Auteur/autrice : nigeractu

  • Mali pionnier d’une stratégie hybride pour vacciner contre le paludisme

    Mali pionnier d’une stratégie hybride pour vacciner contre le paludisme

    Le Mali adopte une nouvelle stratégie hybride de vaccination antipaludique

    Logos officiels

     

    • Le Mali, 20e pays africain à intégrer le vaccin antipaludique, lance une approche innovante en pleine journée mondiale de lutte contre cette maladie.

    • En 2023, le pays enregistrait 8,15 millions de cas de paludisme (3,1 % des cas mondiaux) et 14 328 décès (2,4 % des décès mondiaux), figurant parmi les 11 nations les plus touchées.

    • Cette stratégie hybride combine vaccination mensuelle initiale et doses saisonnières avant la période de forte transmission pour protéger les enfants de 5 à 36 mois.

    Une révolution sanitaire au Mali

    À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le paludisme, le Ministère de la Santé et du Développement social du Mali, en partenariat avec Gavi, l’UNICEF et l’OMS, a lancé une approche hybride unique de vaccination antipaludique. Cette initiative cible spécifiquement les enfants âgés de cinq à 36 mois, marquant ainsi une avancée majeure dans la prévention de cette maladie endémique.

    Le Mali se positionne comme le premier pays au monde à adopter cette méthode innovante : les trois premières doses sont administrées mensuellement selon l’âge de l’enfant, tandis que les quatrième et cinquième doses seront distribuées de manière saisonnière en mai ou juin, juste avant la période de forte transmission (juillet à décembre). Cette approche stratégique maximise l’efficacité vaccinale en alignant la protection sur les pics de transmission.

    Déploiement ciblé et ressources disponibles

    Le vaccin R21/Matrix-M sera déployé dans 19 districts prioritaires répartis dans cinq régions clés : Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou et Sikasso. Le pays dispose actuellement de 927 800 doses pour démarrer cette campagne.

    Selon le Rapport 2024 de l’OMS sur le paludisme, le Mali comptait en 2023 :

    • 8,15 millions de cas, soit 3,1 % des cas mondiaux ;
    • 14 328 décès, représentant 2,4 % des décès mondiaux ;
    • Une augmentation significative de 1,4 million de cas entre 2019 et 2023 ;
    • Une place parmi les 11 pays les plus affectés par le paludisme.

    La Région africaine supporte à elle seule 94 % des cas et 95 % des décès liés au paludisme dans le monde.

    Témoignages et engagements des acteurs clés

    Le Colonel Assa Badiallo Touré, Ministre de la Santé et du Développement social, a exprimé sa gratitude envers les partenaires (Gavi, Fonds mondial, OMS, UNICEF) pour leur soutien constant dans l’intégration du vaccin dans le Programme Elargi de Vaccination (PEV).

    « Ce processus a requis des efforts colossaux de tous les acteurs. Nos chercheurs ont joué un rôle clé dans les essais cliniques ayant conduit à la recommandation des vaccins RTS,S et R21 par l’OMS. L’introduction du vaccin antipaludique est un défi que nous devons relever ensemble pour améliorer la santé des populations maliennes. »

    Gavi, qui pilote le programme mondial de vaccination antipaludique, collabore avec les pays et partenaires (UNICEF, OMS) pour financer l’achat et le déploiement des doses. Son modèle de cofinancement implique une participation progressive des pays africains aux coûts des programmes vaccinaux.

    La Dre Sania Nishtar, Directrice générale de Gavi, a souligné :

    « Gavi salue l’engagement du Mali à sauver des vies et réduire l’impact dévastateur du paludisme. Avec 20 pays africains ayant introduit le vaccin et plus de 24 millions de doses distribuées, un financement continu est crucial pour garantir un accès équitable. Nous restons déterminés à soutenir cette lutte contre l’une des maladies les plus meurtrières d’Afrique. »

    Le Dr Pierre Ngom, Représentant de l’UNICEF au Mali, a ajouté :

    « Ce vaccin représente une avancée majeure après 35 ans de recherche. Bien qu’il ne soit pas une solution unique, il complète les mesures existantes comme les moustiquaires imprégnées, la chimioprévention saisonnière et la pulvérisation intradomiciliaire. Les bénévoles utilisant des outils numériques comme U-Report jouent un rôle clé dans la mobilisation communautaire. »

    Le Dr Patrick Kabore, Représentant de l’OMS au Mali, a confirmé :

    « Le vaccin antipaludique est une percée en santé publique, ajoutant un outil essentiel pour protéger les enfants et réduire la charge de la maladie. »

    Efficacité et sécurité des vaccins antipaludiques

    Les vaccins RTS,S/AS01 et R21/Matrix-M, préqualifiés et recommandés par l’OMS, ciblent Plasmodium falciparum, le parasite responsable de la majorité des décès liés au paludisme en Afrique.

    • Efficacité prouvée : lors des essais cliniques, les deux vaccins ont réduit de plus de 50 % les cas de paludisme la première année. Une quatrième dose prolongait la protection.
    • Impact saisonnier : dans les zones à transmission saisonnière élevée, ils réduisent les cas de 75 % lorsqu’administrés avant la saison des pluies.
    • Sécurité : les vaccins sont considérés comme sûrs et efficaces pour les enfants.

    Stratégies adaptées en Afrique

    Le déploiement du vaccin au Mali s’inscrit dans une dynamique continentale. Depuis 2023, plus de 24 millions de doses ont été livrées en Afrique, avec une demande croissante des pays pour cet outil supplémentaire.

    Exemples de programmes adaptés :

    • Nigéria : déploiement progressif dans les États de Kebbi et Bayelsa (plus de 800 000 doses prévues).
    • Tchad : intégration dans un triple déploiement (paludisme, pneumonie, diarrhée) pour optimiser les ressources.
    • Soudan et République démocratique du Congo : intégration dans des plans de riposte en contextes fragiles.

    D’ici fin 2025, 13 millions d’enfants supplémentaires devraient être protégés. Gavi vise à vacciner 50 millions d’enfants d’ici 2030, sous réserve de financements suffisants.

