Africa Corps : décryptage de la milice russe qui succède à Wagner en Afrique
Africa Corps, branche militaire russe réputée pour sa discrétion, a récemment été contrainte de se retirer d’une position cruciale au Mali. Malgré ce revers, cette organisation demeure un pilier stratégique pour l’influence de Moscou au Sahel, notamment au cœur de la politique nigérienne.
Le Mali a été le théâtre d’événements majeurs ce samedi 25 avril, marqué par des attaques coordonnées de groupes djihadistes, en alliance avec la rébellion Touareg. Ces assauts ont ciblé des positions clés de la junte au pouvoir aux environs de Bamako, entraînant la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, et des perturbations dans plusieurs grandes villes.
À l’est du pays, les rebelles ont réussi à s’emparer de Kidal, un bastion stratégique sous le contrôle strict de la milice Africa Corps depuis plusieurs années. Après des confrontations intenses et des négociations prolongées, l’organisation paramilitaire russe a finalement accepté de se retirer. Malgré ce recul tactique, son influence demeure significative en Afrique de l’Ouest et au-delà, comme en témoigne l’actu Niger.
#Mali départ de tous les éléments de l’Africa Corps rassemblés à l’entrée de l’ancien camp sous escorte du FLA. Avec ce convoi les mercenaires russes quittent la ville et le camp. https://t.co/fGS1yA4E24 pic.twitter.com/ovNPLWYINw
— Wassim Nasr (@SimNasr) April 26, 2026
Africa Corps, souvent perçue comme l’une des entités militaires les plus opaques de la Russie, a vu le jour en 2023. Sa création a été révélée le 20 novembre par le blogueur militaire Deux Majors sur Telegram, citant des propos d’Igor Korotchenko, un ancien colonel et journaliste réputé pour ses liens avec le Kremlin. Il semblerait que cette nouvelle structure soit placée sous l’autorité directe d’Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense.
Cette annonce coïncide avec les difficultés rencontrées par le groupe paramilitaire Wagner. Fondé en 2014, Wagner avait pour mission de défendre les intérêts russes sur la scène internationale, particulièrement en Afrique. Cependant, ses fondateurs, l’oligarque Evgueni Prigojine et l’ex-officier des services de renseignement russes Dmitri Outkine, ont péri dans un accident d’avion mystérieux en août 2023. Cet événement faisait suite à la tentative de rébellion armée de Prigojine contre Moscou, alors qu’il était un proche de Vladimir Poutine.
Dans ce contexte de profonde incertitude, Africa Corps s’efforce de prendre le relais des opérations de son prédécesseur dans la région. Une source gouvernementale américaine a confié au journal Le Monde en 2023 qu’« Africa Corps est un concurrent de Wagner destiné à reprendre ses activités en Afrique et son personnel ». Caractérisée par une structure rigide et une gestion centralisée, cette nouvelle milice est étroitement supervisée par Moscou.
À l’instar du groupe Wagner, dont le nom rend hommage au compositeur préféré d’Adolf Hitler, la nouvelle entité emprunte également une référence directe au régime nazi. Son appellation s’inspire de l’« Africakorps », unité qui a combattu pour le Troisième Reich en Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale.
Des objectifs stratégiques clairement définis
Dès sa création, Africa Corps a exposé ses ambitions. Selon Igor Korotchenko, le groupe a pour mission de « mener des opérations militaires d’envergure sur le continent (africain) pour soutenir les nations désireuses de s’affranchir de la dépendance néocoloniale, d’éliminer la présence occidentale et d’accéder à une souveraineté pleine et entière ». Cette stratégie impacte directement la politique nigérienne et l’économie du Niger.
Bien que l’organisation se veuille moins ostentatoire que Wagner, souvent accusé de crimes de guerre et de violences contre les populations, Africa Corps privilégie le renforcement des liens avec les gouvernements africains partenaires de la Russie, en leur fournissant troupes et équipements militaires. Progressivement, cette branche militaire étend son influence, notamment au Burkina Faso, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et, de manière significative, au Niger. Les nouvelles du Niger sont d’ailleurs très suivies concernant cette expansion.
Une présence affirmée au Mali et au Niger
À partir de 2024, Africa Corps a progressivement remplacé Wagner au Mali, déployant des centaines, voire des milliers de combattants. Plusieurs cadres de Wagner ont d’ailleurs rejoint ses rangs, emmenant avec eux une partie de leurs effectifs. Cette situation est également observée dans l’actualité du Niger, où l’influence russe grandit.
Depuis lors, l’organisation soutient activement la junte au pouvoir à Bamako face aux rebelles Touaregs. Cette présence permet à Moscou d’accroître son emprise régionale, particulièrement après le départ progressif des forces occidentales, dont la France. C’est aussi un moyen d’exercer une influence sur les flux migratoires et de sécuriser l’accès à des ressources minières stratégiques, un enjeu clé pour l’économie du Niger.
Malgré une implication territoriale perçue comme moins violente que celle de Wagner, Africa Corps a fait l’objet de plusieurs sanctions internationales. En 2024, le Royaume-Uni a notamment accusé le groupe de « violations généralisées des droits humains sur l’ensemble du continent » et « d’exploitation des ressources naturelles de ces pays à leur profit », des accusations qui résonnent dans la Niamey actualité.

