Le Cameroun fait face à une régression alarmante de ses dépenses d’investissement public pour le premier trimestre de l’année 2026. Les chiffres révèlent un début d’exercice budgétaire marqué par une forte décélération. En effet, à la fin du mois de mars, les investissements effectivement engagés n’atteignaient que 45 milliards de FCFA. Ce montant contraste fortement avec les 175,5 milliards de FCFA enregistrés à la même période l’année précédente. Cette diminution représente une chute spectaculaire de 130,5 milliards de FCFA, soit une contraction de 74,4 % sur un an. Le taux d’exécution des crédits alloués à l’investissement dans la loi de finances 2026 s’établit ainsi à seulement 2,5 %, un niveau exceptionnellement bas, même pour un premier trimestre traditionnellement peu dynamique.
PROBMIS IA : une transition numérique qui paralyse les dépenses
Le ministère des Finances (Minfi) pointe du doigt une nouvelle plateforme informatique, PROBMIS IA, comme cause majeure de ce ralentissement. Ce système, mis en place pour la gestion budgétaire dès le début de l’exercice, a généré des complications techniques. Le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPBMT) 2027-2029, élaboré avant le Débat d’orientation budgétaire, confirme que ces difficultés ont entravé le traitement des opérations. Les dépenses de fonctionnement n’ont pas été épargnées, affichant un taux d’exécution de seulement 14,7 % à fin mars.
L’impact de cette perturbation est particulièrement prononcé sur les investissements financés par les ressources internes, dont le taux de réalisation n’atteint qu’un maigre 0,3 %. Quant aux projets bénéficiant de financements externes, leur exécution plafonne à 5,2 %, un niveau tout aussi insatisfaisant. En somme, le processus d’engagement des dépenses s’est vu congestionné au moment crucial où les différentes administrations devaient lancer leurs premières opérations annuelles. Le Minfi reconnaît que ce démarrage est plus poussif que d’habitude.
Financements externes : une baisse marquée des décaissements
Au-delà des obstacles techniques, la collecte de fonds s’est avérée moins fructueuse. Les prêts et dons obtenus jusqu’à fin mars se sont élevés à seulement 137,5 milliards de FCFA, bien en deçà des 327,6 milliards de FCFA mobilisés l’année précédente à la même période. Cette diminution représente une perte de 190,1 milliards de FCFA, soit une régression de 58 % sur douze mois. Cette insuffisance touche aussi bien les prêts et dons dédiés à des projets spécifiques que les soutiens budgétaires globaux.
Plus précisément, les prêts destinés aux projets n’ont généré que 39,4 milliards de FCFA, alors que les prévisions trimestrielles tablaient sur 206,7 milliards, soit un taux de concrétisation de 19 %. Les dons, quant à eux, n’ont atteint que 0,1 milliard de FCFA, très loin des 18,5 milliards escomptés. Par ailleurs, aucun décaissement au titre de l’appui budgétaire n’a été constaté durant cette période. Cette combinaison de facteurs exerce une pression directe sur les investissements dépendants des financements externes, dont la progression est étroitement liée à la célérité des bailleurs de fonds.
Globalement, l’État camerounais a réussi à mobiliser 1 331,4 milliards de FCFA en ressources budgétaires à la fin mars, sur un objectif annuel fixé à 8 683,9 milliards. Cela représente un taux de réalisation de 15,3 %, inférieur aux 19,6 % atteints l’année précédente. Concernant les dépenses, le montant total ordonnancé s’élève à 1 547,1 milliards de FCFA, marquant une légère diminution de 2,9 % par rapport aux 1 593,2 milliards enregistrés un an plus tôt. Les dépenses courantes, hors intérêts, ont également diminué de 80,5 milliards, s’établissant à 566,1 milliards de FCFA.
La SND30 menacée : un péril réel pour les projets phares
Bien que le premier trimestre soit habituellement caractérisé par une faible utilisation des crédits d’investissement, en raison des procédures d’appels d’offres et du démarrage progressif des travaux, l’ampleur du recul actuel dépasse largement les tendances saisonnières. La persistance d’un tel décalage pourrait sérieusement compromettre la réalisation des grands projets d’infrastructures prévus par la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
Les secteurs fortement dépendants des marchés publics sont directement impactés. Les entreprises du bâtiment et des travaux publics (BTP), les fournisseurs de matériaux de construction, les bureaux d’ingénierie et les acteurs du transport sont particulièrement vulnérables. Leur activité est intrinsèquement liée à l’aptitude de l’État à autoriser et à décaisser les fonds pour les équipements dans les temps impartis. Un maintien de cette sous-exécution budgétaire aurait des répercussions négatives sur la trésorerie des entreprises adjudicataires et, par extension, sur l’ensemble de l’économie nationale.
Pour les dirigeants camerounais, l’urgence est double : il s’agit de résoudre promptement les dysfonctionnements techniques liés à PROBMIS IA et d’intensifier la recherche de financements extérieurs. Ces actions sont cruciales pour compenser le retard pris au cours des trois premiers mois de l’année. La réalisation des objectifs fixés pour 2026 est conditionnée par cette double capacité d’adaptation et de correction.
