Tabagisme passif à N’Djamena : une loi ignorée malgré les risques sanitaires

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Une législation ancienne, une réalité toujours floue

Depuis plus de quinze ans, un texte de loi interdit formellement la consommation de tabac dans les lieux publics au Tchad. Pourtant, à N’Djamena, la capitale, fumer en public reste une habitude ancrée, presque banale. Les marchés bondés comme le marché central ou Dembé illustrent ce paradoxe : entre étals de poissons et effluves culinaires, la fumée des cigarettes se mêle à la poussière ambiante.

Des témoignages qui révèlent l’ampleur du problème

« On respire cette fumée tous les jours sans même y penser. Les décisions existent, mais personne ne les applique. C’est scandaleux », déclare Pélagie, marchande de poissons. Elle n’est pas la seule à s’indigner : Christian partage son avis, soulignant l’absence totale de séparation entre fumeurs et non-fumeurs. « Dans d’autres pays, des espaces dédiés existent. Ici, tout le monde est exposé : écoles, hôpitaux, transports… Le gouvernement doit agir. »

Des risques sanitaires sous-estimés

Les conséquences du tabagisme passif sont documentées : cancers, maladies cardiovasculaires et troubles respiratoires menacent les citoyens. Les populations les plus fragiles – enfants, femmes enceintes – paient le plus lourd tribut. Sans oublier l’impact environnemental : les mégots, jetés sans discernement, souillent les rues et peuvent déclencher des incendies.

Une loi ambitieuse, une application défaillante

La loi n° 010/PR/2010 du 10 juin 2010 encadre strictement l’usage du tabac. Elle prohibe la cigarette dans les lieux publics, les espaces de travail fermés et les transports. Elle protège les mineurs et les femmes enceintes, avec des sanctions prévues en cas d’infraction. Des textes complémentaires, comme le décret n° 1522/PR/MSP/2019, ont affiné ces mesures, tandis que des campagnes de sensibilisation ont été lancées par les autorités sanitaires et municipales. Une brigade antitabac a même été déployée. Pourtant, malgré ces efforts, l’application reste quasi inexistante.

Pourquoi la loi ne passe pas ?

Plusieurs facteurs expliquent ce décalage persistant. Le premier est culturel : fumer en public est perçu comme un acte anodin, voire normal. Ensuite, les moyens de contrôle et de répression manquent cruellement. Enfin, la sensibilisation peine à atteindre l’ensemble de la population, notamment dans les zones moins accessibles.

Le combat contre le tabagisme passif à N’Djamena est loin d’être gagné. Il nécessite une volonté politique renforcée, des sanctions appliquées sans faiblesse, et une éducation continue pour changer les mentalités. Sans cela, la fumée continuera de flotter au-dessus des marchés, des écoles et des hôpitaux.