Auteur/autrice : nigeractu

  • Uemoa : le Niger confronté à une explosion des créances douteuses en début d’année 2026

    Uemoa : le Niger confronté à une explosion des créances douteuses en début d’année 2026

    Le bilan financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour janvier 2026 révèle une situation paradoxale. Si les banques régionales franchissent des paliers de croissance historiques, elles font face à une vulnérabilité croissante. Au sommet de cette pyramide de risques, le Niger s’impose comme le point de rupture majeur, illustrant une déconnexion de plus en plus marquée au sein de la zone.

    Le Niger : épicentre d’une crise des actifs bancaires

    Malgré une timide amélioration statistique, le Niger demeure le maillon le plus exposé du paysage financier régional. Les indicateurs de santé bancaire y sont particulièrement critiques.

    • Un taux de défaut inquiétant : Avec 24,8 % de créances dégradées en janvier 2026, le pays détient le record de l’Union. Près d’un quart des emprunts contractés ne sont plus honorés.
    • Une fragilité persistante : Bien que ce taux ait légèrement reflué par rapport aux 25,9 % enregistrés en 2025, la situation reste préoccupante. Cette instabilité est largement attribuée aux crises sécuritaires et aux aléas politiques qui pèsent sur l’économie nationale.

    Une fracture géographique : Sahel contre pays côtiers

    Les chiffres de ce début d’année dessinent une cartographie du risque très hétérogène, opposant les nations enclavées du Sahel aux économies littorales.

    Le bloc sahélien sous pression

    La zone sahélienne s’enfonce dans une zone de turbulences financières. Outre le cas nigérien, le Mali et le Burkina Faso affichent tous deux un taux d’impayés de 12 %. La situation burkinabè est jugée alarmante avec une progression de 2,1 points en seulement douze mois. De son côté, la Guinée-Bissau maintient un niveau de risque élevé avec 21,2 % de créances en souffrance.

    La stabilité relative des économies côtières

    À l’inverse, les pays ayant un accès à la mer présentent des bilans plus sains :

    • Le Bénin se distingue comme le pays le plus rigoureux avec seulement 4,3 % d’impayés.
    • La Côte d’Ivoire (6,2 %) et le Sénégal (9,7 %) font preuve d’une certaine résilience.
    • Le Togo fait toutefois exception : le pays a vu ses impayés bondir de 7,2 % à 11,9 %, marquant une dégradation brutale de son profil de risque.

    Un volume de crédit record mais une prudence accrue

    L’encours global des financements injectés dans l’économie a atteint le montant sans précédent de 40 031 milliards FCFA, soit une progression annuelle de 4,7 %. Cependant, cette dynamique est assombrie par la montée des créances en souffrance, qui s’élèvent désormais à 3 631 milliards FCFA.

    Le repli stratégique des banques

    Inquiets de cette dégradation, les établissements financiers ont abaissé leur taux de couverture à 59 % et durci leurs critères d’octroi. Pour protéger leurs bilans, les banques imposent désormais des garanties plus solides et des apports personnels plus importants. Cette sélectivité renforcée pourrait, à terme, freiner le développement des PME et PMI locales, essentielles au dynamisme de l’Union.

    En ce mois de janvier 2026, si l’architecture bancaire de l’UEMOA tient bon, la situation nigérienne et la contagion du risque au Sahel imposent une surveillance rigoureuse pour prévenir tout risque de crise systémique régionale.

  • Niger et mali : les difficultés de quitter la cedéao malgré les tensions

    Niger et mali : les difficultés de quitter la cedéao malgré les tensions

    Un discours ambigu qui révèle des contradictions profondes

    Les récentes déclarations des ministres des Affaires étrangères du Mali et du Niger ont de quoi surprendre. D’un côté, ils pointent du doigt la CEDEAO, l’accusant ouvertement de soutenir les groupes terroristes. De l’autre, ils se disent prêts à collaborer avec cette même organisation sur des dossiers spécifiques. Ce jeu de dupe, où l’on alterne entre hostilité et ouverture, trahit une réalité bien plus complexe : quitter un bloc régional ne se décrète pas en un claquement de doigts.

    L’incohérence qui sape la crédibilité internationale

    Le manque de cohérence entre les accusations portées et les propositions de coopération pose un problème majeur. Dans l’arène diplomatique, la crédibilité est une monnaie d’échange essentielle. Comment, en effet, envisager des partenariats économiques avec des États que l’on décrit comme des complices du terrorisme ?

    Cette contradiction expose les autorités sahéliennes à un risque de discrédit sur la scène internationale. Négocier des accords de développement avec des ennemis supposés de la nation relève de l’absurdité stratégique. La communauté internationale attend des partenaires fiables, capables de tenir un discours unifié et cohérent.

    L’enclavement géographique : une contrainte économique incontournable

    La décision de quitter la CEDEAO visait à afficher une indépendance totale. Pourtant, la géographie impose des limites que les discours politiques ne peuvent ignorer.

    La dépendance aux ports maritimes des voisins

    • Le Mali et le Niger, pays sans accès à la mer, dépendent entièrement des ports de Cotonou, Lomé ou Abidjan pour importer des produits essentiels comme le riz, le sucre, les médicaments ou le ciment.
    • Les coûts de transport, déjà élevés, exploseraient en l’absence de coopération avec ces voisins, rendant les prix inaccessibles pour des populations déjà fragilisées.

    En appelant à une coopération, les ministres reconnaissent, sans le dire explicitement, que l’Alliance des États du Sahel (AES) ne peut fonctionner en autarcie. Le pragmatisme l’emporte ici sur les postures politiques.

    Le mirage d’une rupture totale avec la CEDEAO

    Quitter la CEDEAO était un choix politique fort, destiné à satisfaire une partie de l’opinion publique. Mais vouloir conserver les avantages techniques du groupe tout en rejetant ses règles relève de l’illusion.

    L’écart entre la rupture affichée et les besoins concrets

    • Afficher une rupture avec l’ordre ancien, tout en ayant besoin que les flux financiers et commerciaux continuent de circuler librement, crée une tension insoluble.
    • La coopération repose sur la confiance et des règles communes. En brisant le contrat politique, les États du Sahel fragilisent la sécurité juridique de leurs propres commerçants et investisseurs.

