Économie
Caisse des Dépôts et Consignations : levier clé pour financer les infrastructures au Cameroun
Pour pallier la baisse des financements extérieurs, le Cameroun mise sur l’épargne nationale. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), institution publique opérationnelle depuis janvier 2023, incarne cette stratégie. Quinze ans après sa création juridique, elle se positionne comme un acteur incontournable pour financer les grands projets d’infrastructures du pays.
Pourquoi la CDEC est-elle devenue indispensable ?
Depuis plusieurs années, l’accès aux financements internationaux traditionnels se réduit pour les économies africaines comme le Cameroun. Les prêts concessionnels, l’aide publique et les marchés obligataires deviennent moins accessibles et plus coûteux. Dans ce contexte, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), lancée officiellement le 20 janvier 2023, s’impose comme une solution stratégique. Créée en 2008 par la loi, elle a été opérationnalisée quinze ans plus tard pour mobiliser et sécuriser l’épargne intérieure, publique et privée.
« Le Cameroun, confronté à une contraction des financements extérieurs, doit se tourner vers ses propres ressources. La CDEC incarne cette transition en transformant l’épargne dormante en levier de développement. »
Un modèle inspiré de la France, adapté aux réalités camerounaises
La CDEC s’inspire directement de la Caisse des Dépôts française, un modèle éprouvé depuis des décennies. Trois mécanismes clés permettent de transformer l’épargne en investissements durables :
- Centralisation des ressources réglementées : Livrets d’épargne spécifiques, fonds notariaux et comptes inactifs sont regroupés au sein d’une institution publique sécurisée.
- Transformation des dépôts court terme en prêts long terme : Grâce à la garantie de l’État, l’épargne collectée finance des projets d’envergure sur plusieurs décennies.
- Effet de levier : Chaque franc cfa mobilisé permet de financer des infrastructures essentielles comme les logements sociaux, la rénovation urbaine ou les réseaux de transport.
La CDEC camerounaise reprend cette architecture pour accompagner les politiques publiques nationales.
La CDEC en chiffres : des résultats encourageants, mais un potentiel encore inexploité
Trois ans après son lancement, la CDEC a déjà permis de centraliser plus de 151 milliards de FCFA (environ 260 millions de dollars). Pourtant, ce montant reste bien en deçà des attentes. Des estimations antérieures évoquaient un potentiel de plus de 1 000 milliards de FCFA en fonds dormants dans le système bancaire camerounais.
Les ressources mobilisables par la CDEC
- Dépôts réglementés (fonds de notaires, comptes bancaires inactifs)
- Consignations administratives (cautionnements sur marchés publics)
- Consignations judiciaires (libérations sous caution, règlements de litiges)
- Autres ressources assimilées
Un décret du Premier ministre, daté du 1er décembre 2023, a renforcé le cadre juridique en imposant aux banques, assurances, notaires et greffes de transférer les fonds consignés sous peine de sanctions financières.
Vers une filiale bancaire dédiée aux infrastructures : une révolution en marche
Le projet le plus ambitieux de la CDEC est sans doute la création d’une filiale bancaire entièrement dédiée au financement des infrastructures. Étudiée depuis février 2025, cette structure aura pour mission de :
- Soutenir l’État, les collectivités locales et les entreprises dans le financement de grands projets
- Accompagner les PME souhaitant participer aux appels d’offres publics
- Faciliter les introductions en bourse et l’évaluation de projets économiques
- Proposer des produits financiers adaptés aux besoins locaux (prêts long terme, garanties, crédit-bail)
Cette filiale marquera un tournant majeur, passant d’une logique de collecte à une logique d’investissement direct dans l’économie réelle.
Quels secteurs pourraient bénéficier du financement de la CDEC ?
Les domaines d’intervention de la CDEC sont vastes et pourraient transformer durablement l’économie camerounaise :
- Logement social : Financement du programme des 10 000 logements et accessibilité au logement pour les ménages modestes.
- Infrastructures urbaines : Modernisation des voiries, assainissement des grandes villes comme Yaoundé et Douala.
- Numérique : Extension de la couverture haut débit dans les zones rurales et semi-urbaines.
- Collectivités territoriales : Soutien financier aux communes et régions dans le cadre de la décentralisation.
- Transport : Développement des corridors routiers, modernisation du port de Kribi et des infrastructures ferroviaires.
Les défis à relever pour garantir le succès de la CDEC
Malgré ses avancées, la CDEC fait face à plusieurs défis majeurs :
- Effectivité de la collecte : Certaines institutions financières résistent encore au transfert des fonds consignés, comme en témoigne le cas d’Allianz Cameroun, seul acteur à avoir effectué un transfert dès fin 2023.
- Gouvernance et transparence : La crédibilité de l’institution auprès des épargnants et des consignataires est essentielle pour attirer davantage de fonds.
- Compétences techniques : Le financement d’infrastructures exige une expertise pointue en montage de projets, évaluation des risques et structuration financière.
- Coordination avec les autres acteurs : Une collaboration étroite avec les bailleurs de fonds internationaux et les institutions publiques est nécessaire pour éviter les chevauchements et maximiser l’impact.
En conclusion, la CDEC dispose des fondations nécessaires pour devenir un acteur clé du développement infrastructurel au Cameroun. Sa capacité à mobiliser l’épargne intérieure et à la transformer en investissements durables représente une réponse concrète aux défis posés par la rareté des financements extérieurs. Le lancement imminent de sa filiale bancaire dédiée marquera un pas décisif vers une économie plus autonome et résiliente.
