Faladiè à Bamako : des centaines de familles déplacées sans abri après une démolition
Un marché à bétail emblématique de Bamako, Faladiè, a été rasé par des engins de chantier, entraînant le déplacement forcé de plus de 300 familles déjà en situation de vulnérabilité. Cette opération brutale, survenue le 19 avril, laisse des milliers de personnes sans logement, nourriture ni assistance.
Une opération aux conséquences dramatiques pour les déplacés
Le garbal de Faladiè, marché à bétail historique de Bamako, abritait depuis 2019 un camp informel hébergeant des familles fuyant les violences dans le centre du Mali. Parmi elles, Dado, une mère de famille originaire du cercle de Bankass, a témoigné : « Nous avons quitté notre village il y a six ans, pensant trouver refuge ici. Aujourd’hui, nous sommes à la rue, sans rien. »
Avec ses sept membres, Dado faisait partie des 300 familles contraintes de quitter le camp après sa destruction. Plus de 2 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, se retrouvent ainsi sans abri, dans un contexte déjà marqué par une crise humanitaire aiguë. Les besoins sont immenses : accès à l’eau potable, nourriture, soins médicaux et surtout, un toit.
Une relocalisation prévue, mais des conditions inacceptables
Les autorités maliennes avaient annoncé le transfert des déplacés vers Sanankoroba, à 35 km de Bamako, dans un site aménagé par l’État. Pourtant, selon plusieurs témoignages, ce site serait « non fonctionnel » et ne répondrait pas aux besoins élémentaires. Les familles, livrées à elles-mêmes, réclament une solution urgente : « Nous supplions les autorités de nous trouver un autre endroit. Notre priorité absolue est un logement, car sans toit, rien n’est possible. »
Des conditions de vie précaires aggravées par la crise
Avant leur expulsion, de nombreux déplacés survivaient en collectant des déchets et restes alimentaires pour les revendre aux éleveurs. Aujourd’hui, privés de tout, ils doivent faire face à une situation encore plus critique. Malgré le soutien d’ONG locales et internationales, l’accès à l’aide humanitaire reste limité, et les promesses des autorités se font attendre.
La Direction nationale du développement social, contactée par les médias, a déclaré qu’il était « trop tôt » pour évaluer la situation. Une réponse qui laisse peu d’espoir aux familles concernées, déjà marquées par des années de déracinement.
Que faire pour aider les déplacés ?
Face à cette crise humanitaire, plusieurs pistes se dessinent pour soutenir les familles sinistrées :
Dons en nature : nourriture, vêtements chauds, kits d’hygiène et couvertures.
Soutien financier : contributions aux associations locales accompagnant les déplacés.
Sensibilisation : partage d’informations pour alerter sur leur situation et exercer une pression médiatique.
Appel aux autorités : demandes de relocalisation dans des conditions dignes et sécurisées.
Cette tragédie rappelle l’urgence d’une réponse coordonnée pour éviter que des vies ne basculent davantage dans l’extrême précarité.
Dans un contexte économique continental marqué par la persistance de la cherté de la vie, le Bénin se distingue par sa stabilité remarquable. Les dernières analyses du Fonds Monétaire International (FMI), publiées en avril 2026, confirment la position de leader du pays en matière de résilience, affichant l’un des taux d’inflation les plus bas de toute l’Afrique.
Une inflation maîtrisée pour protéger les ménages
Alors que de nombreuses nations peinent à stabiliser leurs marchés, Cotonou affiche des résultats probants. Avec une prévision d’inflation limitée à 2,1 % pour l’année 2026, le Bénin performe bien au-delà des exigences de l’UEMOA (fixées à 3 %). Ce chiffre contraste radicalement avec la moyenne de l’Afrique subsaharienne, qui culmine encore à plus de 9 %.
Cette réussite témoigne de l’efficacité des mesures de protection du pouvoir d’achat mises en place pour contrer les fluctuations économiques mondiales et préserver le panier de la ménagère.
Les piliers de la stratégie béninoise
L’institution financière internationale souligne que cette performance exceptionnelle ne doit rien au hasard. Elle repose sur plusieurs leviers structurels majeurs :
Souveraineté alimentaire : Grâce à la transformation locale au sein de la GDIZ et aux subventions des intrants agricoles, le pays a considérablement réduit sa dépendance aux importations coûteuses.
Rigueur budgétaire : Une coordination étroite entre les politiques monétaires et une gestion exemplaire des finances publiques a permis de stabiliser l’économie nationale.