    Le terrorisme, un ennemi qui ne connaît pas les frontières

    La colère peut être une réaction légitime, mais elle ne constitue en rien une politique étrangère. Les discours enflammés contre les voisins ne résoudront ni la crise alimentaire ni l’insécurité qui frappe la région.

    La nécessité d’une coordination régionale

    Le terrorisme est une menace transfrontalière qui se joue des frontières administratives. Pour le combattre efficacement, une coordination sincère entre les services de renseignement et les armées de toute la région est indispensable. Diviser les pays voisins, c’est offrir un cadeau inestimable aux groupes armés, qui profitent de ces divisions pour prospérer.

    La souveraineté ne se décrète pas, elle se construit

    Le Mali et le Niger découvrent, à leurs dépens, que quitter la CEDEAO représente un défi économique et social colossal. La véritable souveraineté ne se résume pas à l’indépendance affichée : elle se mesure à la capacité d’un État à nourrir sa population, à soigner ses malades et à garantir la sécurité de ses citoyens.

    Pour y parvenir, le bon voisinage n’est pas une option, mais une nécessité absolue. Privilégier la propagande au détriment des réalités vécues par les populations revient à sacrifier le bien-être des citoyens sur l’autel d’un discours politique éphémère.

  • Mali : quand les otages libérés par Mariko exposent la faiblesse de l’état

    Mali : quand les otages libérés par Mariko exposent la faiblesse de l’état

    Une photographie qui révèle les failles d’un État sous tension

    Une image, circulant à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux malien, a fait l’effet d’un électrochoc. On y distingue l’opposant Oumar Mariko, en exil, aux côtés de 17 otages tout juste libérés par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Si cette libération sauve des vies, elle soulève une question brûlante : pourquoi la souveraineté de Bamako semble-t-elle s’effriter, laissant place à des acteurs non étatiques ?

    Une médiation privée qui interroge la légitimité des institutions

    L’intervention d’Oumar Mariko dans cette opération interroge. Comment un homme en rupture avec le pouvoir peut-il négocier et circuler dans des zones où l’État malien peine à s’imposer ? La réponse réside dans un constat alarmant : le vide sécuritaire.

    Dans certaines régions du pays, la capacité à dialoguer ou à se déplacer ne relève plus des autorités officielles, mais de réseaux informels. Pour les spécialistes, cette situation illustre une perte progressive de contrôle de l’État sur son propre territoire. Une réalité qui alimente le doute : Bamako maîtrise-t-elle encore son destin ?

    Le JNIM, maître du jeu médiatique et politique

    Pour le JNIM, cette libération n’est pas un geste humanitaire, mais une stratégie calculée. En se présentant comme un interlocuteur « crédible » et en orchestrant des négociations filmées, le groupe cherche à se donner une image plus acceptable. Mais l’objectif est bien plus profond : remplacer l’État.

    En offrant protection et justice dans des zones où l’administration républicaine a disparu, les terroristes s’imposent comme la seule autorité visible. Un phénomène qui érode encore davantage la confiance dans les institutions maliennes.

    Les dangers d’une diplomatie parallèle

    Derrière le soulagement des familles se cachent des risques majeurs pour l’avenir du Mali :

    • Le financement du terrorisme : Les rançons versées, bien que non officielles, alimentent les caisses des groupes armés, financant de nouvelles attaques contre les forces de sécurité.
    • Une légitimité renforcée pour les insurgés : Accepter de négocier avec un chef de guerre revient à reconnaître son pouvoir sur une région. Un aveu de faiblesse qui conforte la domination du JNIM sur les populations rurales.

    Deux Mali en confrontation : la capitale contre le terroir

    Le pays est désormais divisé en deux réalités distinctes :

    • Le Mali des institutions : À Bamako, le discours officiel vante les avancées militaires et la reconquête progressive du territoire.
    • Le Mali des campagnes : Dans les zones reculées, les populations, livrées à elles-mêmes, n’ont d’autre choix que de composer avec les groupes armés pour survivre.

    Rétablir l’autorité de l’État : un défi politique et sécuritaire

    Cet épisode ne se limite pas à une simple réussite humanitaire. Il révèle une fragilité structurelle : lorsque des acteurs privés ou des opposants gèrent des questions de sécurité nationale, l’État malien perd non seulement le contrôle, mais aussi sa crédibilité.

    Pour Bamako, le vrai combat n’est plus seulement militaire. Il est politique : retrouver une souveraineté perdue, là où les négociations se font aujourd’hui sous le regard des kalachnikovs.

  • Reorganisation stratégique du pastef au sénégal par ousmane sonko

    Reorganisation stratégique du pastef au sénégal par ousmane sonko

    Réorganisation du Pastef au Sénégal : Ousmane Sonko impulse une transformation structurelle pour un parti plus performant

    Au Sénégal, le parti Pastef s’engage dans une restructuration profonde de ses mécanismes internes, pilotée par son dirigeant emblématique, Ousmane Sonko. Cette démarche stratégique vise à moderniser l’organisation politique afin de répondre aux enjeux contemporains de la vie partisane et institutionnelle.

    Une refonte globale des instances dirigeantes et opérationnelles

    La réorganisation lancée par le Pastef touche tous les niveaux de sa structure, des instances dirigeantes jusqu’aux cellules opérationnelles locales. Elle se concrétise par un remplacement partiel des responsables, une redéfinition précise des rôles et une clarification des missions attribuées à chaque organe du parti.

    Objectifs clés de cette transformation structurelle

    • Optimiser la coordination interne entre les différentes branches du parti pour une réactivité accrue.
    • Améliorer l’efficacité des actions politiques grâce à une meilleure répartition des tâches et des ressources.
    • Renforcer l’ancrage territorial du Pastef en consolidant sa présence sur l’ensemble du pays.
    • Préparer activement les prochaines échéances électorales avec un dispositif organisationnel optimisé.

    Cette initiative s’inscrit dans un contexte politique en pleine mutation au Sénégal, où les partis doivent s’adapter pour rester compétitifs et pertinents aux yeux des citoyens.

    Un pari sur la crédibilité et la modernisation du paysage politique

    Pour les analystes politiques, cette restructuration pourrait jouer un rôle déterminant dans l’ascension du Pastef sur la scène nationale. Elle illustre également une volonté claire de professionnaliser le fonctionnement des partis au Sénégal, en alignant leurs méthodes sur les standards actuels de gouvernance politique.