    Le Cameroun et l’Ouganda ont également mené des déploiements prometteurs, confirmant l’impact positif de cette stratégie sur les familles et les communautés.

  • Répression des voix critiques au Burkina Faso : menaces et exils forcés

    Au Burkina Faso, la liste des personnes recherchées pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » s’élargit. Parmi elles, des journalistes et activistes burkinabè en exil sont désormais ciblés. Cette mesure, présentée comme une lutte antiterroriste, suscite de vives critiques quant à son utilisation comme outil de répression politique et médiatique.

    Une liste controversée : l’instrumentalisation de la lutte antiterroriste

    Publier le nom de personnalités critiques dans une liste de recherche nationale relève davantage d’une stratégie de musellement que d’une démarche sécuritaire. Les défenseurs des droits humains et les médias indépendants dénoncent une criminalisation systématique des opposants, transformant la justice en moyen de contrôle social.

    Cette liste, rendue publique par les autorités, inclut des figures emblématiques de la société civile et de la presse burkinabè. Leur principal crime ? Avoir exprimé des désaccords politiques ou relayé des informations jugées inconvenantes par le pouvoir en place.

    Conséquences pour la liberté d’expression et la presse

    La liberté d’expression au Burkina Faso se trouve gravement menacée. Les journalistes, contraints au silence ou à l’exil, voient leur travail entravé par des accusations infondées. Les médias locaux, déjà fragilisés par des restrictions croissantes, doivent désormais composer avec une peur généralisée de la répression.

    Les activistes, quant à eux, subissent une pression accrue : surveillances, intimidations, voire arrestations arbitraires. L’espace démocratique se réduit comme peau de chagrin, laissant place à un climat de méfiance et d’autocensure.

    Une situation alarmante pour les droits humains

    Cette répression s’inscrit dans un contexte plus large de violation des droits humains au Burkina Faso. Les organisations de défense des libertés fondamentales alertent sur la dérive autoritaire du régime, où la sécurité nationale sert souvent de prétexte pour étouffer toute contestation.

    Les citoyens burkinabè, pris en étau entre l’insécurité terroriste et la répression étatique, voient leurs droits bafoués. La justice, loin de protéger les plus vulnérables, devient un instrument au service d’une politique de contrôle.

    Que dit le droit international ?

    Le Burkina Faso, signataire de plusieurs conventions internationales, s’est engagé à garantir la liberté de la presse et la protection des défenseurs des droits humains. Pourtant, les mesures actuelles contredisent ces engagements. Les experts internationaux rappellent que toute restriction doit être proportionnée, nécessaire et encadrée par la loi – ce qui, dans ce cas, semble loin d’être le cas.

    La communauté internationale, jusqu’ici timide, commence à s’inquiéter. Les appels au respect des droits fondamentaux se multiplient, mais les autorités burkinabè semblent déterminées à poursuivre leur politique répressive.

    Comment réagir face à cette situation ?

    Face à l’ampleur de la crise, plusieurs pistes s’offrent à la société civile et aux partenaires internationaux :

    • Soutenir les médias indépendants : financements, formations et protections pour permettre aux journalistes de travailler en sécurité.
    • Exercer une pression diplomatique : les États et organisations régionales doivent condamner fermement ces atteintes aux droits humains et exiger leur cessation.
    • Documenter les violations : recueillir des témoignages et preuves pour alimenter les rapports internationaux et renforcer les actions en justice.
    • Sensibiliser l’opinion publique : informer sur la réalité de la situation au Burkina Faso pour mobiliser une réponse collective.

    Chaque action compte pour faire entendre la voix des burkinabè opprimés et restaurer un climat de confiance et de liberté.

  • Burkina Faso : la liberté de la presse menacée par des arrestations arbitraires

    Burkina Faso : la liberté de la presse menacée par des arrestations arbitraires

    Nairobi – Human Rights Watch a annoncé aujourd’hui que la junte militaire au Burkina Faso a procédé à l’arrestation de trois journalistes le 24 mars 2025. Ces interpellations sont survenues en réaction à leur couverture de la répression gouvernementale ciblant les médias.

    Les individus appréhendés dans la capitale, Ouagadougou, sont Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba, respectivement président et vice-président de l’Association des journalistes du Burkina (AJB), ainsi que Luc Pagbelguem, reporter pour la chaîne de télévision privée BF1. Le sort actuel de ces trois hommes demeure inconnu, ce qui soulève de sérieuses préoccupations quant à d’éventuels cas de disparitions forcées.

    « L’arrestation arbitraire et la disparition de ces trois journalistes démontrent la volonté acharnée de la junte burkinabè de contrôler l’information et de garantir l’impunité pour les abus commis par les autorités militaires », a affirmé Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La junte militaire doit prendre des mesures immédiates pour localiser et libérer ces trois professionnels des médias. »

    Depuis son accession au pouvoir par un coup d’État en 2022, la junte militaire, sous la direction du président Ibrahim Traoré, a systématiquement réprimé les médias, l’opposition politique et toute forme de dissidence pacifique. Dans un contexte d’insurrection islamiste croissante, le régime a eu recours à une législation d’urgence de grande ampleur pour museler la contestation et enrôler de force dans l’armée des détracteurs, des journalistes, des activistes de la société civile et des magistrats.

    Le 21 mars, l’AJB avait tenu une conférence de presse pour dénoncer les entraves à la liberté d’expression imposées par la junte militaire et exiger la libération des journalistes arbitrairement détenus. Le 24 mars, des hommes en civil, se présentant comme des policiers des services de renseignement burkinabè, ont interpellé Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba. Parallèlement, deux agents des services de renseignement ont arrêté Luc Pagbelguem pour avoir couvert cette conférence de presse de l’AJB. Le lendemain, le ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité a prononcé la dissolution de l’AJB.

    Les collègues de Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba ont rapporté que les avocats avaient vainement cherché les deux hommes dans plusieurs commissariats et gendarmeries de la capitale, et que les autorités n’avaient fourni aucune réponse officielle à leurs demandes d’information. Le 25 mars, les services de renseignement ont conduit Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba à leurs domiciles pour des perquisitions policières, avant de les emmener de nouveau vers une destination inconnue, selon leurs confrères.