Indépendance énergétique : L’amélioration constante de l’offre en énergie limite les répercussions de la volatilité du prix du baril sur les coûts de transport et la production domestique.
Un moteur de croissance et d’investissement
Cette maîtrise des prix renforce l’attractivité du pays pour les investissements directs étrangers (IDE), rassurés par la visibilité des coûts opérationnels. Le Bénin prouve ainsi qu’il est possible de maintenir une croissance robuste, supérieure à 7 %, sans subir une flambée incontrôlée des prix, à condition de soutenir activement la production nationale.
L’adage ancestral sur la prudence face aux alliances périlleuses résonne avec une acuité particulière pour le Togo. En se positionnant comme un interlocuteur privilégié des régimes militaires composant l’Alliance des États du Sahel (AES), Lomé s’engage sur une voie délicate. Cette tentative d’apprivoiser le tumulte sahélien pourrait, à terme, transformer l’invité en convive malheureux de la table du danger.
L’illusion d’une immunité togolaise
Depuis l’escalade des crises sécuritaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, le Togo a cultivé l’image d’un « facilitateur » indispensable. Sous le couvert d’un pragmatisme affiché, Lomé a ouvert ses portes aux juntes, s’éloignant visiblement des positions communes de la CEDEAO. Cette stratégie repose sur une hypothèse dangereuse : celle qu’une complaisance diplomatique puisse garantir une forme d’immunité face aux menaces régionales.
Le pouvoir togolais semble croire qu’en ménageant les autorités militaires de Bamako ou de Ouagadougou, il protège efficacement sa frontière septentrionale. C’est une erreur d’analyse historique. La menace djihadiste, qui déstabilise le Sahel, ne se soucie d’aucun accord de non-agression négocié dans les enceintes diplomatiques. En relâchant la pression concertée pour un retour à l’ordre constitutionnel, le Togo alimente une instabilité qui menace inévitablement de déborder sur son propre territoire.
Une diplomatie à courte vue
La coopération, telle que perçue par Lomé, s’est transformée en un exercice de relations publiques. En se désolidarisant de l’Initiative d’Accra et de ses partenaires côtiers (Bénin, Côte d’Ivoire) pour adopter une approche unilatérale, le Togo fragilise gravement la défense collective.
« On ne peut négocier avec un brasier pour qu’il s’arrête aux limites de son jardin, surtout lorsque l’on apporte du souffle à ceux qui attisent les flammes. »
Cette politique de « bilatéralisme à tout prix » est un leurre. Les groupes terroristes actifs dans le nord du Togo n’attendent pas l’autorisation des régimes considérés comme alliés par Lomé. Au contraire, ils exploitent la désintégration progressive des États sahéliens – une situation que la diplomatie togolaise s’efforce paradoxalement de normaliser – pour étendre leur influence vers le Golfe de Guinée.
Le coût de la désunion régionale
En choisissant la voie de la rupture plutôt que celle de l’intégration, le Togo s’isole de ses partenaires naturels. Les conséquences sont déjà perceptibles :
Isolement sécuritaire accru : L’échange de renseignements vitaux avec les nations côtières se dégrade, rendant les forces de défense togolaises plus vulnérables face aux mouvements transfrontaliers.
Érosion de la crédibilité internationale : À force de vouloir satisfaire toutes les parties, le Togo risque de perdre sa fiabilité aux yeux de l’ensemble de la communauté internationale.
Asphyxie politique interne : En légitimant le modèle des « transitions » prolongées, le Togo prépare involontairement le terrain pour sa propre instabilité politique future.
L’urgence d’une prise de conscience
Il est impératif que Lomé réalise que la collaboration avec le Sahel ne peut se réduire à une logique de clientélisme diplomatique. Le Sahel n’est pas un terrain de jeu pour l’influence, mais un foyer de crises profondes. En continuant à cautionner les ruptures démocratiques et sécuritaires de l’AES, le Togo ne fait que reporter une échéance inéluctable.
Les forces radicales, tout comme les régimes en difficulté, n’ont pas d’amis, seulement des intérêts. Le « petit voisin » accueillant de la côte pourrait bien devenir leur prochaine cible facile, une fois les ressources du Sahel épuisées. À vouloir jouer le rôle de pont, le Togo risque de se transformer en une simple passerelle pour l’instabilité généralisée.