    En renforçant sa cohésion interne et sa capacité d’action, le Pastef se positionne comme un acteur clé pour façonner l’avenir politique du pays, tout en répondant aux attentes croissantes des électeurs en matière de transparence et d’efficacité.

  • Burkina faso : une junte militaire dépendante des aides alimentaires internationales malgré ses promesses

    Burkina faso : une junte militaire dépendante des aides alimentaires internationales malgré ses promesses

    Le Burkina Faso, entre discours de souveraineté et réalité des dons alimentaires

    Malgré les déclarations martiales du capitaine Ibrahim Traoré sur l’autosuffisance alimentaire, le Burkina Faso reste profondément ancré dans une dépendance aux importations de riz. Récemment, ce sont 2 422 tonnes de riz pakistanais qui ont été livrées au pays, illustrant l’incapacité des autorités à garantir la sécurité alimentaire de leur population. Un paradoxe criant pour un gouvernement qui mise sur des slogans de « souveraineté retrouvée ».

    Cette aide humanitaire s’ajoute à celles de la Chine et du Canada, révélant un pays où la production locale ne suffit plus à nourrir ses habitants. Plus de 3,5 millions de Burkinabè dépendent aujourd’hui de l’aide internationale pour se nourrir, un chiffre qui contraste avec les promesses de relance économique.

    L’échec de la production locale face aux besoins urgents

    Les dons successifs de riz, bien que bienvenus, soulignent une réalité accablante : le Burkina Faso ne produit plus assez pour subvenir à ses besoins. Les régions du Nord et de l’Est, déjà fragilisées par l’insécurité, sont les premières concernées par ces distributions. Pourtant, ces zones, autrefois greniers à céréales du pays, sont aujourd’hui déconnectées des circuits commerciaux traditionnels.

    Le constat est sans appel :

    • Le pays est piégé dans une logique de « main tendue » vers l’Asie et l’Occident.
    • Les promesses de production locale restent lettre morte, malgré les discours officiels.
    • Plus de 2 millions de personnes déplacées aggravent la crise, transformant les terres agricoles en zones stériles.

    L’insécurité, principal frein à l’autosuffisance alimentaire

    Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), certaines zones du Burkina Faso frôlent la phase 4, synonyme d’urgence humanitaire. Plus de 600 000 enfants risquent de souffrir de malnutrition aiguë d’ici la fin de l’année, un chiffre qui reflète l’ampleur de la crise.

    Les stratégies militaires mises en place par la junte, notamment le blocus de localités et la militarisation des zones rurales, ont paralysé les campagnes agricoles. Les observateurs pointent du doigt la responsabilité du gouvernement dans cette dégradation structurelle, plutôt que de se contenter d’incriminer le changement climatique.

    Une gestion de crise sous surveillance internationale

    La transparence des distributions alimentaires est de plus en plus remise en question. Le don pakistanais, confié au ministère de l’Action humanitaire, suscite des inquiétudes quant à son utilisation. Les tensions entre les autorités burkinabè et les organisations humanitaires ont réduit l’efficacité de l’aide : le Plan de réponse humanitaire 2026 n’est financé qu’à 18 %, reflétant une méfiance croissante des bailleurs de fonds.

    Alors que la saison des pluies approche, ce riz pakistanais offre un répit temporaire à une population exsangue. Pourtant, pour Ibrahim Traoré, le défi reste entier : la souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit. Et pour l’instant, les champs, jadis prospères, peinent à être sécurisés par une administration davantage tournée vers la rhétorique que vers des actions concrètes.

    Sans une relance urgente de l’économie rurale et une sécurisation des zones agricoles, une solution durable semble hors de portée.

  • Journalisme ou militantisme : le cas controversé de thomas dietrich

    Journalisme ou militantisme : le cas controversé de thomas dietrich

    Le journalisme d’investigation et l’engagement militant répondent à des logiques radicalement opposées. Pourtant, certains parcours professionnels brouillent cette frontière, à l’instar de celui de Thomas Dietrich. Ce dernier, présenté comme spécialiste des relations franco-africaines, incarne une dérive où l’accusation remplace l’enquête, et l’émotion l’analyse.

    Entre information et combat : une ligne rouge franchie

    Un journaliste digne de ce nom se doit de documenter des faits, de les contextualiser et de laisser le lecteur juger en toute liberté. À l’inverse, Dietrich adopte une posture de procureur : il n’informe plus, il dénonce. Son travail, s’il peut encore être qualifié ainsi, se transforme en acte militant où la dramatisation l’emporte sur la rigueur.

    L’investigation exige retenue, vérification et pluralisme. Elle ne saurait se réduire à une rhétorique accusatoire ou à une vendetta personnelle contre des personnalités ciblées. Pourtant, c’est bien vers cette approche que s’oriente son approche éditoriale, au mépris des principes fondamentaux du métier.

    Une narration binaire : amis vs ennemis

    Ses publications s’articulent autour d’une vision manichéenne du monde : d’un côté, les régimes corrompus ; de l’autre, ceux qui les combattent. Cette dichotomie, bien que médiatement efficace, simplifie à outrance des réalités politiques et économiques complexes.

    L’investigation rigoureuse suppose de présenter les faits avec nuances, d’accepter le contradictoire et de laisser l’audience tirer ses propres conclusions. À l’opposé, la logique militante impose une conclusion prédéterminée, guidée par une narration orientée. La différence n’est pas seulement stylistique : elle est éthique.

    Le piège de l’auto-promotion : quand le journaliste devient héros

    Un autre écueil de son approche réside dans la personnalisation excessive de ses récits. Les arrestations, les confrontations avec les autorités ou les expulsions deviennent des éléments narratifs centraux, reléguant l’enquête elle-même au second plan.

    Ce glissement transforme le travail journalistique en saga personnelle, où l’auteur occupe le devant de la scène. Pourtant, le journalisme n’est pas une épopée individuelle. Il repose sur une méthodologie collective, basée sur la vérification des sources et la confrontation des points de vue. En faisant de lui-même le personnage principal, Dietrich sacrifie la crédibilité de son travail au profit d’une dramaturgie militante.

    Un écho limité : l’entre-soi des opposants

    Fait révélateur, ses productions sont principalement relayées par des cercles déjà convaincus, opposés aux régimes qu’il critique. Aucun média international de référence, réputé pour son exigence de vérification, ne les publie. Cette sélectivité médiatique trahit un alignement politique évident.