    La chaîne BF1 a déclaré que des agents du Conseil national de Sécurité avaient assuré « qu’ils [souhaitaient] seulement entendre notre confrère », mais la localisation de Luc Pagbelguem demeure inconnue. La chaîne a par la suite présenté des excuses formelles pour avoir diffusé la conférence de presse.

    Dans un autre incident récent, le 18 mars, des individus prétendant être des gendarmes ont arrêté Idrissa Barry, un éminent militant politique et journaliste, à Ouagadougou. Son sort reste également incertain. Idrissa Barry est membre du groupe politique Servir et Non se Servir (SENS) qui, quatre jours avant son arrestation, avait publié une déclaration dénonçant les « attaques meurtrières » menées par les forces gouvernementales et les milices alliées contre des civils aux environs de Solenzo, dans l’ouest du Burkina Faso, le 11 mars.

    En juin 2024, des membres des forces de sécurité avaient interpellé l’éminent journaliste Serge Oulon, directeur du journal d’investigation L’Événement, ainsi que les commentateurs de télévision Adama Bayala et Kalifara Séré. Les autorités ont initialement nié leur détention, avant de finalement reconnaître en octobre 2024 que les trois hommes avaient été enrôlés de force dans le service militaire. Leur localisation actuelle est toujours inconnue.

    En avril 2024, le Conseil supérieur de la communication (CSC), l’organisme de régulation des médias au Burkina Faso, avait suspendu la chaîne de télévision française TV5 Monde et plusieurs autres médias pendant deux semaines. Cette décision faisait suite à leur diffusion d’un rapport de Human Rights Watch documentant des crimes contre l’humanité commis par l’armée contre des civils dans la province du Yatenga. Le CSC avait également bloqué l’accès au site web de Human Rights Watch dans le pays.

    Des dizaines de journalistes ont été contraints de fuir le Burkina Faso, craignant l’emprisonnement, la torture, la disparition forcée ou l’enrôlement militaire imposé en représailles à leur travail.

    « J’ai quitté Ouagadougou et je n’ai aucune intention d’y revenir », a confié un journaliste à Human Rights Watch après l’arrestation d’Idrissa Barry. « Les médias libres sont morts dans ce pays ; il n’y a plus que la propagande gouvernementale qui s’exprime. »

    Cette récente vague de répression contre les médias indépendants coïncide avec une intensification des affrontements armés à travers le pays. Au cours des deux dernières semaines, le Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans (GSIM, ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM), affilié à Al-Qaïda, a multiplié les attaques contre des positions de l’armée dans plusieurs régions, causant la mort de soldats et de civils. Des sources locales ont rapporté que le 15 mars, des combattants du GSIM ont attaqué la base militaire de Séguénéga, dans le nord du pays, tuant sept civils et au moins quatre soldats qui combattaient aux côtés des milices locales. Human Rights Watch a authentifié une vidéo montrant des combattants du GSIM prenant d’assaut un complexe fortifié situé sur une colline au centre de Séguénéga.

    « La plongée inexorable du Burkina Faso dans une violence à grande échelle ne bénéficie pas de l’attention et de la couverture médiatique qu’elle mérite au niveau national, car les médias indépendants ont été réduits au silence », a déploré un journaliste burkinabè en exil. « Les événements récents, comme l’attaque meurtrière contre des civils à Solenzo et ailleurs, ne sont jamais traités par les médias pro-gouvernementaux, ou le sont de manière extrêmement biaisée. »

    Le droit international relatif aux droits humains proscrit formellement toute restriction arbitraire aux droits à la liberté d’expression, y compris par la détention ou la disparition forcée de journalistes. Le Burkina Faso est signataire de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, laquelle qualifie de disparition forcée l’arrestation ou la détention d’une personne par des agents de l’État, suivie d’un refus de reconnaître cette privation de liberté ou de révéler le sort de la personne ou le lieu où elle se trouve.

    « Le besoin de médias indépendants au Burkina Faso n’a jamais été aussi criant », a conclu Ilaria Allegrozzi. Elle a exhorté les autorités à « changer radicalement de politique et à cesser leur répression brutale envers les journalistes, les dissidents et les opposants politiques ».

  • Au Niger l’espace civique en danger après le coup d’état

    Au Niger l’espace civique en danger après le coup d’état

    Dix-huit mois après le bouleversement politique du 26 juillet 2023 ayant conduit à la destitution du président Mohamed Bazoum, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) renforce son contrôle sur le Niger. Dans son dernier rapport, Amnesty International révèle un bilan alarmant en matière de droits humains : arrestations arbitraires, pressions sur les médias, interdiction des formations politiques et non-respect des décisions judiciaires. Intitulé « Menacés et muselés : l’espace civique et politique en péril au Niger depuis juillet 2023 », ce document couvre la période entre juillet 2023 et janvier 2025. Les opposants au régime et les anciens responsables gouvernementaux subissent une répression systématique, fragilisant davantage la cohésion sociale. Pourtant, le CNSP avait promis le respect de l’État de droit lors de sa prise de pouvoir, une promesse aujourd’hui largement oubliée.

    Un contexte régional marqué par l’instabilité

    Le Sahel, zone déjà fragilisée par des crises multiples, a été le théâtre de plusieurs coups d’État militaires ces dernières années. Le Mali (2020 et 2021), le Burkina Faso (janvier et septembre 2022) puis le Niger (juillet 2023) ont connu des bouleversements similaires. Face aux sanctions économiques et à la menace d’une intervention armée de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ces trois juntes ont scellé une alliance en septembre 2023 en créant l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette entente s’est accompagnée d’une rupture diplomatique avec la France et l’Union européenne. Dans cette dynamique de distanciation, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont annoncé, le 17 mars 2025, leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui exigeait, comme la CEDEAO, la libération de Mohamed Bazoum.

