Ousmane sonko à la tête du parlement sénégalais ? une bataille politique s’annonce

Dans les rues de Dakar, l’effervescence est palpable. À Cité Keur Gorgui, des militants du parti Pastef-Les Patriotes scandent le nom d’Ousmane Sonko, exprimant leur soutien sans faille à leur leader. Parmi eux, Nourdine Diallo, profondément marqué par les récentes décisions politiques, évoque avec amertume la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, son ancien Premier ministre.

« Le limogeage du Premier ministre Sonko a été un choc pour nous. Lors de la campagne, nous avons martelé que Diomaye et Sonko ne faisaient qu’un. Ce slogan reflétait une réalité : leur alliance était bien plus qu’un simple discours. Nous avons toujours insisté sur leurs liens fraternels, partisans et institutionnels. »

Un conflit institutionnel aux conséquences majeures

Le départ d’Ousmane Sonko de la primature est intervenu après une séance houleuse à l’Assemblée nationale, où il avait vivement critiqué certaines orientations du gouvernement. Désormais, un affrontement politique se profile à l’horizon. Une réunion exceptionnelle de l’Assemblée nationale est programmée pour ce mardi 26 mai 2026. Deux points clés y seront abordés : la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député, ainsi que l’élection d’un nouveau président de l’Assemblée nationale, en remplacement d’El Hadj Malick Ndiaye, qui a démissionné dimanche 24 mai 2026.

Ousmane Sonko, dont la réintégration semble presque acquise, pourrait ainsi devenir la deuxième personnalité de l’État. Une perspective qui inquiète certains observateurs, dont le politologue Malao Kanté.

« Ousmane Sonko incarne désormais une nouvelle forme d’opposition, mais cette opposition détient désormais la majorité parlementaire. Ce renversement de situation comporte des risques, notamment celui d’une motion de censure contre le prochain Premier ministre. Le pays pourrait s’engager dans une phase de blocages institutionnels, compromettant le bon fonctionnement de l’État. »

L’opposition crie à l’illégalité

Face à cette dynamique, Adama Fall, cadre du Pastef-Les Patriotes, appelle à une réflexion nationale dépassant les querelles personnelles. Il évoque des précédents historiques africains, tout en soulignant la singularité de cette génération politique.

« L’histoire se répète, mais pas comme par le passé. Nous ne sommes plus la génération des conflits stériles comme celui opposant Mamadou Dia à Senghor. Nous sommes une génération consciente, déterminée à écrire une nouvelle page. »

Cette crise a provoqué une vague de démissions au sein du Pastef. Plusieurs responsables, en signe de solidarité avec Ousmane Sonko, ont quitté leurs fonctions. La réintégration d’Ousmane Sonko au parlement, où son parti est majoritaire, s’inscrit dans un contexte tendu. Le groupe parlementaire d’opposition Takuu Walu a réagi avec véhémence à la démission d’El Hadj Malick Ndiaye, qu’il qualifie de nulle et contraire au règlement intérieur de l’Assemblée.

Aïssata Tall Sall, présidente de ce groupe, a appelé le président Bassirou Diomaye Faye à saisir le Conseil constitutionnel pour contester cette réintégration. Elle dénonce un « coup d’État constitutionnel » et met en garde contre une dégradation de la situation politique, estimant qu’Ousmane Sonko pourrait s’attaquer directement au fauteuil présidentiel si aucune mesure n’est prise.

En réaction, Bassirou Diomaye Faye a nommé dans la nuit un nouveau Premier ministre : Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, ancien banquier de la BCEAO et ministre d’État auprès de la Présidence. Ce dernier a insisté sur l’importance de l’unité nationale et appelé à la mobilisation des Sénégalais.