Le village de Dayye, au sein de la commune de Tondikiwindi, a été le théâtre d’une nouvelle horreur. Cependant, cette fois, la menace ne provenait pas des brousses environnantes, mais du ciel, orchestrée par ceux-là mêmes dont la mission est de garantir la sécurité des citoyens. Le 18 avril 2026 restera gravé comme une date sombre, marquée par une frappe de drone qui a tragiquement ôté la vie à deux individus et blessé 22 autres hommes, dont l’unique tort était de vouloir protéger leurs troupeaux du vol de bétail.
Cette « méprise », un euphémisme pour une catastrophe entièrement évitable, révèle une approche sécuritaire qui semble avoir délaissé la dimension humaine, au profit d’une confiance excessive et aveugle envers la technologie.
L’échec du discernement humain
Comment est-il possible qu’un rassemblement sous un arbre, dans une région où les habitants luttent désespérément pour s’organiser et survivre, soit systématiquement interprété comme une cible terroriste légitime ? L’événement de Dayye met en lumière une réalité alarmante : une déconnexion profonde entre les centres de commandement et les réalités sociologiques du terrain.
La distinction cruciale entre des « groupes d’autodéfense » et des « groupes terroristes » ne peut être opérée uniquement à travers l’objectif d’une caméra thermique, opérant à des milliers de mètres d’altitude. En confiant le pouvoir de vie ou de mort à des algorithmes et à des images aériennes dont les limites sont pourtant bien connues, l’État nigérien risque de transformer ses propres alliés potentiels en victimes collatérales de sa propre stratégie.
Une ambiguïté stratégique ?
Plus grave encore, cette frappe soulève des questions fondamentales sur la doctrine sécuritaire globale du pays. Des avertissements avaient déjà été émis concernant le manque de clarté entourant ces milices locales. En laissant ces citoyens s’armer pour pallier l’absence ou l’inefficacité de la réponse étatique face aux vols de bétail récurrents, l’État les place de facto dans une zone d’incertitude juridique et opérationnelle.
Frapper ces hommes alors qu’ils se préparent à poursuivre des assaillants a des conséquences désastreuses :
Démoraliser profondément les communautés qui refusent de céder à la loi du terrorisme.
Offrir un argumentaire en or aux groupes extrémistes pour recruter au sein de populations désormais traumatisées et blessées par l’action de l’armée régulière.
Le coût du silence et l’impératif de la responsabilisation
Combien d’autres vies, à l’image d’Issa Djibo, devront être sacrifiées avant qu’une coordination efficace entre le renseignement humain et les outils aériens ne soit enfin mise en place ? La sécurité d’une nation ne saurait se réduire à un simple exercice de tir numérique aveugle.
L’efficacité véritable d’une force armée ne se mesure pas au nombre de munitions tirées, mais bien à sa capacité à distinguer un citoyen qui défend son moyen de subsistance d’un terroriste semant la mort. Aujourd’hui, à Tondikiwindi, c’est malheureusement l’État qui a semé la mort. Au-delà des pertes humaines irréparables, c’est le pacte de confiance essentiel entre le peuple nigérien et ses forces de sécurité qui s’évapore.
Passeport AES : où en est son déploiement dans l’Alliance des États du Sahel ?
Introduit pour succéder au passeport de la Cédéao, le passeport AES ambitionne de renforcer l’intégration régionale et la souveraineté des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ce document biométrique, lancé officiellement en 2025, est aujourd’hui au cœur de nombreuses discussions. Pourtant, son déploiement varie considérablement selon les pays de la confédération.
Au Niger, le passeport de la Cédéao reste d’actualité
Au Niger, malgré le lancement officiel du passeport AES, les Nigériens continuent de recevoir le document biométrique de la Cédéao. Plusieurs témoignages recueillis auprès de nationaux confirment cette situation. Un ressortissant nigérien, souhaitant se rendre en pèlerinage à La Mecque, a expliqué avoir obtenu un passeport Cédéao sans comprendre pourquoi celui de l’AES n’était pas disponible.
Un autre témoignage, celui d’un Nigérien anonyme, révèle une expérience similaire : « J’ai demandé un passeport pour un voyage religieux, mais j’ai reçu un document Cédéao. Pourquoi ? Normalement, ce devrait être un passeport AES. » Les autorités nigériennes n’ont pas encore communiqué d’explication officielle sur ce retard.
Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir, a bien été enrôlé pour la carte d’identité biométrique AES en mars dernier, marquant ainsi le début officiel de sa production. Cependant, le passeport AES n’est pas encore disponible, et la société libyenne Alitisal Aljadeed a été chargée de sa fabrication.
