Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

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Des régimes militaires en quête de légitimité face à l’échec sécuritaire et politique

Dans les pays de l’Afrique de l’Ouest comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les juntes militaires au pouvoir font face à une crise profonde de légitimité. Entre répression, restrictions des libertés et détentions arbitraires, ces régimes multiplient les mesures autoritaires pour tenter de masquer leurs échecs, notamment sur le plan sécuritaire et socioéconomique. Les défenseurs des droits humains et les médias deviennent les premières cibles de cette stratégie de contrôle.

Des promesses non tenues et une situation sécuritaire toujours plus critique

Le président de l’Afrikajom Center, Alioune Tine, alerte sur la dégradation de la situation dans ces trois pays. Selon lui, les juntes, qui justifiaient leur prise de pouvoir par une situation sécuritaire dégradée, n’ont pas réussi à améliorer la donne. Pire encore, la crise s’aggrave : « Depuis leur arrivée au pouvoir, la situation sécuritaire est devenue extrêmement préoccupante, parfois même pire qu’avant ». Une réalité qui contraste fortement avec les engagements initiaux des militaires, comme celui d’Ibrahim Traoré de rendre rapidement le pouvoir aux civils.

« Quand on prend le pouvoir par la force, on a toujours cette peur de le perdre de la même manière », souligne Alioune Tine. Il rappelle que les promesses de transition démocratique ont été abandonnées : « Le capitaine Traoré avait promis des élections rapides pour rendre le pouvoir aux civils. Aujourd’hui, ces engagements sont restés lettre morte ». La situation des droits humains se dégrade, avec des massacres ciblant certaines communautés, notamment les Peuls.

Une répression tous azimuts pour se maintenir au pouvoir

Face à la contestation croissante, les régimes militaires durcissent leur politique répressive. Les détentions arbitraires, les enlèvements de défenseurs des droits humains et la fermeture de médias se multiplient. Amnesty International et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains dénoncent ces pratiques et préparent un rassemblement pacifique pour protester contre la répression de la liberté de la presse et la liberté d’expression. Elles exigent notamment la libération de l’avocat Guy Hervé Ham, détenu depuis janvier.

Dans ce contexte tendu, un incident a marqué un tournant : le 12 juin, un obus a atterri dans la cour de la chaîne publique RTB à Ouagadougou, faisant plusieurs blessés. Bien que Ibrahim Traoré ait tenté de minimiser l’événement en le qualifiant de « fake news », la confusion persiste. Des rumeurs évoquent même une mutinerie dans les casernes ou une tentative de coup d’État.

Le Mali et le Niger : des situations similaires d’impasse politique

Au Mali, malgré quelques avancées dans le contrôle de certaines régions, la situation reste critique, tant sur le plan sécuritaire que socioéconomique. Alioune Tine souligne l’échec des juntes à répondre aux attentes des populations : « Nous sommes dans une impasse. Les gens souffrent d’un manque de légitimité, et les juntes ne parviennent pas à améliorer leur quotidien ». Certains opposants en exil ont même formé un gouvernement, illustrant la crise de confiance envers les militaires.

Au Niger, la junte fait également face à une opposition croissante. Les détracteurs des régimes militaires dénoncent une dérive autoritaire, avec des enlèvements ciblant des personnalités de la société civile, y compris des personnes âgées. Pour Alioune Tine, ces pratiques révèlent une véritable dictature : « On ose aller enlever des figures de la société civile et les emmener au front. C’est inacceptable ».

Une CEDEAO divisée et une coopération régionale menacée

Les régimes militaires se tournent vers des alliés comme la Russie pour contourner les critiques internationales, notamment celles de la CEDEAO. Alioune Tine regrette cette division : « La CEDEAO est aujourd’hui scindée entre pro-occidentaux et pro-russes. Cela nuit gravement à la coopération interafricaine et à la prise en charge des préoccupations des peuples, en particulier des jeunes ». Il appelle à une remise en question de l’organisation pour mieux répondre aux défis régionaux.

Parmi ces défis figurent la question du franc CFA et la présence des bases militaires étrangères. Alioune Tine souligne l’absence d’alternative viable après le départ des bases françaises : « Le problème n’est pas le départ des bases, mais le manque de solutions pour les remplacer ».

Conclusion : des juntes en quête d’un second souffle

Les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont aujourd’hui confrontés à une crise multidimensionnelle. Leur incapacité à résoudre les problèmes sécuritaires et socioéconomiques, couplée à une répression accrue, ne fait qu’aggraver leur isolement. Face à cette situation, les défenseurs des droits humains et les organisations régionales appellent à une mobilisation pour défendre les libertés fondamentales et exiger un retour à l’État de droit.