    Un État de droit en voie de disparition

    Dès leur arrivée au pouvoir, les militaires ont suspendu la Constitution de 2010 et neutralisé des institutions clés, comme la Commission nationale des droits de l’homme. Les structures de remplacement tardent à voir le jour, centralisant l’ensemble des pouvoirs entre les mains du CNSP. Le pays est désormais dirigé par des ordonnances, souvent restrictives et contestées. Amnesty International dénonce un recul flagrant des droits humains, malgré les promesses initiales des autorités nigériennes. « Les garanties données par le nouveau régime n’ont pas été tenues. Les droits fondamentaux ont été bafoués dans les textes comme dans les faits », déclare Marceau Sivieude, directeur régional par intérim d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    Parmi les mesures les plus controversées figure le rétablissement, en juillet 2024, de la loi sur la cybercriminalité de 2019. Son application permet désormais de condamner des citoyens pour diffamation, injure ou diffusion de contenus jugés subversifs. Une formulation suffisamment floue pour cibler indistinctement des opposants. Pire encore, une ordonnance d’août 2024 élargit la notion d’infractions terroristes et autorise le fichage de personnes ou de groupes suspectés. Les conséquences sont dramatiques : gel des avoirs, déchéance de la nationalité, voire risque d’apatridie. Depuis octobre 2024, 21 personnes, dont d’anciens ministres du gouvernement Bazoum, ont été frappées par ces mesures. « Je n’ai que la nationalité nigérienne. Cette déchéance provisoire pourrait me rendre apatride. Je ne la contesterai pas, car il n’y a plus d’État de droit ici », témoignait Hamid Ngadé, ancien conseiller en communication de la présidence. Amnesty International et Ousmane Diallo, chercheur spécialiste du Sahel, dénoncent une instrumentalisation de la loi pour museler toute opposition.

    Le pluralisme politique a également été réduit à néant. Depuis le coup d’État, tous les partis sont suspendus, éliminant toute possibilité de contre-pouvoir institutionnel.

    Société civile et médias sous contrôle

    Depuis son accession au pouvoir, la junte nigérienne durcit son emprise sur la société civile et les médias, sous couvert de souveraineté et d’ordre public. Les services de renseignement, notamment la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), sont accusés de disparitions forcées, d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées. Moussa Tchangari, figure emblématique de la société civile, en a fait les frais. Arrêté de manière violente à son domicile le 3 décembre 2024, il a été détenu au secret pendant plusieurs jours avant d’être inculpé pour apologie du terrorisme, atteinte à la sûreté de l’État et association de malfaiteurs. Il encourt jusqu’à dix ans de prison. Les arrestations surviennent aussi sur le lieu de travail ou au domicile, accompagnées de harcèlements et de menaces. Toute critique envers le régime est systématiquement réprimée.

    Le pouvoir entretient une division au sein de la société, opposant les « patriotes » soutenant la junte aux « apatrides », un terme péjoratif désignant ceux qui osent remettre en question sa légitimité. « Nous vivons sous l’état d’exception. Les organisations de la société civile sont en première ligne et subissent une pression constante. Les gens ont peur de s’exprimer ou d’organiser des activités perçues comme critiques », confie un responsable associatif à Niamey. Autrefois espace de dialogue et de mobilisation, la société civile est aujourd’hui fragmentée et affaiblie.

    La presse, nouvelle cible de la répression

    Après avoir restreint la liberté d’expression, le CNSP s’attaque frontalement à la liberté de la presse. En janvier 2024, la Maison de la presse a été suspendue et remplacée par un comité intérimaire inféodé au pouvoir. La surveillance des médias s’est intensifiée. RFI et France 24 ont été suspendus dès août 2023, suivis par BBC en décembre 2024 pour une durée de trois mois.

    Les journalistes ne sont pas épargnés. Ousmane Toudou, ancien conseiller de Mohamed Bazoum, et Soumana Maïga, directeur de publication d’un quotidien, ont été arrêtés en avril 2024 pour des publications sur les réseaux sociaux. Jugés devant un tribunal militaire alors qu’ils sont civils, Maïga a obtenu une liberté provisoire, tandis que Toudou reste détenu. La blogueuse et militante Samira Sabou a quant à elle été victime d’une disparition forcée avant d’être poursuivie en vertu de la loi de cybercriminalité de 2019.

    Face à cette répression grandissante, l’autocensure s’impose. Les journalistes pèsent chaque mot et osent rarement s’exprimer ouvertement. « Aujourd’hui, quand tu écris, tu réfléchis à deux fois avant de publier. Plus personne ne défend la presse », confie l’un d’eux à Amnesty International.

    « La liberté d’expression, la dissidence et la liberté de la presse sont des piliers essentiels pour garantir d’autres droits et assurer la responsabilité des gouvernants. Le Niger se trouve à un tournant critique », alerte Ousmane Diallo. Fin février 2025, les assises nationales ont recommandé une transition de cinq ans, renouvelable, ouvrant la possibilité aux dirigeants actuels de se représenter aux prochaines élections. Une proposition qui confirme l’ancrage du pouvoir militaire et éloigne davantage le Niger d’un retour à l’État de droit.

  • Répression des militants des droits humains au Sahel : une menace grandissante

    Répression des militants des droits humains au Sahel : une menace grandissante

    répression des militants des droits humains au Sahel : une menace grandissante

    © AFP
    • Au Sahel, les défenseur·es des droits humains subissent une pression accrue de la part des gouvernements, dans un contexte où l’espace civique se réduit et où les libertés fondamentales sont de plus en plus restreintes.
    • L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, fruit d’un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), publie un rapport détaillé révélant des pratiques répressives communes au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad. Ce document s’appuie sur l’analyse de 61 situations concrètes de violations des droits fondamentaux.
    • Le rapport formule des recommandations à destination des quatre États concernés ainsi que des institutions régionales et internationales, soulignant l’urgence de protéger les défenseur·es des droits humains pour préserver un environnement propice à la démocratie.

    Ces dernières années, le Sahel a connu des bouleversements majeurs, marqués par l’arrivée de juntes militaires au pouvoir et des périodes de « transition » dans plusieurs pays. Ces changements politiques se sont accompagnés d’une intensification des mesures répressives envers les défenseur·es des droits humains, ainsi que d’un serrage de vis sur l’espace civique.

    Le rapport intitulé « Espace civique et défenseur·es des droits humains au Sahel : convergence des pratiques répressives » met en lumière une stratégie coordonnée de répression mise en place par les régimes du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad. Parmi les méthodes employées : arrestations arbitraires, détentions prolongées, harcèlement judiciaire, enlèvements, disparitions forcées et recours systématique à la torture. Les intimidations, y compris en ligne, font désormais partie des outils de répression privilégiés.

