Crise politique au Sénégal : sonko renverse le gouvernement faye

crise politique au Sénégal : le président faye limoge sonko

Bassirou Diomaye Faye (à droite) et Ousmane Sonko (à gauche) lors d'une réunion au palais présidentiel de Dakar en octobre 2025

Le Sénégal traverse une période de tensions politiques sans précédent. Vendredi 22 mai, le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, a annoncé un remaniement majeur en limogeant son Premier ministre de longue date, Ousmane Sonko, ainsi que l’ensemble du gouvernement. Le lendemain, dimanche 24 mai, Ousmane Sonko a retrouvé son siège de député, tandis que Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale, a présenté sa démission. Le mardi suivant, une nouvelle élection doit avoir lieu pour désigner le successeur de Malick Ndiaye à la tête du Parlement. Ousmane Sonko pourrait bien en être le prochain titulaire. Cette situation annonce un affrontement imminent entre l’exécutif et le législatif.

une rupture inévitable

Les observateurs s’accordent à dire que la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s’inscrivait dans une logique de long terme. Pour certains analystes sénégalais, cette séparation était inévitable : « La dynamique entre Faye et Sonko contenait une contradiction fondamentale. Ce n’est pas une question de manque de talent ou de divergence idéologique, mais plutôt une incompatibilité structurelle. Une République ne peut être gouvernée comme un duo de jazz où deux leaders improvisent sans cadre commun. Le pouvoir exécutif, par nature, exige une unité de commandement. L’histoire africaine, de Nkrumah à Sankara, en passant par Modibo Keïta ou Laurent-Désiré Kabila, montre que les cohabitations au sommet entre deux forces égales mènent invariablement à l’éviction de l’un ou à la destruction mutuelle. »

des tensions croissantes

Les premiers signes de fracture sont apparus dès juillet 2024, lorsque Ousmane Sonko avait évoqué un « problème d’autorité » et reproché au président de ne pas le soutenir suffisamment face aux critiques. La rupture définitive a été actée après une séance de questions au Parlement, où l’ancien Premier ministre a publiquement remis en cause plusieurs décisions présidentielles, allant jusqu’à qualifier l’action de Bassirou Diomaye Faye de « erreur » dans la gestion des fonds politiques.

vers un conflit entre exécutif et législatif ?

La question se pose désormais : Ousmane Sonko deviendra-t-il le principal opposant au président ? Avec une popularité intacte, il représente une menace sérieuse pour Bassirou Diomaye Faye. L’affrontement politique pourrait rapidement basculer à l’Assemblée nationale, où le prochain président du Parlement, très probablement Sonko, pourrait bloquer l’action gouvernementale. Moussa Diaw, professeur de sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, souligne : « Le bras de fer va probablement s’installer à l’hémicycle. Le risque de paralysie de l’action publique est réel, d’autant que l’exécutif doit faire adopter quatre textes majeurs : la révision de la Constitution, la réforme de la Cour constitutionnelle, une nouvelle loi sur les partis politiques et la création d’une Commission électorale nationale indépendante. »

une guerre des pouvoirs aux enjeux électoraux

La situation actuelle oppose le Pastef, parti contrôlé par Ousmane Sonko, à la Coalition Diomaye Faye président. Cette rivalité annonce une bataille sans merci pour les élections locales de 2027 et surtout la présidentielle de 2029. Le camp des « Pastefistes », notamment les jeunes Sénégalais qui avaient placé leurs espoirs dans le duo Faye-Sonko, se retrouve aujourd’hui divisé et désorienté.

sonko peut-il l’emporter ?

Selon certains analystes, Ousmane Sonko pourrait bien sortir vainqueur de cet affrontement. Adrien Poussou, ancien ministre centrafricain de la Communication et spécialiste en géopolitique, explique : « La réalité politique du Sénégal est implacable : le Pastef domine la scène nationale grâce à une base militante jeune et mobilisée, ainsi qu’à une narration politique forte forgée lors des années de confrontation avec le régime de Macky Sall. Ousmane Sonko reste la figure centrale. Même après son empêchement judiciaire et son exclusion de la course présidentielle de 2024, c’est autour de lui que s’est cristallisée l’espérance de changement. Certes, le président dispose de la légitimité institutionnelle, mais Sonko conserve une légitimité populaire et militante redoutable, qui pourrait s’avérer décisive dans une future confrontation. »