueye et Ngagne Demba Touré, ont été écartés de leurs fonctions de manière brutale. Selon des sources internes, « leur éviction a été rendue publique par voie de presse sans notification préalable de la présidence ». Cette décision brutale intervient dans un contexte de tensions persistantes entre l’exécutif et certaines figures du parti au pouvoir, notamment Ousmane Sonko.
la fin d’une alliance politique dans les entreprises publiques
Les profils écartés, tous deux anciens cadres du Pastef, symbolisaient la mainmise du parti sur les structures économiques. Alioune Gueye, ancien coordonnateur du Pastef aux États-Unis, et Ngagne Demba Touré, responsable de la jeunesse patriotique du parti, « ont payé le prix de leur loyauté envers Ousmane Sonko », selon des observateurs politiques. Cette rupture marque un tournant par rapport aux débuts du mandat de Bassirou Diomaye Faye en 2024, lorsque le président avait largement laissé carte blanche à son allié politique pour placer des cadres du parti à des postes stratégiques.
La nomination de Thierno Seydou Ly à la tête de Petrosen Holding revêt une dimension symbolique forte. En mars 2025, Ousmane Sonko avait déjà tenté de l’évincer de son poste précédent au sein de Petrosen Exploration-Production, afin de se débarrasser des responsables nommés sous l’administration précédente. Les relations entre les deux hommes étaient, selon les observateurs, « tendues voire conflictuelles ».
l’expertise technique au service de la confiance des investisseurs
Dans un contexte économique marqué par la révision des contrats extractifs signés sous le précédent gouvernement, Bassirou Diomaye Faye mise désormais sur des profils hautement qualifiés. Thierno Seydou Ly, ingénieur pétrolier ayant travaillé pour TotalEnergies, et Mamady Touré, ingénieur géologue spécialisé dans les géosciences et les mines, incarnent cette nouvelle approche. Leurs prédécesseurs, bien que compétents dans leurs domaines respectifs, étaient avant tout des « cadres politiques ».
Cette professionnalisation des structures extractives répond à un double objectif : rassurer les partenaires internationaux et poursuivre les négociations en cours. Les nouveaux dirigeants se distinguent également par leur « profil moins clivant et leur approche diplomatique » vis-à-vis des investisseurs étrangers, selon des observateurs proches du dossier.
Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large de redorer l’image du Sénégal sur la scène internationale, notamment dans le secteur minier et pétrolier où la concurrence entre pays africains est intense. Les prochaines cibles de cette reprise en main pourraient concerner d’autres secteurs économiques sensibles, où des responsables proches du parti au pouvoir occupent des postes clés.
Parmi les noms évoqués : Waly Diouf Bodiang, directeur général du Port autonome de Dakar, et Fadilou Keïta, à la tête de la Caisse des dépôts et consignations. Leur proximité avec Ousmane Sonko pourrait les exposer à des changements de direction dans les semaines à venir.
une transition vers une gouvernance plus apaisée
Cette dépolitisation progressive des entreprises publiques s’accompagne d’un discours visant à apaiser les tensions internes. En recentrant la gouvernance sur l’expertise technique, le président Bassirou Diomaye Faye envoie un signal fort aux acteurs économiques nationaux et internationaux. « Le Sénégal a besoin de stabilité et de crédibilité pour attirer les investissements », confie un analyste économique sous couvert d’anonymat.
Si cette transition peut être perçue comme une rupture avec les pratiques passées, elle s’inscrit dans une logique de modernisation des structures de l’État et de professionnalisation de l’administration publique. Le défi pour le gouvernement sera de maintenir cette dynamique tout en évitant les tensions internes qui pourraient fragiliser sa position.
