Le scénario que beaucoup redoutaient dans les cercles politiques dakarois vient de se concrétiser. Le président Bassirou Diomaye Faye a décidé de mettre un terme aux fonctions d’Ousmane Sonko, son Premier ministre, marquant ainsi l’aboutissement d’une crise annoncée depuis des semaines. L’ancien chef du gouvernement, fondateur du parti Pastef, a immédiatement réagi en se recentrant sur son bastion parlementaire, où sa formation détient une majorité solide depuis les élections législatives anticipées.
une alliance au sommet devenue impossible à maintenir
Depuis la victoire électorale de mars 2024, le tandem Diomaye Faye-Sonko incarnait une expérience politique inédite en Afrique de l’Ouest. Le président, élu en tant que remplaçant après l’inéligibilité de son mentor, avait promis une gouvernance partagée. Ce compromis, salué comme une avancée démocratique, reposait sur un équilibre précaire : l’autorité institutionnelle pour l’un, la force militante pour l’autre. Pourtant, cet édifice s’est fissuré sous le poids des divergences croissantes.
Les tensions se sont intensifiées autour de plusieurs dossiers clés : la mise en œuvre des réformes promises, la gestion des affaires judiciaires héritées de l’ère Macky Sall, les choix économiques et le calendrier des engagements électoraux. À mesure que Bassirou Diomaye Faye consolidait son leadership, l’influence d’Ousmane Sonko s’est progressivement amoindrie. Dans le système politique sénégalais, où le président concentre l’essentiel du pouvoir exécutif, une cohabitation prolongée était dès le départ vouée à l’échec.
le parlement, nouvelle arme politique pour sonko
Exclu de la Primature, Ousmane Sonko n’a pas disparu de la scène. En conservant le contrôle de la majorité parlementaire issue des législatives, il fait de l’Assemblée nationale son nouveau terrain de jeu. En se positionnant comme leader de l’opposition au sein même de la majorité présidentielle, il démontre une capacité à transformer une défaite apparente en levier de pouvoir durable. Une stratégie que l’histoire politique africaine a maintes fois illustrée.
Cette situation place Bassirou Diomaye Faye dans une position complexe. Le président devra désormais composer avec une majorité parlementaire encore fidèle à son prédécesseur, ce qui limite considérablement sa liberté d’action. Les prochains mois s’annoncent décisifs : la nomination d’un nouveau gouvernement, l’adoption des budgets et la mise en œuvre des réformes majeures dépendront d’un équilibre fragile au sein même de son parti.
un tournant pour le Sénégal et ses partenaires
Cette rupture dépasse la simple question personnelle. Elle questionne la viabilité du projet souverainiste porté par le Pastef, qu’il s’agisse de la renégociation des accords pétroliers et gaziers, de la remise en cause du franc CFA, de l’audit des finances publiques ou de la politique migratoire. Les acteurs internationaux, du Fonds monétaire international aux investisseurs des projets Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim, suivront avec une attention particulière l’évolution de la stabilité sénégalaise, jusqu’ici présentée comme un modèle démocratique sur le continent.
Sur le plan continental, cet épisode survient à un moment critique pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), fragilisée par le retrait des pays sahéliens de l’Alliance des États du Sahel. Dakar, qui jouait un rôle de médiateur sous l’impulsion de Bassirou Diomaye Faye, pourrait voir sa crédibilité diplomatique affaiblie par cette instabilité intérieure. La capacité du président à former une nouvelle équipe cohérente sera déterminante, tout comme la réaction de la base militante du Pastef, traditionnellement attachée à Ousmane Sonko.
Le Sénégal entre dans une période d’incertitude politique dont les conséquences façonneront durablement le paysage institutionnel du pays, à peine deux ans après sa deuxième alternance démocratique.
