Alors que le continent africain connaît une véritable révolution des déplacements avec l’essor du visa free, le Cameroun fait figure d’exception. Son passeport, encore soumis à des contraintes majeures, reflète une approche prudente en matière de diplomatie et de sécurité.
Une politique fondée sur l’échange et la réciprocité
La diplomatie camerounaise repose depuis des décennies sur un principe immuable : l’octroi de facilités de voyage est conditionné par la réciprocité. Ainsi, Yaoundé n’assouplit ses règles qu’à condition que les pays partenaires accordent des avantages similaires à ses ressortissants. Tant que ces négociations bilatérales n’aboutissent pas, les restrictions persistent, limitant considérablement la liberté de circulation des Camerounais.
Sécurité nationale et défis migratoires au cœur des décisions
Le Cameroun fait face à des enjeux sécuritaires majeurs, notamment dans les régions du Grand Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où les tensions et les menaces terroristes (notamment liées à Boko Haram) exigent une vigilance accrue. Dans ce contexte, les autorités privilégient un contrôle strict des flux migratoires. Pour elles, le visa obligatoire constitue un outil essentiel pour filtrer les entrées et garantir la stabilité du pays.
Une intégration régionale en demi-teinte
Contrairement à d’autres blocs africains comme la CEDEAO (Afrique de l’Ouest) ou la Communauté d’Afrique de l’Est, la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) n’a pas encore franchi le pas d’une ouverture totale. Bien que l’exemption de visa au sein de la zone soit officiellement en vigueur, son application reste limitée. Résultat : le Cameroun, pilier de la CEMAC, peine à adopter une politique d’ouverture globale, contrairement à des pays comme le Bénin ou le Rwanda.
Bilan de l’essor du visa free en Afrique ces dernières années
Pour mieux comprendre ce phénomène, voici les avancées majeures réalisées par plusieurs pays africains ces deux dernières années en matière d’assouplissement des visas :
Les nations ayant supprimé le visa pour tous les Africains
Plusieurs États ont franchi une étape décisive en supprimant totalement l’obligation de visa pour les voyageurs africains, dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) et pour dynamiser le tourisme et les échanges commerciaux :
- Le Ghana (janvier 2025) : adoption d’une politique d’entrée sans visa pour tous les Africains, marquant une avancée significative pour l’intégration régionale.
- Le Kenya (janvier 2024) : passage à un système visa free pour les Africains, accompagné d’une autorisation électronique simplifiée (eTA) pour les autres visiteurs.
- Le Rwanda, le Bénin et la Gambie : ces pays, pionniers en la matière, maintiennent leur politique d’ouverture totale sans exigence de visa.
- L’Afrique du Sud (juillet 2026) : élargissement de sa liste d’exemption à 22 pays africains (dont l’Algérie, la Côte d’Ivoire, le Gabon ou le Kenya), permettant des séjours de 30 à 90 jours pour stimuler les échanges.
Un constat révélateur
28 % : c’est la part des déplacements intra-africains aujourd’hui exempts de visa, un chiffre en nette progression par rapport aux 20 % enregistrés en 2016. Par ailleurs, 31 pays africains proposent désormais un e-Visa, offrant une alternative flexible aux voyageurs.