    « L’analyse approfondie de 61 cas de violations des droits des défenseur·es et de l’espace civique au Sahel sur les cinq dernières années révèle une réalité alarmante : les autorités du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad semblent s’enfoncer dans une logique répressive sans fin. Pourtant, cette spirale doit cesser. Ces pays doivent rétablir l’état de droit et la démocratie, valeurs chères aux peuples du Sahel. C’est la mission des défenseur·es, et nous devons leur accorder un soutien sans faille », déclare Drissa Traore, Secrétaire général de la FIDH.

    Outre les attaques directes contre les militant·es, les gouvernements de ces quatre pays multiplient les restrictions des libertés fondamentales : interdiction des rassemblements, répression violente des manifestations, dissolution d’associations ou encore contrôle, voire suspension, des médias. Ces mesures coercitives vont à l’encontre des engagements internationaux et régionaux pris par ces États, compromettant toute perspective de sortie de crise respectueuse des droits humains.

    « Il est impératif que les autorités du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad se conforment enfin à leurs obligations internationales et mettent fin à la répression de la société civile. Nous exigeons également de la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples, des Nations unies et des partenaires internationaux de ces pays qu’ils interviennent sans délai pour mettre un terme aux violations des droits et libertés fondamentales », alerte Gerald Staberock, Secrétaire général de l’OMCT.

    Consultez le rapport complet en français et en anglais sur le site de la FIDH, ou en français et en anglais sur celui de l’OMCT.

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Agir

  • Premières cargaisons de gaz pour le projet Mauritanie-Sénégal grand tortue ahmeyim

    Premières cargaisons de gaz pour le projet Mauritanie-Sénégal grand tortue ahmeyim

    Le Sénégal et la Mauritanie franchissent une étape majeure dans l’exploitation gazière

    Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), mené conjointement par la Mauritanie et le Sénégal, a franchi une étape historique avec la première production de gaz naturel liquéfié (GNL). Selon Kosmos Energy, cette réalisation positionne désormais le Sénégal et la Mauritanie parmi les nations productrices d’hydrocarbures, marquant un tournant décisif pour leur économie.

    Les gouvernements des deux pays avaient confirmé, fin décembre, que le gaz avait commencé à être extrait des puits vers le navire flottant de production, situé en mer à la frontière maritime entre la Mauritanie et le Sénégal. Cette infrastructure, dédiée à la production, au stockage et au déchargement, est au cœur du projet GTA, un partenariat stratégique entre plusieurs acteurs clés.

    Un projet gazier d’envergure internationale

    Le consortium derrière GTA inclut BP (actionnaire principal), Kosmos Energy, la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen) et la Société mauritanienne des hydrocarbures et du patrimoine minier. L’exploitation est assurée par British Petroleum, leader mondial du secteur.

    D’après les estimations officielles, la capacité initiale de production s’élève à 2,5 millions de tonnes de GNL par an. Mohamed Ould Khaled, ministre mauritanien de l’Énergie et du Pétrole, a précisé que cette production pourrait atteindre 10 millions de tonnes annuellement d’ici quelques années, selon les projections de l’Agence mauritanienne d’information.

    Le Sénégal renforce sa position dans le secteur énergétique

    Quelques mois avant cette avancée, le champ pétrolier de Sangomar, situé à environ 100 km au sud de Dakar, avait également franchi une étape clé avec la production de ses premiers barils de pétrole. Exploité par Woodside Energy, ce projet renforce davantage la présence du Sénégal sur la scène énergétique africaine. Le pays dispose également d’un autre gisement prometteur, Yakaar-Teranga, dédié à l’exploitation gazière.

    Ces développements s’inscrivent dans une dynamique régionale où la Mauritanie et le Sénégal misent sur leurs ressources naturelles pour stimuler leur croissance économique et réduire leur dépendance aux importations d’énergie.

  • Crise judiciaire au Sahel après les départs de la ceadeao

    Crise judiciaire au Sahel après les départs de la ceadeao

    crise judiciaire au Sahel : quand les juntes militaires échappent à la justice

    Le Burkina Faso, le Mali et le Niger partagent trois traits communs indissociables : leurs gouvernements actuels sont issus de coups d’État militaires, leurs forces de sécurité sont régulièrement accusées de violations graves des droits humains, et chacun a quitté officiellement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

    Ces trois réalités ne sont pas indépendantes les unes des autres. En effet, le départ de la CEDEAO prive les populations de la région d’un recours juridique essentiel face aux exactions commises.

    une cour régionale qui garantissait un accès à la justice

    La CEDEAO abrite depuis 2005 la Cour de justice de la Communauté, une instance capable de trancher des litiges relatifs aux droits humains. Contrairement aux systèmes judiciaires nationaux souvent sous influence politique, cette Cour permet aux citoyens de saisir directement une juridiction régionale. Elle a déjà rendu des verdicts historiques, y compris à l’encontre des trois pays concernés.

    Pour les juntes militaires au pouvoir, cette Cour représente une menace. En se retirant de la CEDEAO, elles privent les victimes de toute possibilité de recours international contre les exactions commises par leurs forces. Une stratégie délibérée pour échapper à toute forme de responsabilité.

    l’impunité s’installe au Sahel

    Les juntes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont déjà peu enclines à enquêter sur les violations des droits humains commises par leurs propres troupes ou par des groupes armés. Les rares poursuites engagées sont souvent biaisées, voire inexistantes. Avec la fermeture de la Cour de justice de la CEDEAO, les victimes perdent même leur dernier espoir de justice internationale.

    Un militant malien en exil en France a résumé la situation avec justesse :

    « Depuis leur accession au pouvoir par la force, ces régimes militaires ont systématiquement échoué à sanctionner les auteurs de violations flagrantes des droits humains. Cette décision de quitter la CEDEAO n’est que la confirmation de leur mépris total pour l’État de droit et la justice. »

    des conséquences dramatiques pour les victimes

    Pour les populations du Sahel, le retrait de ces trois États de la CEDEAO équivaut à une double peine. Non seulement elles subissent les exactions des juntes et des groupes armés, mais elles perdent également l’un des rares recours juridiques disponibles. Sans accès à une justice indépendante, l’impunité devient la norme, et les victimes n’ont plus aucun moyen de faire valoir leurs droits.

