Le gouvernement ivoirien a présenté un Plan national de développement (PND) 2026-2030 d’une ambition inédite, avec un budget global de 209 milliards de dollars. Ce projet vise à accélérer la transformation économique du pays en réduisant sa dépendance aux exportations de matières premières agricoles, notamment le cacao, pour basculer vers une économie diversifiée, plus industrielle et tertiaire. L’objectif affiché est ambitieux : faire passer le PIB par habitant de 3 148 dollars en 2025 à 4 500 dollars d’ici cinq ans.
Cette nouvelle stratégie succède au PND 2021-2025, dont les résultats ont guidé les choix actuels. Sur la dernière décennie, la Côte d’Ivoire a enregistré une croissance annuelle moyenne de 6 à 7 %, l’une des plus fortes du continent. Pourtant, cette performance n’a pas suffi à réduire les inégalités sociales ni à élargir le marché de l’emploi formel. Le nouveau plan s’attaque précisément à ces défis persistants.
Des objectifs sociaux ambitieux pour une croissance inclusive
Le PND 2026-2030 intègre trois priorités sociales majeures. D’abord, il prévoit de doubler le nombre d’emplois formels d’ici 2030, dans un pays où le secteur informel domine encore le marché du travail. Ensuite, il ambitionne de réduire le taux de pauvreté à moins de 20 %, une mission qui nécessitera à la fois des transferts sociaux renforcés et une réorganisation des filières productives. Enfin, le plan vise à porter l’espérance de vie à 65 ans, un indicateur directement lié à l’amélioration des systèmes de santé et d’éducation.
Pour y parvenir, la Côte d’Ivoire mise sur une transformation structurelle de son agriculture, en particulier pour des produits comme le cacao, la noix de cajou ou l’hévéa. L’idée est de passer d’une logique d’exportation de matières premières à une approche de valeur ajoutée locale, créant ainsi des emplois stables et mieux rémunérés.
Un financement colossal : comment Abidjan compte mobiliser 209 milliards de dollars ?
Avec un budget global de 209 milliards de dollars, le financement du PND 2026-2030 soulève des questions cruciales. La Côte d’Ivoire devra combiner plusieurs leviers : les ressources budgétaires nationales, les apports du secteur privé, les partenariats avec des institutions multilatérales et les levées de fonds sur les marchés financiers. En effet, Abidjan s’est imposée ces dernières années comme un acteur clé en Afrique de l’Ouest en matière d’emprunts souverains, grâce à des émissions d’eurobonds réussies. Cette réputation lui donne une marge de manœuvre, mais la gestion de la dette et la hausse des taux d’intérêt imposent une rigueur accrue.
Le secteur privé sera appelé à jouer un rôle central, notamment à travers des partenariats public-privé (PPP) pour financer les infrastructures majeures – énergie, transports, numérique. Parallèlement, le Programme social du gouvernement, axé sur la santé, l’éducation et l’accès aux services de base, bénéficiera d’une part importante des fonds publics directs.
Un contexte régional complexe qui influence la mise en œuvre
L’exécution du PND 2026-2030 ne se fera pas à l’abri des turbulences régionales. La Côte d’Ivoire évolue dans un environnement ouest-africain marqué par des bouleversements institutionnels, comme la reconfiguration de la CEDEAO, ainsi que par des défis sécuritaires persistants dans le Sahel. En tant que première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), Abidjan a un rôle clé à jouer pour stabiliser la région et absorber les chocs externes.
La réussite du plan dépendra aussi de la qualité de son pilotage et de la régularité des évaluations. Les précédents PND ont parfois pâti de décalages entre les objectifs annoncés et les réalisations concrètes. Par ailleurs, la période 2026-2030 coïncide avec un cycle politique sensible, ce qui pourrait influencer la mise en œuvre des réformes structurelles attendues, notamment dans les domaines fiscal et foncier.