    Ses enquêtes semblent moins nourrir un débat pluraliste qu’alimenter une confrontation permanente. Lorsque les mêmes cibles, les mêmes récits et la même indignation structurent durablement une ligne éditoriale, la question n’est plus celle du courage, mais de l’équilibre et de la neutralité.

    La radicalité comme modèle économique

    À l’ère du numérique, l’attention se mesure à l’aune de l’excès. Plus un propos est tranché, plus il circule. Plus il polarise, plus il fédère une communauté engagée. Les médias indépendants exploitent souvent cette logique, où l’engagement communautaire prime sur la rigueur journalistique.

    Dans ce contexte, la radicalité devient un capital symbolique – et parfois financier. Cela ne signifie pas qu’un professionnel trahit systématiquement sa mission, mais cela crée une incitation structurelle à la surenchère, à la dramatisation et à l’exacerbation des clivages. Le risque ? Une perte de crédibilité systémique.

    Crédibilité en jeu : l’équilibre rompu

    La liberté de la presse protège le droit de critiquer les pouvoirs en place. Elle protège aussi celui d’interroger les pratiques journalistiques. Analyser la méthodologie, la constance des cibles ou la transparence des soutiens relève d’un débat public sain, et non d’une attaque personnelle.

    Le problème n’est pas que Dietrich dérange – un bon journalisme doit déranger. Le problème est qu’il a choisi un camp : non pas en tant qu’informateur neutre, mais en tant qu’acteur engagé d’un conflit politique permanent. Or, lorsqu’un journaliste devient partie prenante d’une croisade idéologique, il renonce à sa posture d’arbitre indépendant.

    L’investigation exige de la distance ; la militance, de l’alignement et de la conviction. Confondre les deux, comme le fait Dietrich, conduit inéluctablement à une perte de crédibilité durable. C’est précisément le constat qui s’impose aujourd’hui.

  • Algerie accusée d’exporter le terrorisme au Sahel par le Mali et le Niger

    Algerie accusée d’exporter le terrorisme au Sahel par le Mali et le Niger

    Le Mali et le Niger pointent du doigt l’Algérie : un rôle controversé dans la propagation du terrorisme au Sahel

    Le Mali et le Niger ont réitéré des accusations anciennes selon lesquelles l’Algérie exporterait le terrorisme au Sahel. Ces pays estiment que Alger abrite et soutient indirectement des groupes armés qui multiplient les attaques dans la région. Bien que les responsables malien et nigérien n’aient pas cité explicitement l’Algérie lors d’un forum régional sur la sécurité organisé au Sénégal, leurs propos s’alignent sur des allégations répétées de Bamako ces derniers mois.

    Le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, a déclaré à Reuters : « Certains pays voisins abritent des groupes terroristes, les soutiennent ou accueillent régulièrement des forces hostiles menant des opérations contre nous. » Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays.

    Des racines historiques liées à la guerre civile algérienne des années 1990

    Les experts en sécurité analysent l’actuelle montée du terrorisme au Sahel comme une conséquence directe de la guerre civile algérienne des années 1990. Les réseaux militants vaincus ou déplacés en Algérie se seraient reconstitués avant de migrer vers le sud, évitant ainsi une disparition totale. Des groupes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sont nés du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lui-même issu du Groupe islamique armé (GIA) ayant combattu Alger pendant la « Décennie noire ». Pendant des années, ces mouvements ont été dirigés par des ressortissants algériens qui ont délocalisé leurs opérations au Mali et dans le Sahara sous la pression militaire en Algérie.

    Plusieurs rapports évoquent une possible complicité entre les services de sécurité algériens et certains groupes terroristes au Sahel.

    Le Mali dénonce officiellement le soutien algérien au terrorisme

    Le Mali a maintes fois condamné la position de l’Algérie devant l’ONU, notamment après une dégradation marquée des relations entre les deux pays l’an dernier. Les tensions se concentrent principalement dans le nord du Mali, où des groupes terroristes et des mouvements armés touaregs affrontent l’État malien depuis plus d’une décennie. Bamako accuse ces groupes de profiter des frontières poreuses et de la tolérance de l’Algérie envers les militants présents le long de sa frontière sud.

    En septembre de l’année dernière, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait déclaré à l’Assemblée générale des Nations unies que l’Algérie était passée du statut de partenaire dans la lutte antiterroriste à celui d’« exportateur de terrorisme » vers le Sahel.

    Ces accusations se sont intensifiées après que les forces algériennes aient abattu un drone militaire malien près de la frontière fin mars. Bamako a interprété cet incident comme un acte délibéré visant à protéger des chefs terroristes ciblés par les opérations maliennes.

    En représailles, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont rappelé conjointement leurs ambassadeurs à Alger et publié une déclaration accusant l’Algérie de soutenir le terrorisme.

    Le Niger s’associe au Mali dans sa lutte contre l’influence algérienne

    Le Niger a systématiquement soutenu le Mali dans ses différends avec l’Algérie. Les autorités nigériennes ont approuvé la riposte diplomatique du Mali après l’incident du drone et exprimé leur solidarité face à ce qu’elles qualifient de terrorisme soutenu par Alger. Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, avait antérieurement accusé plusieurs gouvernements étrangers de financer des attaques contre le Niger. Niamey a également apporté son soutien à Bamako dans son conflit avec l’Algérie, perçue par le Sahel comme un facteur de déstabilisation croissant.

    Cette querelle met en lumière une fracture de plus en plus marquée dans la politique de sécurité en Afrique de l’Ouest. Les dirigeants militaires du Sahel estiment que le terrorisme ne peut être éradiqué tant que des pays voisins adoptent, selon eux, des comportements permissifs ou déstabilisateurs.

  • Kémi séba : la chute d’un militant controversé face à ses pairs

    Kémi séba : la chute d’un militant controversé face à ses pairs

    Kémi Séba : l’effondrement d’un activiste au sein du mouvement panafricain

    Depuis son arrestation en Afrique du Sud et la menace d’extradition vers le Bénin, Kémi Séba incarne aujourd’hui une figure solitaire du militantisme panafricain. Bien que ses défenseurs dénoncent une persécution politique, ses anciens alliés, tels Nathalie Yamb et Franklin Nyamsi, restent étrangement silencieux. Entre enregistrements compromettants et propos diffamatoires, la fracture au sein de ce cercle semble désormais irréversible.