Au Burkina Faso et au Mali, le passeport AES est déjà une réalité
Contrairement au Niger, le Burkina Faso et le Mali ont déjà intégré le passeport AES dans leur système administratif. Les deux pays délivrent désormais des passeports biométriques estampillés AES à leurs ressortissants.
Au Mali, malgré quelques difficultés initiales, notamment concernant la reconnaissance du document à l’étranger, le passeport AES est désormais accepté. Un Malien vivant en France a confirmé avoir reçu son nouveau passeport biométrique, marqué du logo de l’AES, sans difficulté lors de ses déplacements.
Une transition progressive vers les nouveaux documents
Les détenteurs de passeports Cédéao valides peuvent continuer à les utiliser jusqu’à expiration. C’est ce que confirme Mohamed, un citoyen malien ayant obtenu son passeport en 2024 : « Si je dois le renouveler, ce sera un passeport AES, car le Cédéao n’est plus délivré au Mali. »
Le passeport AES se distingue par son niveau de sécurité élevé, intégrant une puce électronique et une page en polycarbonate, conformément aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Il symbolise la volonté des pays de l’AES de marquer leur souveraineté et leur indépendance vis-à-vis de la Cédéao.
Depuis leur retrait de la Cédéao, les autorités du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont lancé une refonte complète de leurs pièces d’identité. Outre le passeport, une Carte nationale d’identité biométrique (CNIB-AES) est également en cours de déploiement, avec une production massive prévue en 2026.
Points clés à retenir
Le passeport AES est déjà disponible au Burkina Faso et au Mali, mais pas encore au Niger.
Les passeports Cédéao restent valides jusqu’à expiration, même dans les pays de l’AES.
Le passeport AES intègre des technologies de pointe pour lutter contre la fraude.
La Carte nationale d’identité biométrique (CNIB-AES) est en cours de généralisation.
Le déploiement du passeport AES reflète les ambitions des pays de l’AES de renforcer leur autonomie et leur intégration régionale. Cependant, les disparités dans son déploiement soulèvent des questions sur les défis logistiques et politiques qui persistent.
Le Bénin renforce ses dispositifs de protection de l’enfance avec l’arrivée d’une nouvelle promotion d’éducateurs spécialisés. L’École de Formation des Professions Judiciaires (EFPJ) à Abomey-Calavi a célébré, le vendredi 17 avril 2026, la fin de douze mois de formation intensive pour ces futurs acteurs essentiels de la justice des mineurs.
Une formation rigoureuse pour des professionnels aguerris
Après une année dédiée à l’acquisition de compétences pointues, ces élèves éducateurs de l’éducation surveillée sont désormais prêts à intervenir sur le terrain. Cette nouvelle cohorte vient consolider un secteur crucial du système judiciaire béninois, axé sur la prise en charge des mineurs en difficulté. La cérémonie officielle s’est déroulée en présence de personnalités importantes, dont Monsieur Florentin Gbodou, représentant le Ministre de la Justice, et Madame Bernadette Houndekandji Codjovi, Directrice de l’EFPJ.
Un cursus alliant théorie et immersion pratique
Madame Codjovi a souligné l’évolution du programme de formation, désormais structuré en deux phases distinctes pour une meilleure efficacité :
Une première période de six mois axée sur les fondements théoriques, couvrant le droit et les techniques pédagogiques.
Une seconde phase de six mois consacrée à la pratique, permettant une immersion directe dans les réalités professionnelles.
« Votre rôle auprès des jeunes en conflit avec la loi ou en situation de vulnérabilité est fondamental pour renforcer notre système de justice », a insisté la Directrice de l’EFPJ auprès des diplômés.
Responsabilité, humanisme et professionnalisme : les piliers du métier
Au nom de ses camarades, Monsieur Dalil Bankolé Idohou, porte-parole de la promotion, a exprimé sa profonde gratitude envers les formateurs. Il a réaffirmé l’engagement des nouveaux éducateurs à exercer leur mission selon trois principes clés : la responsabilité, l’humanisme et le professionnalisme.
Monsieur Florentin Gbodou, au nom du Garde des Sceaux, a quant à lui appelé les jeunes diplômés à faire preuve d’intégrité et a mis en avant l’importance de :
Une gestion rigoureuse des dossiers confiés.
Un engagement sans faille envers les enfants en situation de précarité.
Une approche proactive dans la prévention de la délinquance juvénile.
