Niger : trois ans sous la junte militaire, un bilan accablant pour les droits humains

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Niger : trois ans sous la junte militaire, un bilan accablant pour les droits humains

Il y a trois ans jour pour jour, le Niger basculait dans une nouvelle ère politique après le renversement de Mohamed Bazoum par une junte dirigée par le général Abdourahamane Tiani. Depuis, le pays subit une crise institutionnelle sans précédent, marquée par un recul alarmant des libertés fondamentales et une dérive autoritaire qui inquiète la communauté internationale.

une démocratie en lambeaux : les piliers de l’État de droit sapés

Dans un rapport récent, les observateurs les plus avertis dressent un constat implacable : le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) a méthodiquement démantelé les fondements de la démocratie nigérienne. Sous prétexte de garantir la sécurité et la souveraineté nationale, les autorités militaires ont verrouillé l’espace politique, verrouillé l’accès à la justice et étouffé toute contestation.

Le cas emblématique de Mohamed Bazoum et de son épouse, toujours détenus sans jugement, illustre cette spirale répressive. Malgré les condamnations unanimes des instances onusiennes et les appels à leur libération, la junte reste inflexible, refusant même d’envisager un retour à l’ordre constitutionnel.

justice instrumentalisée et société civile sous pression

La justice, pilier de l’État de droit, est désormais un outil au service du régime. Les opposants politiques, comme l’avocat Moussa Tiangari arrêté en décembre 2024, sont maintenus en détention au mépris des délais légaux. Pire, une réforme du Code de procédure pénale a été adoptée en urgence : la durée maximale de détention provisoire dans les affaires de terrorisme passe désormais de 12 mois à quatre ans. Une modification rétroactive dénoncée comme une manœuvre pour prolonger l’arbitraire.

les libertés publiques étouffées

La répression ne se limite pas aux opposants politiques. Les médias et la société civile sont également dans le viseur des autorités :

  • Dissolution des structures démocratiques : Tous les partis politiques ont été interdits, tandis que des syndicats et des ONG indépendantes voient leurs activités suspendues sous divers prétextes.
  • Censure et intimidation des journalistes : La loi sur la cybercriminalité, durcie, sert de prétexte pour arrêter les reporters. En octobre dernier, six journalistes de Niamey ont été incarcérés pour avoir relayé une simple invitation à une conférence de presse.
  • Traque des opposants à l’étranger : La junte n’hésite plus à recourir à des mesures radicales comme la déchéance de nationalité, comme en témoigne le cas de Mariama Djibrine, figure de l’opposition nigérienne en exil.

un virage sociétal et un isolement international croissant

En mars 2025, le régime a franchi un cap supplémentaire en durcissant le Code pénal : les relations homosexuelles et tout soutien aux personnes LGBT sont désormais passibles de 5 à 20 ans de prison. Cette mesure a déjà provoqué une vague d’arrestations et mis en péril des programmes de santé publique essentiels.

Sur la scène internationale, Niamey assume son isolement. Après avoir quitté la CEDEAO, le Niger s’est retiré de la Cour pénale internationale (CPI) en juin. Pour les défenseurs des droits humains, cette décision prive les Nigériens de tout recours face aux exactions commises, notamment dans la région de Tillabéri, où les violences persistent malgré les opérations militaires.

appel à l’action : la communauté internationale doit réagir

Face à cette dérive autoritaire, les ONG appellent la communauté internationale à sortir de sa passivité. La libération des prisonniers politiques et le retour à un calendrier électoral crédible deviennent des urgences absolues pour éviter un enlisement définitif du pays.