    Un silence éloquent chez les partisans historiques

    Habituellement, toute arrestation d’un membre influent de la sphère panafricaine suscite une mobilisation immédiate : communiqués vibrants, lives sur les réseaux sociaux et dénonciations enflammées. Pourtant, depuis l’incarcération de Kémi Séba à Pretoria en avril 2026, ses proches collaborateurs affichent une discrétion troublante. Nathalie Yamb, surnommée la « Dame de Sotchi », et le professeur Franklin Nyamsi, jadis fervents critiques de la « Françafrique », ont choisi de ne formuler aucun soutien public. Ce mutisme est d’autant plus saisissant qu’il contraste avec leur engagement passé.

    Ce revirement brutal révèle une réalité crue : l’heure n’est plus à la solidarité militante, mais à la prise de distance stratégique. Dans un milieu où les alliances se forgent et se défont au gré des intérêts, la prudence prime désormais.

    Les audios qui ont tout changé : insultes et trahisons

    Le déclic de cette rupture s’explique par la diffusion récente d’enregistrements audio explosifs. Ces extraits, révélant des échanges privés de Kémi Séba, ont ébranlé les fondations mêmes du mouvement panafricaniste. Ses propos, d’une violence inouïe, visaient directement ses alliés de longue date.

    Parmi les déclarations les plus choquantes, on retrouve des attaques personnelles envers Nathalie Yamb, qu’il aurait traitée de « pute de palais ». Selon lui, cette dernière ne chercherait qu’à tirer profit des régimes autoritaires du Sahel pour assouvir ses ambitions personnelles, loin des luttes concrètes des populations africaines. Ces mots, à la fois sexistes et humiliants, ont balayé l’image d’unité que le mouvement tentait de projeter depuis des années.

    Franklin Nyamsi, également mentionné dans ces enregistrements, n’a pas été épargné. Ces révélations ont transformé une simple divergence d’opinions en une crise ouverte, où chacun cherche désormais à se protéger.

    La stratégie de l’évitement : un calcul politique risqué

    Pour Nathalie Yamb et Franklin Nyamsi, soutenir Kémi Séba aujourd’hui reviendrait à s’associer à un homme qui les méprise publiquement. Pire encore, un soutien actif pourrait les exposer à des représailles juridiques, alors que Séba fait face à un mandat d’arrêt international. Dans ce contexte, la neutralité devient une nécessité.

    « Dans ce milieu, dès que les egos s’affrontent et que les insultes fusent, c’est la loi de la jungle qui s’installe », confie un analyste en géopolitique africaine. « Kémi Séba est devenu un paria. Personne ne veut s’associer à sa chute, surtout après avoir été trahi par ses propres déclarations. »

    Une bataille judiciaire sans soutien : l’isolement de Séba

    Privé du soutien médiatique et politique de ses anciens alliés, Kémi Séba ne compte plus que sur son équipe juridique pour espérer éviter l’extradition vers le Bénin. Sa demande d’asile politique en Afrique du Sud apparaît comme une ultime tentative pour échapper à la justice béninoise.

    Le 29 avril 2026 marquera un tournant décisif pour son avenir. Même s’il devait échapper à l’extradition, les dégâts collatéraux au sein du mouvement panafricaniste sont déjà irréparables. En traitant ses alliés de « mercenaires » et de « putes de palais », Kémi Séba a scellé son propre destin. Les masques sont tombés : derrière les discours enflammés sur la fraternité africaine se cache une réalité bien plus amère, où la trahison et les intérêts personnels priment désormais sur les idéaux partagés.

  • Ibrahim traoré incarne-t-il vraiment le renouveau du Burkina Faso ?

    Ibrahim traoré incarne-t-il vraiment le renouveau du Burkina Faso ?

    Considéré comme l’architecte d’une volonté de rupture avec l’héritage néocolonial, Ibrahim Traoré dirige le Burkina Faso en menant une politique ambitieuse de reprise en main des ressources stratégiques et de redéfinition des alliances en Afrique de l’Ouest. Simultanément, son régime renforce son emprise sur le pays en dissolvant partis politiques, médias et organisations de la société civile. Son discours panafricain s’accompagne d’une référence constante à Thomas Sankara, figure emblématique de la révolution burkinabè (1983-1987), ce qui complexifie l’analyse de la situation actuelle.

    Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2022, Ibrahim Traoré divise les opinions bien au-delà des frontières du Burkina Faso. Au sein même de la gauche panafricaine et internationaliste, les positions s’opposent radicalement. Pour certains, il incarne l’espoir d’un renouveau panafricain, la fin de l’influence française en Afrique de l’Ouest et la récupération de la souveraineté économique, notamment sur les ressources naturelles. Pour d’autres, il incarne plutôt un régime autoritaire qui réprime syndicats, militants et journalistes.

    Les réformes engagées à un rythme soutenu et leur mise en œuvre rapide suscitent à la fois enthousiasme et interrogations. Les jeunes générations, en particulier, rejettent avec véhémence les rapports de domination néocoloniale et expriment une frustration croissante face à un système politique sclérosé, incapable ou peu enclin à se réformer. Une question centrale persiste : un gouvernement militaire peut-il incarner une alternative crédible, et les objectifs poursuivis justifient-ils les moyens employés ?

    Des putschs au nom de la sécurité : une succession de coups d’État

    Ibrahim Traoré et son Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR 2) ont accédé au pouvoir par un coup d’État le 30 septembre 2022, renversant le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Ce dernier avait lui-même pris le pouvoir en janvier 2022 via un putsch, sous la bannière du MPSR. Dès son arrivée, Damiba promettait une lutte accrue contre le terrorisme, mais sans succès.

    Ni Damiba ni Traoré ne disposaient, à leur prise de fonction, d’un projet politique structuré. Tous deux ont justifié leur action par l’échec des gouvernements précédents à endiguer la crise sécuritaire qui frappe le pays depuis la fin des années 2010. Les attaques perpétrées par des groupes jihadistes ont en effet multiplié les victimes (plusieurs milliers de morts par an), détruit les infrastructures (écoles, centres de santé) et déplacé plus de deux millions de personnes.

    La Confédération des États du Sahel ne représente pas tant un renouveau panafricain qu’une alliance géopolitique inédite, née des recompositions régionales actuelles.