Prochaines étapes : déploiement sur le terrain
La remise symbolique des diplômes a marqué l’apogée de cet événement. Ces professionnels qualifiés seront bientôt mis à la disposition du Garde des Sceaux pour une affectation dans les différentes structures d’éducation surveillée à travers le territoire béninois. Cette nouvelle vague d’éducateurs spécialisés témoigne de l’engagement continu du Bénin dans la modernisation de sa justice, plaçant la réinsertion et le bien-être des jeunes au cœur de ses priorités.
Togo et Sahel : une stratégie diplomatique en pleine évolution
Le Togo renforce son positionnement sur l’échiquier régional en Afrique de l’Ouest. Le pays a récemment officialisé une nouvelle phase de sa stratégie pour le Sahel, un territoire marqué par une montée des violences terroristes et des transitions politiques tumultueuses. Cette initiative, présentée comme un moyen de servir de pont entre les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso et la communauté internationale, vise à concilier médiation régionale et sécurisation des intérêts nationaux.
Une approche structurée en trois axes stratégiques
Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, a détaillé les trois piliers qui fondent cette nouvelle stratégie. Le premier s’articule autour du renforcement de la coopération régionale afin de préserver la paix et la stabilité dans l’espace ouest-africain. Cette collaboration s’avère cruciale face à l’expansion des groupes armés et aux défis sécuritaires persistants.
Le second axe repose sur la promotion des conditions propices à la stabilisation politique. Lomé mise sur des initiatives visant à faciliter le retour à l’ordre constitutionnel dans les pays dirigés par des juntes militaires, tout en évitant une détérioration supplémentaire de la situation sécuritaire.
Enfin, le troisième pilier concerne le soutien aux processus de normalisation. Le Togo entend jouer un rôle actif dans la recherche de solutions durables pour les pays confrontés à des crises politiques et sécuritaires simultanées.
Des succès relatifs mais une vision contestée
Jean Emmanuel Gnagnon, enseignant-chercheur à l’Université de Lomé et spécialiste des crises sécuritaires, salue les progrès accomplis par le Togo. Selon lui, le pays a réussi à limiter la propagation des groupes armés vers le sud et à éviter une implantation durable des cellules terroristes sur son territoire. Ces actions ont également permis de renforcer la présence sécuritaire du Togo dans la sous-région, un atout face à des voisins plus exposés aux menaces.
Néanmoins, l’expert reconnaît que les phases précédentes n’ont pas mis fin à la crise, mais ont offert un sursis précieux et consolidé les capacités nationales pour éviter un scénario catastrophe.
Des critiques sur l’efficacité de la diplomatie togolaise
Malgré ces avancées, des voix s’élèvent pour questionner l’impact réel de la stratégie togolaise. Madji Diabakaté, politologue, adopte une position plus sceptique. Il compare l’ambition du Togo à celle de la grenouille défiant le bœuf dans un conte populaire. Selon lui, les deux principaux enjeux du Sahel – l’insécurité et la restauration de la démocratie – n’ont guère évolué depuis les coups d’État. Pire encore, il estime que l’engagement du Togo a pu affaiblir la Cédéao en soutenant les régimes militaires responsables de la crise.
Cette prise de position reflète un débat plus large au sein de la société togolaise. Une partie de la population considère que le gouvernement devrait d’abord stabiliser la situation politique intérieure avant de s’impliquer dans les affaires régionales. Cette critique souligne les tensions entre les ambitions internationales du Togo et les défis internes persistants.
Une diplomatie axée sur les intérêts communs
Robert Dussey défend quant à lui une approche pragmatique, fondée sur des relations constructives avec les partenaires régionaux et internationaux. L’objectif affiché est de promouvoir les intérêts communs tout en maintenant un équilibre entre médiation et réalisme politique. Cette stratégie, bien que controversée, positionne le Togo comme un acteur clé dans la gestion des crises sahéliennes.
En définitive, la nouvelle phase de la stratégie togolaise pour le Sahel s’inscrit dans une logique de diplomatie proactive. Entre avancées sécuritaires, défis politiques et critiques internes, l’engagement du Togo dans la région reste un sujet de réflexion pour les observateurs et les acteurs du continent africain.
Le gouvernement militaire du Burkina Faso durcit son emprise sur la société civile en multipliant les mesures répressives. Législation restrictive, pressions administratives et sanctions ciblées visent désormais les organisations locales et internationales, selon les alertes conjointes de Human Rights Watch, de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de l’Observatoire KISAL. Ces entités appellent à l’arrêt immédiat de ces pratiques et au respect des libertés fondamentales.
dissolution massive de 118 organisations : une attaque frontale contre la société civile
Le 15 avril 2026, le ministre de l’administration territoriale et de la mobilité a annoncé la dissolution de 118 associations, dont une majorité œuvrait pour la défense des droits humains. Cette décision s’appuie sur une loi de juillet 2025 encadrant la liberté d’association, mais sans justification claire. Seules des allusions floues à un prétendu non-respect de cette réglementation ont été évoquées.