    La récente alliance formée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger laisse présager une aggravation de cette crise. La priorité affichée ne semble pas être la protection des citoyens, mais bien la consolidation du pouvoir par des régimes autoritaires.

    Dans ce contexte, la situation des droits humains dans la région du Sahel risque de se dégrader encore davantage, avec des conséquences humanitaires et sociales désastreuses.

  • Niger premier pays africain à éliminer l’onchocercose selon l’OMS

    Niger premier pays africain à éliminer l’onchocercose selon l’OMS

    Le Niger devient le premier pays d’Afrique à éliminer l’onchocercose

    L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a officiellement reconnu le Niger comme le premier pays d’Afrique à avoir interrompu la transmission de l’onchocercose, une maladie parasitaire invalidante. Ce succès place le pays parmi les cinq nations au monde ayant atteint cet objectif, salué par la communauté internationale.

    « L’élimination d’une maladie représente un défi colossal qui exige persévérance et engagement collectif », a souligné le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Félicitations au Niger pour son action déterminée à éradiquer cette maladie dévastatrice, souvent vectrice de stigmatisation, qui frappe les populations les plus vulnérables. Ce triomphe illustre les avancées majeures réalisées dans la lutte contre les maladies tropicales négligées, et ouvre la voie à d’autres nations encore en proie à cette affection. »

    L’onchocercose, plus connue sous le nom de cécité des rivières, est une infection parasitaire provoquée par Onchocerca volvulus. Transmise par les piqûres de mouches noires infestées, cette maladie représente la deuxième cause infectieuse de cécité au monde, principalement dans les zones rurales d’Afrique subsaharienne et du Yémen, avec des foyers résiduels en Amérique latine.

    Une stratégie nationale et internationale pour un objectif ambitieux

    Dès 1976, le Niger a lancé des actions de lutte antivectorielle dans le cadre du Programme OMS de lutte contre l’onchocercose en Afrique de l’Ouest (OCP). Ces mesures, incluant des pulvérisations d’insecticides, ont permis de réduire drastiquement la transmission du parasite. Par la suite, grâce à des dons de médicaments de Merck & Co., Inc., une campagne d’administration massive d’ivermectine et d’albendazole a été déployée entre 2008 et 2019. Cette initiative visait initialement les zones touchées par la filariose lymphatique, mais son impact s’est étendu, interrompre aussi la transmission de l’onchocercose grâce à l’efficacité de l’ivermectine contre les deux pathologies.

    Dès 2014, le Niger a engagé des évaluations préliminaires pour vérifier l’interruption de la transmission. Les résultats des enquêtes entomologiques et épidémiologiques ont confirmé la disparition de la maladie, avec une chute spectaculaire de la prévalence, passant de 60 % à seulement 0,02 %. Cette réussite s’appuie sur une combinaison d’efforts : lutte antivectorielle, campagnes de distribution de médicaments et collaboration internationale.

    Le partenariat entre le gouvernement nigérien, l’OMS et les organisations non gouvernementales a joué un rôle clé. Il a permis de mobiliser des ressources financières et une expertise technique, tout en assurant un suivi rigoureux de la situation sanitaire. Cette approche a permis d’adapter les stratégies en temps réel et de garantir leur efficacité.

    « L’onchocercose a longtemps plongé des communautés entières dans la précarité », explique la Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Matshidiso Moeti. « En privant les populations d’accès aux points d’eau essentiels à leur survie, cette maladie freinait leur développement économique. Le succès du Niger met fin à ce fléau et positionne le pays comme un modèle en matière d’élimination des maladies tropicales négligées. Déjà pionnier en 2013 avec l’éradication de la dracunculose, le pays confirme son leadership en santé publique. »

    Un modèle pour l’Afrique et le monde

    À l’échelle mondiale, 54 pays ont déjà éliminé au moins une maladie tropicale négligée. Le Niger rejoint ainsi quatre autres nations ayant obtenu cette certification pour l’onchocercose, toutes situées dans la Région des Amériques : Colombie, Équateur, Guatemala et Mexique.

    En Afrique, 21 pays ont atteint cet objectif. Pour le Niger, il s’agit de la deuxième maladie tropicale négligée éliminée après la dracunculose, certifiée en 2013. Ces avancées témoignent de la détermination des gouvernements et de la coopération internationale pour vaincre ces fléaux qui touchent les populations les plus fragiles.

  • Burkina Faso : un soutien financier majeur pour un système de santé plus performant et résilient

    Burkina Faso : un soutien financier majeur pour un système de santé plus performant et résilient

    WASHINGTON, 24 janvier 2025 – Un financement significatif a été octroyé par la Banque mondiale, via un crédit de 142 millions d’euros (soit 150 millions de dollars américains) de l’Association internationale de développement (IDA)*, complété par un don de 17 millions de dollars du Mécanisme de Financement Mondial (GFF). Ces fonds sont destinés au Projet de renforcement de la performance et de la résilience du système de santé (PRPRSS) au Burkina Faso.

    Cette initiative d’envergure nationale cible spécifiquement les adolescents, les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Ses objectifs majeurs incluent l’optimisation de la surveillance épidémiologique des maladies, ainsi que l’amélioration de l’accès et de l’utilisation des services de santé et de nutrition essentiels. Une attention particulière sera portée aux populations déplacées internes et aux communautés géographiquement isolées ou ayant un accès restreint aux soins.

    Hamoud Abdel Wedoud Kamil, représentant résident de la Banque mondiale au Burkina Faso, a souligné l’importance cruciale du développement humain pour l’inclusion sociale, le qualifiant de priorité absolue pour l’institution. Il a précisé que ce projet vise à appuyer les efforts gouvernementaux pour renforcer la résilience du secteur de la santé et gérer les défis actuels, s’inscrivant dans la continuité du Projet de protection du capital humain, doté de 100,4 millions de dollars, qui œuvre à l’amélioration des services sociaux de base.