    En décembre 2022, alors que la lutte contre le terrorisme dominait son discours, peu de spécialistes anticipaient que Traoré mènerait, en moins de trois ans, des réformes politiques et économiques profondes. Dès janvier 2023, il a exigé le retrait des troupes françaises, soit environ 400 militaires des forces spéciales officiellement déployés contre les groupes armés.

    Cette décision a été saluée dans toute la région, notamment au Burkina Faso, où les mouvements sociaux dénonçaient depuis des années la domination française. La contestation s’est généralisée à la fin des années 2010, lorsque la dégradation de la sécurité a révélé l’incapacité – ou le manque de volonté – des forces françaises à enrayer l’avancée des groupes jihadistes. « La France n’agit pas par altruisme », déclarait un militant en décembre 2020. Traoré a su amplifier ce sentiment antifrançais, en forte croissance depuis 2019, pour asseoir sa légitimité.

    L’émergence d’un bloc régional inédit

    Parallèlement à la reconfiguration des relations avec la France depuis 2022, un réalignement géopolitique s’est opéré avec les pays voisins, dont le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, ainsi qu’avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Après les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la CEDEAO a suspendu ces trois pays de ses instances.

    En juillet 2023, le putsch au Niger a entraîné une pression accrue de la CEDEAO, soutenue par la France, pour le rétablissement du président déchu, Mohamed Bazoum. Le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont alors laissé entendre leur disponibilité à une intervention militaire. Pour les juntes du Mali et du Burkina Faso, la menace d’une action similaire est devenue tangible.

    En janvier 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé leur retrait de la CEDEAO, réaffirmant leur solidarité avec le Niger et leur volonté de lui apporter un soutien militaire en cas de besoin. Leur sortie a été officiellement entérinée un an plus tard.

    La charte du Liptako-Gourma, adoptée en septembre 2023, a posé les bases de la Confédération des États du Sahel (AES), officiellement lancée en juillet 2024. Conçue initialement comme une réponse aux pressions extérieures, sous forme d’un pacte de défense mutuelle après la crise de l’été 2023, l’alliance a depuis élargi ses ambitions. Une chaîne de télévision commune, AES TV, ainsi qu’une banque d’investissement et de développement ont été créées en 2025.

    La défense et la sécurité restent au cœur de cette alliance. En décembre 2025, une force militaire unifiée de 5 000 hommes a été déployée. L’AES ne constitue pas un renouveau panafricain, mais bien l’émergence d’un bloc géopolitique inédit, reflet des mutations régionales et internationales en cours. Un « mariage de raison », selon Salif Sanogo, directeur d’AES TV.

    Souveraineté économique vs. libertés individuelles : le dilemme du régime

    Le gouvernement Traoré a lancé plusieurs réformes économiques et intérieures. Une nouvelle loi minière, adoptée en juillet 2024, encourage la transformation locale des ressources, formalise l’exploitation artisanale et accorde à l’État une participation obligatoire de 15 % dans les projets miniers (contre 10 % auparavant).

    En août 2024, deux mines d’or, sur les douze du pays et exploitées par des multinationales, ont été rachetées pour 90 millions de dollars et transférées à la société publique SOPAMIB. Parallèlement, plusieurs projets visant à stimuler l’économie locale ont vu le jour, dont deux usines de transformation de tomates, financées par l’État et inaugurées en 2024. Ces mesures, longtemps réclamées par les mouvements sociaux, visent à créer de la valeur localement et à renforcer la présence de l’État dans le secteur minier. Ironie du sort, elles sont aujourd’hui mises en œuvre par un pouvoir qui réprime les mêmes acteurs qui les portaient.

    La rapidité des avancées s’explique aussi par l’affaiblissement des contre-pouvoirs. L’espace de contestation s’est réduit comme peau de chagrin, que ce soit pour les médias, la société civile ou les partis politiques. Dès la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, renversé en janvier 2022, les libertés de réunion, d’expression et de la presse avaient été restreintes au nom de la lutte antiterroriste.

    Depuis octobre 2022, les activités des partis politiques sont suspendues. En février 2026, ils ont été dissous. L’Association des journalistes du Burkina a subi le même sort en mars 2025 : son président, son vice-président et plusieurs journalistes ont été arrêtés. Certains ont ensuite été forcés de participer à des opérations antiterroristes, vêtus d’uniformes militaires.

    Le contrôle des médias est strict. Radio Oméga, principale station indépendante du pays, a été suspendue à deux reprises : une première fois en 2023 pour avoir diffusé une interview d’un représentant de la société civile sur le coup d’État au Niger, une seconde en août 2025 pour avoir qualifié le pouvoir de « junte », un terme jugé inapproprié et offensant par les autorités.

    Dans ce contexte, les réseaux sociaux jouent un rôle ambivalent. Alors que les sources d’information indépendantes se raréfient, ils deviennent des relais massifs de soutien au régime. Ibrahim Traoré y est omniprésent, et une part importante des contenus qui y circulent est générée par intelligence artificielle. Des célébrités comme Beyoncé, Justin Bieber ou Rihanna y apparaissent le féliciter, voire le pape lui-même. L’origine de ces contenus reste souvent impossible à vérifier.

    Traoré, héritier ou imposteur de Sankara ?

    La mise en scène de Traoré s’appuie largement sur la figure de Thomas Sankara, auquel il est fréquemment comparé. Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1983, Sankara, jeune officier idéaliste, incarne toujours le panafricanisme et est surnommé « le Che africain ».

    Cette comparaison, bien que limité sur le plan idéologique, pèse lourd dans l’espace public. Traoré l’utilise comme un outil de légitimation. Son gouvernement a ainsi fait du 15 octobre, date de l’assassinat de Sankara, un jour férié national dès 2023. Il lui a décerné le titre de « héros de la nation » et rebaptisé le boulevard Charles-de-Gaulle, à Ouagadougou, du nom de Thomas Sankara.

    Pourtant, la réhabilitation de Sankara ne date pas d’aujourd’hui : elle remonte à l’an 2000, sous le régime de Blaise Compaoré, celui-là même qui l’avait renversé. L’inauguration, en 2025, du mémorial Thomas Sankara par Traoré s’inscrit dans cette continuité, car le projet avait été lancé dès 2017 sous la présidence de Roch Kaboré.

    Les conditions d’action des militants ont radicalement changé. Les organisations de défense des droits humains, les syndicats et les collectifs de jeunesse, actifs depuis des décennies, avaient déjà été fragilisés par la crise sécuritaire des années 2010, rendant toute mobilisation nationale difficile.