Binta Sidibé Gascon, Présidente de l’Observatoire Kisal, dénonce un « dernier acte d’une junte déterminée à étouffer toute dissidence et à masquer son bilan désastreux en matière de droits humains ». Elle ajoute que cette mesure instaure un climat de peur paralysant l’activité civique indépendante.
une répression systématique depuis le coup d’état de 2022
Depuis le putsch militaire de septembre 2022, les autorités ciblent sans relâche les ONG, les médias indépendants, les défenseurs des droits humains et toute forme de contestation pacifique. Cette répression s’inscrit dans un contexte de crise sécuritaire persistante, marquée par la présence de groupes armés islamistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Des dizaines d’organisations et de médias, tant locaux qu’internationaux, ont été suspendus, interdits ou expulsés sous des prétextes administratifs flous ou en représailles à des critiques formulées à l’encontre du régime.
Parmi les cibles figurent des structures actives comme l’Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) ou la Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF), pourtant conformes aux exigences légales de la loi de 2025. Cette loi impose un délai d’un an pour se mettre en conformité, un délai qui n’est pas encore échu.
Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior chez Human Rights Watch, souligne le caractère juridiquement contestable de ces dissolutions : « L’ampleur de cette mesure est l’un des coups les plus brutaux portés à la société civile depuis le coup d’état. Elle envoie un message terrifiant à l’ensemble des acteurs indépendants ».
une loi liberticide au service d’un contrôle accru
La loi de juillet 2025, présentée comme un outil de régulation des organisations à but non lucratif pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, étend en réalité le contrôle gouvernemental sur le secteur. Elle impose des obligations lourdes qui entravent le travail humanitaire et de développement. Les organisations étrangères, par exemple, doivent nommer des ressortissants burkinabè à des postes clés, les exposant à des risques personnels. Cette contrainte est aggravée par une disposition du Code de la famille de septembre 2025, autorisant le retrait de la nationalité burkinabè pour quiconque jugé contraire aux intérêts de l’État, créant un risque d’apatridie.
En avril 2026, le gouvernement a menacé de sanctions « fermement » les ONG qu’il accuse d’être des « officines impérialistes déguisées », en réaction à un rapport de Human Rights Watch dénonçant des crimes de guerre et contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit depuis 2023.
des entraves administratives pour museler la recherche et l’aide humanitaire
Fin 2025, de nouvelles barrières ont été instaurées. Les organisations doivent désormais obtenir un « visa statistique » avant de mener des enquêtes ou des recherches. Ce processus, coûteux et chronophage, selon un travailleur humanitaire interrogé, « paralyse la collecte et l’analyse indépendante des données dans un contexte déjà très fermé ».
Entre juin et juillet 2025, près de 20 ONG étrangères, dont Comunità di Sant’Egidio, Diakonia, Geneva Call et le Tony Blair Institute, ont vu leurs licences suspendues ou révoquées pour des raisons procédurales peu claires, souvent liées à l’« obligation de signature de la convention d’établissement ».
ciblage des individus : arrestations, expulsions et enrôlements forcés
La répression s’étend aux acteurs individuels de la société civile. Depuis 2022, plus de 70 travailleurs humanitaires, majoritairement burkinabè, ont été détenus, selon les médias internationaux. En août 2025, Carol Flore-Smereczniak, principale représentante des Nations unies au Burkina Faso, a été expulsée et déclarée persona non grata après la publication d’un rapport de l’ONU sur les violations des droits des enfants.
En 2025, huit membres du personnel de l’International Group Safety Organization (INSO), une ONG néerlandaise spécialisée dans la sécurité humanitaire, ont été arrêtés et accusés d’espionnage et de trahison avant d’être finalement libérés en décembre. Ces accusations, infondées selon plusieurs observateurs, illustrent la stratégie de criminalisation des défenseurs des droits humains.