    Ce nouveau projet s’aligne parfaitement avec la stratégie de la Banque mondiale pour la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, qui vise à consolider le contrat social en renforçant les institutions clés chargées de la prestation des services sociaux fondamentaux.

    Luc Laviolette, chef du Secrétariat du GFF, a affirmé que l’investissement dans l’accès aux soins de santé pour les femmes, les adolescents et les enfants est l’un des leviers les plus puissants pour propulser les pays vers le développement et la prospérité. Le GFF se dit fier de soutenir le gouvernement du Burkina Faso dans l’édification d’un système de santé performant et résilient, garantissant des soins adaptés à ces populations, y compris dans les zones les plus vulnérables.

    De son côté, Moussa Dieng, responsable du portefeuille santé à la Banque mondiale, a insisté sur la pertinence de ce projet. Il contribuera significativement au renforcement des capacités nationales en matière de préparation et de réponse aux urgences sanitaires, tout en améliorant la qualité et l’adoption des services de santé et de nutrition. Ce soutien de la Banque mondiale accompagnera également les réformes engagées par le Ministère de la Santé pour consolider la gouvernance, l’équité et la pérennité financière du secteur de la santé.

  • SOS NDD : un contrat majeur pour la gestion des déchets à Nouakchott

    SOS NDD : un contrat majeur pour la gestion des déchets à Nouakchott

    Le groupe marocain SOS NDD, propriété de la famille Said, a obtenu un accord stratégique pour la collecte et le transport des ordures ménagères au cœur de la capitale mauritanienne, Nouakchott.

    Ce marché d’envergure a été concédé par la Commission des marchés publics, relevant du ministère mauritanien de l’Intérieur, dont la mission inclut la dynamisation de la décentralisation et du développement local.

    L’attribution de ce contrat fait suite à un appel d’offres international lancé en 2024, ayant attiré la participation de six entreprises.

    SOS NDD a su se démarquer face à une concurrence relevée, incluant une société sous la direction de Mohamed Zine El Abidine Cheikh Ahmed, une personnalité influente des affaires en Mauritanie, ainsi que l’entreprise française Pizzorno, qui assurait auparavant la gestion des déchets à Nouakchott.

    L’accord initial couvre une période d’un an, avec une possibilité de renouvellement pouvant s’étendre jusqu’à une décennie.

    Sous l’impulsion d’Abdelwafi Said, la firme a décroché ce projet après une évaluation approfondie des différentes propositions.

    Le montant annuel de cette prestation s’élève à 7,5 milliards d’ouguiyas, équivalant à environ 1,9 milliard de dirhams, marquant un investissement considérable pour optimiser la gestion des déchets urbains dans la capitale mauritanienne.

    Établie à Casablanca depuis 1977, SOS NDD, présidée par Abdelkader Said El-Figuigui, est une entité familiale dotée d’un capital social de 20 millions de dirhams.

    Grâce à ses multiples filiales, l’entreprise réalise un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 500 millions de dirhams.

    Initialement axée sur le nettoyage industriel, SOS NDD a progressivement diversifié ses compétences pour englober la collecte des ordures, l’assainissement liquide et la gestion des sites d’enfouissement publics.

    On notera qu’elle est en charge de la gestion de la décharge de Médiouna depuis 2018, suite au départ d’Ecomed.

    Au cours des dernières années, SOS NDD a consolidé sa présence au Maroc en remportant plusieurs marchés importants dans des villes comme Mohammédia, Oujda, Marrakech, Skhirat, Tifelt, Nador, M’diq et Berkane.

    Ce nouveau contrat en Mauritanie marque une étape décisive pour l’entreprise, concrétisant ainsi son tout premier marché à l’échelle internationale.

  • Vaccin contre le vph au Mali : pourquoi cette arme change la santé des femmes

    Vaccin contre le vph au Mali : pourquoi cette arme change la santé des femmes

    vaccin contre le vph au Mali : pourquoi cette arme change la santé des femmes

    Le gouvernement malien a marqué un tournant historique en intégrant le vaccin contre le papillomavirus humain (VPH) dans son programme national de vaccination. Cette initiative, lancée officiellement à Bamako en présence de partenaires internationaux comme Gavi et le ministère de la Santé et du Développement Social, représente une avancée majeure dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, un fléau qui touche particulièrement les femmes maliennes.

    Le cancer du col de l’utérus reste l’une des principales causes de mortalité chez les femmes au Mali, souvent diagnostiqué à un stade avancé en raison de l’accès limité aux soins et des tabous culturels. Fatoumata, 38 ans, en est un exemple tragique : après des années de souffrance et des dépenses dépassant 5 millions de francs CFA, elle a finalement découvert qu’elle était atteinte de cette maladie. Son témoignage illustre les défis majeurs auxquels font face les femmes maliennes, où le traitement coûteux et l’absence de prévention aggravent les conséquences de cette pathologie.

    Grâce à cette initiative, le Mali vise à protéger plus de 320 000 jeunes filles chaque année, réduisant ainsi de près de 90 % les cas de cancer du col de l’utérus. Ce projet pourrait également sauver plus de 3 600 vies féminines annuellement.

    Les obstacles ne sont pas seulement médicaux. Les croyances populaires associent parfois cette maladie à des malédictions ou des sorts, retardant encore davantage les diagnostics. Une militante pour la santé sexuelle et reproductive explique : « Certaines femmes hésitent à en parler ouvertement, par peur d’être stigmatisées ou accusées de sorcellerie. »

    Pourquoi ce vaccin est une avancée majeure au Mali ?

    Le Mali s’est positionné comme l’un des pionniers en Afrique subsaharienne en introduisant ce vaccin dans son calendrier vaccinal. Lors du lancement à Bamako, le Dr Ibrahima Diarra, directeur du Centre National d’Immunisation, a souligné : « Une seule dose offre une protection de plus de dix ans contre les virus responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus. » Ce vaccin, désormais gratuit pour les jeunes filles de 10 ans, bénéficie du soutien de Gavi et du cofinancement de l’État malien.

