Le Cameroun a engrangé 12,2 milliards de FCFA de droits de transit sur le pétrole tchadien acheminé via le pipeline Tchad-Cameroun au cours des quatre premiers mois de 2026. Ce montant, communiqué par le Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), représente une hausse significative de 1,2 milliard de FCFA par rapport à la même période en 2025, soit une progression de 11%. Cette performance s’explique par un volume record de 16,1 millions de barils de brut tchadien transitant par le territoire camerounais durant cette période.
Un corridor énergétique essentiel pour le Tchad
Avec ses 1 080 kilomètres, l’oléoduc relie les gisements pétroliers du sud du Tchad au port d’exportation de Komé-Kribi, situé sur la côte camerounaise. Sans accès direct à la mer, N’Djamena dépend entièrement de cette infrastructure pour exporter sa production vers les marchés internationaux. Inauguré au début des années 2000 sous la supervision d’un consortium dirigé par ExxonMobil, ce pipeline constitue aujourd’hui le seul moyen viable pour écouler le pétrole tchadien.
Pour le Cameroun, cette dépendance stratégique se traduit par des recettes budgétaires régulières. Chaque baril transitant par son territoire génère un droit de transit fixé à 1,321 dollar, reversé au Trésor public. Cette manne financière, bien que modeste à l’échelle macroéconomique, contribue à diversifier les revenus de Yaoundé, alors que la production nationale d’hydrocarbures traverse une phase de déclin.
Une redevance multipliée par trois en vingt ans
L’actuel tarif résulte d’une série de négociations entamées en 2013, lorsque la redevance unitaire était fixée à 0,41 dollar par baril. Jugé insuffisant par les autorités camerounaises au regard des risques environnementaux et logistiques encourus, ce montant a fait l’objet de deux révisions majeures en 2013 et 2018. Depuis, la redevance a plus que triplé, alignant progressivement les conditions financières du transit sur les standards observés dans d’autres corridors pétroliers africains, tels que le système BTC en Asie centrale ou les arrangements du COTCO.
Pourtant, la prochaine étape de cette indexation, initialement prévue pour le 1er octobre 2023, reste en suspens. Plus de deux ans après, aucune annonce officielle n’a été publiée, ni pour confirmer une revalorisation, ni pour en préciser les modalités. Ce flou interroge, d’autant que Yaoundé a récemment multiplié les discours sur l’optimisation de ses recettes pétrolières.
Un dossier bloqué par des enjeux politiques et économiques
Plusieurs facteurs expliquent ce blocage. La situation politique au Tchad, marquée par la transition post-Déby et des tensions budgétaires à N’Djamena, limite la marge de manœuvre des négociateurs tchadiens. Par ailleurs, la production pétrolière tchadienne connaît des fluctuations, ce qui pourrait inciter les opérateurs à privilégier une stabilité tarifaire pour préserver la rentabilité des champs en déclin. Du côté camerounais, l’enjeu est tout autre : maximiser les revenus d’une infrastructure dont la durée de vie utile est limitée.
Malgré cette impasse, la dynamique actuelle profite directement au budget de l’État camerounais. Si les performances du premier quadrimestre 2026 se maintiennent, les recettes annuelles liées au droit de transit pourraient dépasser 35 milliards de FCFA cette année. Ce pipeline s’affirme ainsi comme un actif stratégique pour Yaoundé, aux côtés des exportations de gaz de Kribi et des produits agricoles. Aucune information officielle n’a encore été rendue publique concernant l’issue des négociations tarifaires en cours avec la partie tchadienne.
