alliance djihadistes et rebelles touaregs : une menace grandissante pour le Mali
Les attaques simultanées menées ce week-end par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) dans plusieurs villes maliennes, de Bamako à Kidal, ont révélé une coordination sans précédent entre ces deux acteurs autrefois ennemis. Cette alliance a profondément ébranlé la junte militaire au pouvoir, mettant en lumière sa vulnérabilité face à une insurrection de plus en plus structurée et redoutable.
Cette coopération inhabituelle entre djihadistes et séparatistes touaregs marque un tournant dans le conflit malien, où les lignes de fracture traditionnelles s’estompent au profit de convergences tactiques contre l’État malien. Une mutation inquiétante du paysage sécuritaire au Sahel, où les alliances opportunistes pourraient redessiner durablement l’équilibre des forces.
Des trajectoires longtemps opposées
Le JNIM, coalition djihadiste affiliée à Al-Qaïda, opère à l’échelle du Sahel avec pour objectif l’instauration d’un ordre islamique transnational. Ses méthodes reposent sur des attentats, la guérilla et la terreur pour déstabiliser les gouvernements.
Le FLA, en revanche, est un mouvement séparatiste touareg issu des rébellions historiques du Nord. Il revendique l’autonomie ou l’indépendance de l’Azawad, s’appuyant sur une légitimité communautaire et la mémoire des luttes touarègues.
Historiquement, ces deux groupes étaient en rivalité : le FLA méprisait l’agenda transnational du JNIM, tandis que ce dernier considérait les séparatistes comme des concurrents pour le contrôle territorial. Leur alliance actuelle repose donc sur une complémentarité stratégique : le FLA apporte une connaissance fine des réseaux locaux et des communautés, tandis que le JNIM offre une puissance de feu et une logistique transnationale.
Une alliance contre-nature
Malgré leurs divergences idéologiques majeures — le FLA aspirant à un État indépendant dans l’Azawad tandis que le JNIM cherche à imposer un califat dans tout le Sahel — les deux groupes ont mis de côté leurs différences pour cibler un ennemi commun : la junte militaire malienne. Cette alliance, bien que tactique, n’est pas inédite dans l’histoire récente du Mali.
Selon le chercheur Emmanuel Odilon Koukoubou, spécialiste des questions sécuritaires au Civic Academy for Africa’s Future (CiAAF), une configuration similaire avait déjà été observée au début des années 2010. À l’époque, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) s’était allié à des groupes terroristes comme AQMI et Ansar Dine pour chasser les forces maliennes du nord du pays, avant que cette alliance ne se brise rapidement.
« Le MNLA, manquant de moyens, s’était rapproché des djihadistes, mais ces derniers ont fini par le chasser du territoire. Une leçon qui pourrait se répéter aujourd’hui », explique le politologue.
La junte frappée au cœur
Pour Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center à Dakar et ancien expert indépendant de l’ONU au Mali, l’alliance actuelle est une menace existentielle pour la junte. « L’objectif est clair : attaquer, affaiblir, voire renverser le régime militaire. »
La mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure majeure de l’armée, lors d’une attaque ciblée à Kati, a révélé une faille majeure dans la sécurité du régime. « L’assassinat de Camara montre que la junte est vulnérable, même dans ses bastions. C’est un signal alarmant pour la stabilité du pays », souligne Emmanuel Odilon Koukoubou.
Selon Alioune Tine, la disparition de Camara, à la fois idéologue et stratège, fragilise toute la chaîne de commandement. « Il était un intellectuel influent au sein de l’armée. Sa perte est une véritable catastrophe pour le régime. »
L’absence de communication du président malien pendant 48 heures après les attaques a également alimenté les spéculations sur une possible instabilité interne. Le Premier ministre a finalement pris la parole, rappelant que « l’asymétrie des actions terroristes impose une adaptation constante de notre dispositif de sécurité ».