    Cette approche est conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise la vaccination des adolescentes âgées de 9 à 14 ans, avant le début de leur vie sexuelle, pour maximiser l’efficacité du vaccin. Le Mali se distingue ainsi comme l’un des premiers pays sahéliens, et le premier soutenu par Gavi dans la catégorie des nations fragiles et touchées par des conflits, à adopter cette mesure préventive.

    Un pas décisif vers l’équité en santé

    Le cancer du col de l’utérus est responsable de près de 90 % des décès dans les pays à faible revenu, où l’accès aux soins reste limité. En 2022, on dénombrait 348 000 décès dans le monde, dont une écrasante majorité dans ces régions. En rendant ce vaccin accessible gratuitement, le Mali fait un acte de justice sociale, garantissant que toutes les filles, qu’elles vivent en milieu urbain ou rural, puissent bénéficier de cette protection.

    Le Dr Diarra précise : « Nous avons choisi les filles de 10 ans car leur col est encore sain, ce qui optimise l’efficacité du vaccin. » Cette stratégie s’inscrit dans les objectifs mondiaux de Gavi, qui vise à vacciner 86 millions de jeunes filles dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’ici 2025.

    Cette initiative positionne le Mali comme un modèle pour la région, montrant qu’il est possible de briser le cycle de cette maladie grâce à la prévention.

    Outre ses bénéfices sanitaires, la vaccination permet également de réduire les coûts liés aux traitements onéreux de cette maladie. « Une dose coûte environ 150 000 FCFA en officine privée, mais grâce à l’appui de Gavi et au financement de l’État, elle est désormais totalement gratuite dans le cadre du programme national », précise le Dr Diarra.

    Combattre les idées reçues pour une adoption réussie

    Les autorités sanitaires maliennes doivent également faire face à la désinformation. Des rumeurs infondées, souvent relayées par des opposants, sèment le doute autour de ce vaccin. Le Dr Diarra insiste : « Il est crucial de contrer ces fake news. Ce vaccin est sûr, efficace et ne menace ni la fertilité ni la santé reproductive des jeunes filles. » La ministre de la Santé, le Colonel Assa Badiallo Touré, a également réaffirmé son engagement en faveur de cette campagne lors du lancement officiel.

    L’introduction du vaccin anti-VPH au Mali représente bien plus qu’une simple mesure de santé publique : c’est une victoire pour l’égalité des sexes et un pas vers un avenir où les femmes pourront vivre en meilleure santé, libres des chaînes de cette maladie évitable.

  • Cadhp : le Burkina Faso face à l’urgence des droits humains

    Cadhp : le Burkina Faso face à l’urgence des droits humains

    La cadhp appelle le Burkina Faso à agir face aux violations des droits humains

    La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) doit impérativement mettre en lumière les défis critiques auxquels le Burkina Faso est confronté lors de l’examen de son rapport, prévu le 23 octobre 2024. Selon Human Rights Watch, les autorités burkinabè doivent prioritairement sécuriser les populations civiles prises dans le conflit armé, préserver l’espace civique pour les militants, les journalistes et l’opposition, et sanctionner les auteurs d’abus graves.

    Un rapport national incomplet face à des enjeux majeurs

    Le mécanisme d’examen périodique de la CADHP, encadré par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, impose aux États membres de soumettre des rapports détaillant leurs actions pour appliquer cette Charte. Cependant, le document burkinabè de mai 2023, couvrant la période 2015-2021, néglige des problèmes majeurs actuels. Parmi eux : les violations massives commises par les forces de sécurité et les groupes armés islamistes, la restriction des libertés fondamentales, ainsi que l’impunité quasi généralisée.

    « L’examen du Burkina Faso par la CADHP représente une opportunité idéale pour engager un dialogue constructif avec les autorités sur leurs pratiques en matière de droits humains », affirme Allan Ngari, directeur du plaidoyer pour l’Afrique chez Human Rights Watch. « La CADHP doit exiger des autorités qu’elles garantissent la protection des civils pendant les opérations militaires et respectent le droit international humanitaire. »

    Contexte : un pays sous pression depuis 2016

    Le Burkina Faso subit une insurrection violente depuis 2016, menée par des groupes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Ces attaques, venues du Mali, ont provoqué deux coups d’État militaires en 2022.

    Le rapport burkinabè évoque des mesures comme la création d’une unité spécialisée dans la lutte antiterroriste, le déploiement de prévôts pour encadrer les militaires, et des formations en droits humains pour les forces de sécurité. Pourtant, Human Rights Watch a documenté des crimes contre l’humanité commis par l’armée, notamment des meurtres illégaux, des disparitions forcées et des massacres de civils accusés de collaboration avec les groupes armés.

    L’action des groupes armés et l’inertie des autorités

    Les groupes islamistes multiplient aussi les exactions : exécutions sommaires, violences sexuelles, enlèvements et pillages. Ils maintiennent sous blocus de nombreuses localités, aggravant la crise humanitaire. Malgré les appels de la CADHP après des massacres comme celui de Karma en avril 2023 ou l’attaque de Zaongo en novembre 2023, les enquêtes restent rares et les responsables impunis.

    Le rapport national ne mentionne aucune procédure judiciaire contre les abus présumés des forces de sécurité, pourtant documentés depuis des années. Par ailleurs, les droits civils et politiques se dégradent : depuis 2022, la junte militaire réprime systématiquement les militants, opposants politiques, journalistes et défenseurs des droits humains. Human Rights Watch a recensé des cas de conscription forcée pour museler les dissidents, ainsi que des enlèvements et disparitions forcées.

    Appels à l’action de la CADHP

    En décembre 2023, la CADHP a exprimé son inquiétude face à l’enlèvement de Daouda Diallo, figure majeure des droits humains, et aux pressions judiciaires subies par les défenseurs. En juillet 2024, elle a dénoncé la disparition de trois journalistes, sans réponse des autorités malgré les demandes des familles et avocats.

    La CADHP, qui n’a pas effectué de mission officielle au Burkina Faso depuis plusieurs années, devrait solliciter une visite pour évaluer la situation sur le terrain et publier un rapport complet. « La CADHP doit aborder sans détour les violations commises par les forces de sécurité et les groupes armés, tout en exigeant des mesures concrètes pour protéger les militants, journalistes et opposants », conclut Allan Ngari.