    L’état d’urgence et les restrictions des libertés publiques ont encore réduit leur marge de manœuvre. Avec la politique de « mobilisation générale » adoptée en 2023, le pouvoir s’est octroyé le droit de réquisitionner personnes et biens pour la « lutte contre le terrorisme ». Ce dispositif a servi à enrôler de force journalistes, syndicats et membres de la société civile dans des opérations militaires.

    Alors que les organisations ayant porté l’insurrection populaire de 2014 sont marginalisées, de nouveaux groupes ont émergé, souvent très actifs sur les réseaux sociaux. Leur objectif n’est pas de porter un projet politique autonome, mais de soutenir le régime. Les « Wayiyan », principalement composés de jeunes hommes urbains, occupent places publiques et ronds-points pour veiller au « bon déroulement de la transition ». Selon le chercheur Rahmane Idrissa, ils ont menacé de s’en prendre à toute initiative commémorant l’insurrection de 2014. Une contradiction flagrante, alors que la révolution de 2014 était qualifiée de « progressiste » par Traoré en avril 2025.

    Traoré cultive avec soin son image de dirigeant révolutionnaire, dans la lignée de Sankara. Pourtant, là où Sankara était un socialiste pragmatique, Traoré est avant tout un pragmatique. Cette posture séduit une jeunesse en quête de rupture et des élites religieuses influentes, dont Sankara avait tenté, non sans difficulté, de limiter l’influence.

    Les contextes, néanmoins, diffèrent profondément. Sankara n’a pas eu à affronter une menace terroriste aussi massive que celle qui pèse aujourd’hui sur le Burkina Faso. L’essentiel réside ailleurs : la référence à Sankara sert de fondement à la légitimité de Traoré et alimente un culte de la personnalité, qui entrave, plutôt qu’il ne favorise, un débat critique sur les orientations politiques du pays.

  • Burkina faso : l’industrialisation en trompe-l’œil face aux défis réels

    Burkina faso : l’industrialisation en trompe-l’œil face aux défis réels

    Une communication politique axée sur l’affichage industriel

    Au cours des derniers mois, l’équipe dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré a enchaîné les inaugurations et les visites d’infrastructures industrielles. Entre unités de transformation agricole et sites d’exploitation aurifère, les autorités mettent en scène une dynamique de développement économique censée illustrer les avancées du pays vers l’émergence. Cependant, derrière cette façade médiatique, la réalité burkinabè se révèle bien moins reluisante : une crise multidimensionnelle, à la fois sécuritaire et économique, grignote progressivement les fondations du pays.

    La stratégie des « grands projets » : un leurre pour l’opinion ?

    Cette approche, souvent qualifiée de « politique du ruban », s’inscrit dans une logique classique de légitimation par l’action. Le régime actuel cherche à démontrer qu’en dépit des tensions régionales et du retrait de certains partenaires internationaux, le Burkina Faso avance vers l’autonomie économique. L’accent est mis sur la création d’emplois locaux et la réduction de la dépendance aux importations, présentées comme des victoires contre l’influence étrangère.

    Pourtant, les observateurs avertis y voient davantage une fuite en avant qu’un véritable plan de développement structuré. Les discours sur la souveraineté économique peinent à masquer l’absence de résultats tangibles à long terme.

    Des initiatives industrielles aux contours flous

    L’analyse des projets industriels récemment lancés révèle des lacunes majeures. Si les inaugurations sont systématiquement médiatisées, les données relatives à leur viabilité financière, à leur financement ou à leur capacité opérationnelle restent floues, voire inexistantes.

    Par ailleurs, des interrogations persistantes pèsent sur la gestion des fonds publics, notamment ceux mobilisés au nom de l’effort de guerre et du développement industriel. Alors que le secteur privé traditionnel étouffe sous le poids d’une fiscalité écrasante et d’un climat d’insécurité persistant, l’émergence de nouvelles structures économiques, souvent liées aux cercles du pouvoir, soulève des questions sur la transparence des procédures d’attribution des marchés.

    Un fossé grandissant entre les promesses et le quotidien

    Pendant que les médias célèbrent les réalisations industrielles, le quotidien des Burkinabè se dégrade inexorablement.

    L’inflation, un fléau pour les ménages

    Le coût des produits de première nécessité – riz, huile, mil – atteint des niveaux records, rendant la vie quotidienne insoutenable pour les populations les plus modestes. Cette hausse des prix, combinée à une insécurité alimentaire croissante, aggrave la précarité des familles.

    Une crise humanitaire aux proportions dramatiques

    Avec plus de deux millions de déplacés internes, le Burkina Faso fait face à l’une des pires crises humanitaires de son histoire récente. De nombreuses localités, soumises à des blocus imposés par des groupes armés, dépendent entièrement des convois humanitaires pour leur survie.

    L’économie informelle, asphyxiée par l’insécurité

    Le secteur informel, qui constitue l’épine dorsale de l’économie burkinabè, est en grande difficulté. Les coupures d’électricité fréquentes et l’insécurité sur les axes routiers paralysent les échanges commerciaux et étouffent toute velléité de reprise économique.

    Quand la propagande devient un écran de fumée

    Le contraste est frappant : d’un côté, des reportages soigneusement montés mettant en scène des infrastructures flambant neuves et un dirigeant déterminé ; de l’autre, des familles luttant pour scolariser leurs enfants et des soldats combattant dans des conditions extrêmes.

    L’image d’un « Burkina Faso en pleine ascension » relève pour l’instant davantage d’une construction médiatique que d’une réalité tangible. Comment nourrir une population avec des discours sur la souveraineté alors que les champs sont inaccessibles et que les usines inaugurées peinent à fonctionner hors des écrans de télévision ?

    Un pari risqué sur la perception

    Le capitaine Ibrahim Traoré mise tout sur la communication pour imposer l’idée d’un pays en marche. Pourtant, en privilégiant l’affichage à la substance, il prend le risque de creuser un fossé infranchissable entre les aspirations de la population et les réalités du terrain. L’industrialisation, bien que légitime, ne saurait se construire sur des fondations instables. Sans une gestion transparente des ressources et une sécurisation effective du territoire, les annonces présidentielles resteront des illusions, des mirages dans le désert sahélien.

