Uemoa : le Niger confronté à une explosion des créances douteuses en début d’année 2026

Le bilan financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour janvier 2026 révèle une situation paradoxale. Si les banques régionales franchissent des paliers de croissance historiques, elles font face à une vulnérabilité croissante. Au sommet de cette pyramide de risques, le Niger s’impose comme le point de rupture majeur, illustrant une déconnexion de plus en plus marquée au sein de la zone.

Le Niger : épicentre d’une crise des actifs bancaires

Malgré une timide amélioration statistique, le Niger demeure le maillon le plus exposé du paysage financier régional. Les indicateurs de santé bancaire y sont particulièrement critiques.

  • Un taux de défaut inquiétant : Avec 24,8 % de créances dégradées en janvier 2026, le pays détient le record de l’Union. Près d’un quart des emprunts contractés ne sont plus honorés.
  • Une fragilité persistante : Bien que ce taux ait légèrement reflué par rapport aux 25,9 % enregistrés en 2025, la situation reste préoccupante. Cette instabilité est largement attribuée aux crises sécuritaires et aux aléas politiques qui pèsent sur l’économie nationale.

Une fracture géographique : Sahel contre pays côtiers

Les chiffres de ce début d’année dessinent une cartographie du risque très hétérogène, opposant les nations enclavées du Sahel aux économies littorales.

Le bloc sahélien sous pression

La zone sahélienne s’enfonce dans une zone de turbulences financières. Outre le cas nigérien, le Mali et le Burkina Faso affichent tous deux un taux d’impayés de 12 %. La situation burkinabè est jugée alarmante avec une progression de 2,1 points en seulement douze mois. De son côté, la Guinée-Bissau maintient un niveau de risque élevé avec 21,2 % de créances en souffrance.

La stabilité relative des économies côtières

À l’inverse, les pays ayant un accès à la mer présentent des bilans plus sains :

  • Le Bénin se distingue comme le pays le plus rigoureux avec seulement 4,3 % d’impayés.
  • La Côte d’Ivoire (6,2 %) et le Sénégal (9,7 %) font preuve d’une certaine résilience.
  • Le Togo fait toutefois exception : le pays a vu ses impayés bondir de 7,2 % à 11,9 %, marquant une dégradation brutale de son profil de risque.

Un volume de crédit record mais une prudence accrue

L’encours global des financements injectés dans l’économie a atteint le montant sans précédent de 40 031 milliards FCFA, soit une progression annuelle de 4,7 %. Cependant, cette dynamique est assombrie par la montée des créances en souffrance, qui s’élèvent désormais à 3 631 milliards FCFA.

Le repli stratégique des banques

Inquiets de cette dégradation, les établissements financiers ont abaissé leur taux de couverture à 59 % et durci leurs critères d’octroi. Pour protéger leurs bilans, les banques imposent désormais des garanties plus solides et des apports personnels plus importants. Cette sélectivité renforcée pourrait, à terme, freiner le développement des PME et PMI locales, essentielles au dynamisme de l’Union.

En ce mois de janvier 2026, si l’architecture bancaire de l’UEMOA tient bon, la situation nigérienne et la contagion du risque au Sahel imposent une surveillance rigoureuse pour prévenir tout risque de crise systémique régionale.