Tchad : le chef de la sécurité nationale face aux sénateurs sur la montée des violences

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Tchad : le ministre de la Sécurité nationale expose les défis sécuritaires aux sénateurs

Le général Ali Ahmat Aghabache, ministre tchadien de la Sécurité publique, a détaillé devant les sénateurs les origines des tensions communautaires et les actions engagées pour y mettre fin.

Tchad : le ministre tchadien de la sécurité publique s'exprime devant les sénateurs sur l'insécurité

Lors d’une séance de questions orales avec débat, le ministre tchadien de la Sécurité publique et de l’Immigration, le général Ali Ahmat Aghabache, a présenté ce jour un bilan détaillé des violences intercommunautaires qui secouent plusieurs régions du pays. Cette rencontre, présidée par le Dr Haroun Kabadi, président du Sénat, a permis d’aborder les tensions persistantes dans des provinces comme le Mayo-Kebbi Ouest, le Salamat ou encore le Hadjar-Lamis.

Le président du Sénat a rappelé les épisodes violents enregistrés en 2025, notamment un conflit entre éleveurs et agriculteurs à Mandakao (Logone Occidental) en mai, suivi d’un accord en juillet. Ces tensions, souvent liées à l’accès aux ressources naturelles, ont causé la mort de nombreux concitoyens et laissé des familles endeuillées.

En ouverture de son intervention, le général Aghabache a marqué un moment de silence en hommage aux victimes des violences communautaires, exprimant sa profonde compassion. Il a souligné que les conflits au Tchad ne se limitent pas au Logone Occidental, mais s’étendent à d’autres départements comme le Mayo-Kebbi, le Wadi, le Sila, le Bahr El-Ghazal ou le Ouaddaï.

Les racines des violences intercommunautaires au Tchad

Pour expliquer la persistance des actes violents, le ministre a identifié plusieurs facteurs structurels :

  • Conflits liés aux ressources naturelles : Les périodes de pluies exacerbent les tensions entre agriculteurs et éleveurs, notamment dans l’est et le sud du pays. Les dégâts causés par le bétail aux cultures déclenchent souvent des représailles violentes plutôt que des solutions pacifiques.
  • Rareté des terres et de l’eau : La sécheresse dans le nord pousse les éleveurs vers le sud, tandis que l’expansion des cultures agricoles réduit les espaces pastoraux. Cette pression accrue sur les ressources alimente les conflits entre communautés.
  • Absence de cadre juridique clair : L’absence de délimitations précises des couloirs de transhumance et des droits fonciers crée un vide juridique propice aux litiges.
  • Croissance démographique : L’augmentation de la population intensifie la demande en terres, en eau et en pâturages, fragilisant les écosystèmes et exacerbant les tensions.
  • Instrumentalisation politique des divisions ethniques : Certains acteurs exploitent les clivages tribaux pour renforcer leur influence, aggravant les rivalités locales.
  • Complexité ethnique du Tchad : Avec plus de 200 groupes ethniques, la prédominance des appartenances tribales affaiblit le sentiment national et favorise les conflits.
  • Influence des crises régionales : La circulation illégale d’armes depuis les pays voisins alimente les violences traditionnelles et en augmente la létalité.
  • Conflits fonciers historiques : Les litiges liés aux frontières communautaires et aux droits de propriété ont causé en 2025 près de 318 morts et 315 blessés.

Les actions mises en œuvre pour rétablir la sécurité

Face à ces défis, le ministre a rassuré sur la globalité de la sécurité au Tchad, tout en reconnaissant l’existence de poches d’insécurité. Il a insisté sur le fait que la seule présence des forces de défense ne suffit pas à résoudre ces tensions, qui nécessitent des solutions politiques et sociales durables.

Parmi les mesures déployées, il a cité :

  • La création de nouveaux commissariats et compagnies dans des zones sensibles comme Abéché (Ouaddaï), réduisant significativement l’insécurité.
  • Des opérations ciblées entre 2024 et 2025 ayant permis la saisie de plus de 4 000 armes illégales et l’arrestation de plus de 1 300 individus.
  • La lutte contre les enlèvements, notamment dans le Mayo-Kebbi Ouest, et les activités de groupes comme Boko Haram dans le Lac.

Les sénateurs ont salué les efforts du gouvernement, tout en soulignant l’urgence d’agir davantage contre la prolifération des armes et l’immigration irrégulière, pointée comme une source d’instabilité.

Le général Aghabache a conclu en appelant les autorités locales, les chefs traditionnels et les élus à promouvoir activement la cohésion sociale et le vivre-ensemble pour prévenir les conflits intercommunautaires.