  • Kémi séba : les alliances controversées d’un activiste panafricaniste en détention

    Kémi séba : les alliances controversées d’un activiste panafricaniste en détention

    Incarcéré à Pretoria suite à une arrestation pour une présumée violation des réglementations migratoires, Kémi Séba, figure emblématique du mouvement panafricaniste, clame être victime d’une persécution à caractère politique. Cependant, au-delà de cette rhétorique souverainiste, une investigation approfondie met en lumière des collaborations occultes, étonnantes et préoccupantes, s’étendant des cercles d’influence russes jusqu’aux mouvances d’extrême droite prônant le suprémacisme blanc.

    L’arrestation qui suscite l’indignation

    Depuis sa cellule sud-africaine, l’activiste Kémi Séba exprime une vive indignation. Le militant franco-béninois qualifie sa détention de « cabale » supplémentaire, qu’il attribue à ses détracteurs – notamment la France et les autorités béninoises – dans le but de restreindre sa liberté d’action. Ses partisans dénoncent un complot politique, interprétant cette incarcération comme une tentative d’étouffer la dynamique de celui qu’ils perçoivent comme le porte-parole d’une jeunesse africaine désillusionnée.

    Néanmoins, par-delà les enjeux légaux liés à son statut de visa ou à sa requête d’asile, les ramifications de ses engagements à l’échelle internationale soulèvent des interrogations que l’intéressé semble vouloir ignorer.

    L’influence du Kremlin et les tactiques de déstabilisation

    Notre investigation corrobore l’existence de relations entre Kémi Séba et les sphères d’influence russes, des liens qui dépassent désormais la simple affinité idéologique pour devenir structurels. Des documents examinés attestent de communications régulières avec des organisations affiliées à la constellation du défunt Evgueni Prigojine et au « Projet Lakhta ».

    L’objectif sous-jacent est clair : exploiter un discours anti-occidental afin de promouvoir les ambitions géopolitiques de Moscou sur le continent africain. En contrepartie d’un appui logistique et financier, Séba opérerait comme un vecteur d’influence, convertissant les frustrations post-coloniales en un levier de déstabilisation au bénéfice de la Fédération de Russie.

    Des alliances inattendues : l’activisme panafricaniste et le suprémacisme

    De manière plus déconcertante encore, notre enquête révèle des rapprochements discrets avec des personnalités éminentes du suprémacisme blanc et de l’extrême droite radicale, tant en Europe qu’aux États-Unis. Malgré des idéologies apparemment antagonistes, un dénominateur commun les unit : l’adhésion à un séparatisme racial.

    La maxime « L’ennemi de mon ennemi est mon ami » semble orienter les interactions de Séba avec des idéologues du « Grand Remplacement » ou des partisans d’une ségrégation rigoureuse des populations. Ces liaisons illustrent une stratégie de « convergence des extrêmes », visant à fragiliser les systèmes démocratiques libéraux et le modèle multiculturel, y compris par des ententes avec des groupes qui perçoivent le continent africain comme intrinsèquement inférieur.

    Une manœuvre stratégique sous surveillance

    En sollicitant l’asile politique en Afrique du Sud, Kémi Séba cherche à transmuter une position légale délicate en étendard de la résistance. Cependant, les autorités sud-africaines, attentives à leur réputation sur la scène internationale et à la conformité de leur cadre migratoire, se trouvent confrontées à un épineux dilemme.

    La journée du 29 avril s’annonce décisive. Au-delà de la décision rendue par le tribunal de Pretoria, c’est l’intégrité de la figure publique qui est désormais remise en question. L’écart entre l’image du défenseur de la dignité des populations noires et celle du collaborateur de réseaux d’influence étrangers n’a, semble-t-il, jamais été aussi prononcé.

  • Haïti : le Tchad intensifie son déploiement avec 1 500 hommes contre les gangs

    Haïti : le Tchad intensifie son déploiement avec 1 500 hommes contre les gangs

    Le Tchad s’apprête à envoyer un contingent de 1 500 militaires en Haïti, s’inscrivant dans le cadre de la Force de Répression des Gangs (FRG), une initiative mandatée par les Nations unies. Cette décision a été officialisée par le président tchadien, Mahamat Idriss Déby.

    « La contribution de l’État à cette force se fera via deux bataillons de 750 hommes chacun, atteignant un total de 1 500 effectifs. Un premier contingent de 400 soldats est déjà sur place en Haïti. »

    Mahamat Idriss Déby

    Les représentants parlementaires tchadiens, incluant députés et sénateurs, ont été informés de cette résolution par un message du chef d’État, lu par Ali Kolotou Tchaïmi, le président de l’Assemblée nationale.

    Cette nouvelle annonce fait suite à une déclaration antérieure du Tchad, datant du 24 mars, concernant l’envoi initial de 750 membres des forces de sécurité pour cette mission. Le déploiement actuel représente donc l’ajout d’un second bataillon de taille équivalente.

    Le président Déby a tenu à rappeler l’historique du Tchad en matière de participation aux coalitions internationales et aux opérations de maintien de la paix. Il a cité des exemples marquants tels que l’engagement contre le groupe jihadiste Boko Haram, les missions en République démocratique du Congo (RDC), en Côte d’Ivoire, au Mali, au Cameroun, ainsi que le rôle essentiel du Tchad au sein du G5 Sahel.

    Haïti, la nation la plus démunie du continent américain, est malheureusement rongée depuis des années par une violence endémique orchestrée par des groupes criminels. Ces derniers se livrent à des homicides, des agressions sexuelles, des pillages et des enlèvements. D’après les rapports de l’ONU, ces gangs, qui dominent la quasi-totalité de la capitale, Port-au-Prince, ont « élargi leur emprise bien au-delà de la métropole » au cours des douze derniers mois. Un récent rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, publié en mars, révèle que les violences perpétrées par ces groupes, combinées aux ripostes, ont causé la mort de plus de 5 500 personnes en Haïti entre mars 2025 et mi-janvier.

    La Force de Répression des Gangs (FRG) est une opération multinationale dont le mandat est de soutenir la police haïtienne dans sa lutte contre les organisations criminelles. Elle est conçue pour accueillir jusqu’à 5 500 membres, policiers et militaires confondus. Cette nouvelle entité succède à la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS), précédemment dirigée par le Kenya. Il est à noter que des soldats kenyans déployés en Haïti ont été accusés d’agressions sexuelles, y compris sur des mineures.