Les autorités exploitent également le décret de mobilisation générale d’avril 2023, une loi d’urgence, pour enrôler de force des journalistes, militants et membres de la société civile dans l’armée. Ces enrôlements illégaux visent à réduire les voix critiques et à renforcer les rangs militaires. Entre juillet et octobre 2025, six journalistes et trois militants ont été libérés, mais d’autres, comme le journaliste d’investigation Serge Oulon, restent portés disparus, suscitant de vives inquiétudes quant à leur sort.
un bilan en violation du droit international
Le droit international protège les libertés d’expression et d’association, garantissant aux individus et aux groupes le droit d’agir sans ingérence. Les restrictions imposées par le Burkina Faso ne respectent pas les critères de nécessité, de proportionnalité et de non-discrimination, selon les quatre organisations signataires. Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH, rappelle que « une société civile forte et indépendante est un rempart contre les abus de pouvoir et donne une voix aux communautés marginalisées ». Il appelle les autorités à permettre aux organisations de travailler librement et à garantir les droits fondamentaux de chacun.
Quelques semaines après que la Confédération africaine de football (CAF) a retiré le titre de champion d’Afrique au Sénégal à la suite des incidents survenus lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations face au Maroc, une nouvelle sanction est venue frapper l’arbitrage. Cette fois, c’est la FIFA qui a pris des mesures radicales à l’encontre de Jean-Jacques Ndala, l’arbitre principal du match du 19 janvier.
Malgré la confiance renouvelée de la CAF, qui l’avait désigné à plusieurs reprises pour des compétitions majeures comme la Ligue des champions africaine ou la Coupe de la CAF, la FIFA a choisi de ne pas le retenir pour la Coupe du monde à venir. Une décision qui contraste avec le sort réservé à six autres arbitres africains ayant officié lors de la dernière CAN.
Les arbitres africains retenus pour la Coupe du monde
Parmi les sept arbitres africains sélectionnés par la commission arbitrale de la FIFA, on retrouve notamment des noms comme Jalal Jayed (Maroc), Mustapha Ghorbal (Algérie), Pierre Atcho (Gabon), Dahane Beida (Mauritanie), Tom Abongile (Afrique du Sud), Amin Mohamed (Égypte) et Omar Artan (Somalie). Tous ont officié lors de la dernière édition de la CAN, mais seul Jean-Jacques Ndala a été écarté malgré son expérience.
Des consignes controversées pointées du doigt
La sanction infligée à l’arbitre congolais s’explique en partie par les critiques acerbes qui ont suivi sa prestation lors de la finale. De nombreux observateurs et experts ont souligné des décisions discutables et une attitude jugée passive face aux incidents survenus sur le terrain.
Selon les déclarations d’Olivier Safari, président du comité des arbitres de la CAF, lors d’un comité exécutif tenu le 13 février à Dar es-Salaam, des consignes spécifiques auraient été transmises à Jean-Jacques Ndala pendant l’interruption du match. Ces instructions visaient à éviter l’attribution de cartons jaunes aux joueurs sénégalais rentrés aux vestiaires, afin de préserver l’intégrité du match à leur retour. Pourtant, cette décision a été perçue comme une faute professionnelle majeure par la FIFA, qui a préféré sanctionner sévèrement l’arbitre pour son manque de rigueur.
Le dénouement de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, initialement remportée par les Lions de la Terranga face au Maroc le 18 janvier dernier, continue de susciter de vifs débats. Deux mois après la rencontre, la CAF a finalement attribué le trophée aux Lions de l’Atlas, une décision qui a suivi des incidents majeurs. Ces troubles avaient entraîné des condamnations à la prison pour plusieurs supporters sénégalais. Une nouvelle importante vient d’être annoncée : trois d’entre eux ont retrouvé la liberté.
L’information, relayée ce samedi par L’Équipe, confirme la libération de trois supporters sénégalais. Ces individus, incarcérés dans une prison marocaine, avaient écopé d’une peine de trois mois d’emprisonnement ferme pour des faits qualifiés de « hooliganisme », survenus en marge de la rencontre décisive.
Les accusations portées contre eux étaient graves, incluant des « actes de violence, notamment envers les forces de l’ordre, la dégradation d’équipements sportifs, l’invasion de la pelouse et des jets de projectiles ». Bien que ces trois supporters soient désormais libres, le dossier est loin d’être clos. Quinze autres individus demeurent incarcérés, purgeant des peines s’étendant de six mois à un an de prison.
Affaire Sénégal-Maroc : la procédure judiciaire se poursuit
Lors de l’audience en appel tenue lundi, les condamnations prononcées à l’encontre des accusés ont été maintenues. Cette décision est intervenue malgré la demande du parquet d’aggraver les sanctions, ce qui a suscité une vive réaction de la part de la défense. Les avocats ont notamment plaidé que les supporters présents sur la pelouse y avaient été poussés par un mouvement de foule. « Des erreurs ont été commises, et les véritables responsables de ces incidents se trouvent au Sénégal, non parmi les personnes ici présentes », avait alors déclaré un des représentants légaux.
