Nouveau gouvernement sénégalais : cinq enseignements majeurs à retenir
Le Président Bassirou Diomaye Faye a officiellement dévoilé la composition de son nouveau gouvernement, une semaine après avoir remplacé son Premier ministre. Cette équipe, dirigée par Ahmadou Al Amine Mohamed Lo, devra relever des défis économiques et politiques majeurs, dans un contexte de dette publique record et de tensions avec les forces parlementaires.
1. Une équipe gouvernementale sans majorité parlementaire
La nouvelle configuration exécutive doit composer avec une Assemblée nationale dominée par le PASTEF, parti d’Ousmane Sonko, désormais président du parlement. Ce dernier a publiquement annoncé que son parti ne participerait pas au gouvernement en raison de profondes divergences avec le chef de l’État.
Plusieurs personnalités influentes du PASTEF, dont Birame Souley Diop (Énergie), Yacine Fall (Justice) et Amadou Ba (Culture), ont quitté leurs postes par fidélité aux consignes du parti. Pourtant, quelques anciens cadres du PASTEF ont été maintenus ou promus, comme Cheikh Diba, reconduit aux Finances avec un élargissement de ses attributions à l’Économie et au Plan.
D’autres proches d’Ousmane Sonko ont également intégré l’équipe, bien que le parti boycotte officiellement l’exécutif. Parmi eux figurent Cheikh Tidiane Dieye (Assainissement), Déthie Fall (Infrastructures) ou encore Boubacar Camara (Enseignement supérieur). La Coalition Diomaye obtient quant à elle six portefeuilles clés, dont celui de l’Énergie et du Pétrole, confié à El Hadj Abdourahmane Diouf.
2. Une représentation féminine toujours insuffisante
Sur les trente membres du gouvernement, seulement quatre sont des femmes. Une proportion en baisse par rapport à la précédente équipe, où elles étaient cinq. Pire encore : aucune ne dirige un ministère régalien.
Les portefeuilles confiés aux femmes concernent principalement les secteurs sociaux : Marie Angélique Mame Selbé Diouf (Famille et Solidarités), Djirèye Clotilde Coly (Sports et Jeunesse), Ami Mara (Pêches et Économie maritime) et Mame Coumba Diop (Culture, Industries créatives et Patrimoine).
Cette sous-représentation a suscité des critiques de la part d’organisations féministes. Le Dr Coumba Mar Gadio, membre du Réseau des Femmes Leaders Africaines (AWLN), a souligné que cette configuration « ne reflète ni le poids démographique des femmes dans la société sénégalaise, ni leur expertise dans des secteurs stratégiques ».
Malgré l’existence d’une loi sur la parité depuis 2010, son application reste limitée aux postes électifs, laissant les nominations ministérielles en dehors de son champ d’application.
3. Dette et relations avec le FMI : un équilibre difficile à trouver
Le Sénégal fait face à une dette publique estimée à plus de 7 milliards de dollars, héritée de l’ère Macky Sall, et refuse jusqu’à présent toute restructuration. Ce sujet a été au cœur des tensions entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko lors des négociations pour former l’exécutif.
Pour l’économiste Amath Ndiaye, « la situation économique est préoccupante : chômage élevé, croissance atone (2,2 à 2,5 % en 2026 prévue) ». Il estime nécessaire d’engager des discussions avec le FMI pour restructurer la dette, tout en reconnaissant la difficulté de concilier cette approche avec les attentes sociales et les revendications syndicales.
« Le gouvernement doit trouver un équilibre entre la nécessité de réduire la dette et les impératifs de stabilité sociale », explique-t-il. Une mission complexe alors que les subventions dans des secteurs clés pourraient être revues à la baisse.
4. Une cohabitation inédite au sommet de l’État
Le politologue Moussa Diaw qualifie la situation actuelle de « inédite » au Sénégal : un Président sans majorité parlementaire, face à un parlement dominé par un parti qui refuse de participer au gouvernement. Cette configuration crée une cohabitation institutionnelle où chaque camp défend des visions opposées sur la gestion de la dette, la reddition des comptes et les réformes judiciaires.
« Les divergences portent sur l’orientation politique à adopter, notamment sur la question de la dette, la justice transitionnelle et la gestion des manifestations passées », analyse-t-il. Le risque ? Une paralysie des institutions si les deux camps ne trouvent pas de terrain d’entente.
Pour Moussa Diaw, le Premier ministre Al Aminou Lo dispose d’une marge de manœuvre limitée. « Un gouvernement minoritaire est fragilisé et ne peut se permettre des initiatives éloignées de la ligne tracée par la majorité parlementaire. »
5. Respecter la Constitution pour éviter une crise institutionnelle
Le professeur Moussa Diaw insiste sur la nécessité pour le Président Faye et Ousmane Sonko de prioriser l’intérêt national plutôt que les calculs politiques. « Chacun doit jouer son rôle constitutionnel avec responsabilité pour éviter une crise institutionnelle. »
Il appelle à une concertation permanente entre les deux institutions, afin de dépasser les clivages partisans. « Le courage politique et l’esprit patriotique doivent guider leurs décisions, au service d’un Sénégal stable et fonctionnel. »
La réussite de cette cohabitation dépendra de leur capacité à concilier leurs divergences tout en répondant aux attentes d’une population confrontée à des défis économiques et sociaux majeurs.