Parallèlement à ces développements judiciaires, la question de l’attribution définitive du trophée demeure en suspens. Bien que le Maroc ait été désigné vainqueur sur tapis vert avec un score de 0-3, la Fédération Sénégalaise de Football conteste cette décision et a officiellement saisi le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), prolongeant ainsi le débat sportif et juridique.
Le Togo mise sur sa stratégie géopolitique pour relancer le dialogue au Sahel
Le Togo a dévoilé sa stratégie de sécurité et de dialogue pour le Sahel lors d’un sommet de haut niveau organisé à Lomé. Cette rencontre a rassemblé des représentants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Alliance des États du Sahel (AES), ainsi que des émissaires internationaux, notamment de la France et de l’Union européenne.
L’objectif principal de cette initiative est de rétablir un dialogue constructif avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Ces pays ont récemment pris leurs distances avec la CEDEAO et leurs partenaires occidentaux, privilégiant une coopération accrue avec la Russie.
Une médiation togoise pour apaiser les tensions régionales
Le Togo, fort de son expertise en médiation et de sa position géographique stratégique, se positionne comme un acteur clé pour favoriser la stabilité dans la région. « Le Togo est prêt à mettre son savoir-faire diplomatique et sa position régionale au service de la paix, en servant de pont entre le Sahel et la communauté internationale », a déclaré Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo.
La stratégie togoise pour le Sahel, prévue pour la période 2026-2028, s’articule autour de cinq axes majeurs :
Renforcement du dialogue politique avec l’AES pour désamorcer les tensions;
Coopération régionale et internationale pour une approche concertée;
Lutte contre le terrorisme et sécurisation des frontières;
Intégration économique régionale pour stimuler la croissance;
Soutien à la stabilité des États voisins face à la menace jihadiste.
Les représentants de l’AES ont salué cette initiative et manifesté leur intérêt pour une collaboration renforcée. « La coopération sécuritaire doit passer par la fin de l’accueil de forces étrangères hostiles qui menacent la stabilité des pays voisins », a souligné Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères.
Les trois pays de l’AES subissent une violence jihadiste croissante, avec des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique qui ont causé des milliers de victimes. Ces groupes étendent désormais leur influence vers des États côtiers comme le Togo et le Bénin, accentuant les défis sécuritaires dans la région.
Le Bénin illustre une maturité politique remarquable dans un climat souvent marqué par les tensions. L’ancien président Thomas Boni Yayi, figure emblématique du pays, a officiellement manifesté son soutien à Romuald Wadagni suite à son accession au pouvoir. Ce geste hautement symbolique marque le début d’un chapitre axé sur la stabilité et la concorde nationale.
Un engagement pour la pérennité républicaine
En adressant ses félicitations, qualifiées de « paternelles et républicaines », l’ancien chef d’État dépasse les clivages électoraux pour privilégier l’intérêt supérieur de la nation. Ce ralliement ne constitue pas une simple courtoisie protocolaire, mais un véritable levier d’apaisement pour l’ensemble de la société béninoise. En reconnaissant la légitimité du nouveau dirigeant, Boni Yayi facilite une transition politique fluide et sereine.
Les piliers d’un dialogue national inclusif
Au-delà des salutations d’usage, Thomas Boni Yayi propose une feuille de route pour renforcer le contrat social. Selon lui, la réconciliation véritable doit s’appuyer sur deux axes fondamentaux :
La décrispation du climat judiciaire, passant par la libération de personnalités politiques incarcérées.
Le retour des exilés, afin de rassembler toutes les forces vives de la nation.
Ces initiatives sont perçues comme essentielles pour refermer les cicatrices du passé et bâtir un avenir commun.
La stabilité politique comme moteur économique
L’analyse souligne également un lien étroit entre paix sociale et essor économique. Dans une région en pleine mutation, la cohésion interne devient un atout stratégique majeur. L’appel à l’unité lancé par l’ancien président rappelle qu’un pays stable et réconcilié s’impose naturellement comme une terre d’accueil privilégiée pour les investissements internationaux.
En privilégiant le rassemblement, l’expérience de l’ancien et la dynamique du nouveau pouvoir posent les jalons d’un Bénin prospère, où la tranquillité politique sert de socle au développement durable.