États-Unis – Maroc : Autopsie d’une « relation spéciale » historique

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Parfois qualifiée de « relation spéciale », l’alliance entre Washington et Rabat est l’une des plus anciennes et des plus singulières de la diplomatie américaine. Entre fondations historiques inébranlables et ajustements pragmatiques durant la Guerre froide, retour sur une trajectoire bilatérale complexe, marquée par une quête constante d’équilibre.

Le 23 juin 1786, le Maroc devenait le premier pays à reconnaître officiellement l’indépendance des États-Unis en signant un Traité de paix et d’amitié, toujours en vigueur aujourd’hui. Ce texte fondateur, né du besoin de Washington de protéger sa marine marchande contre la piraterie en Méditerranée, demeure la pierre angulaire d’un lien que les deux capitales se plaisent à qualifier de « spécial ». Pourtant, derrière cette rhétorique diplomatique, la réalité d’une alliance façonnée par les impératifs stratégiques et les soubresauts géopolitiques est bien plus nuancée.

Le tournant de la Seconde Guerre mondiale

Si les relations sont anciennes, c’est le second conflit mondial qui a cimenté le rapprochement. En 1942, l’opération « Torch », lancée par les forces alliées sous le commandement du général Dwight D. Eisenhower, voit le débarquement de 35 000 soldats américains sur les côtes marocaines.

Au-delà de l’aspect militaire, ce fut un moment charnière pour le Sultan Mohammed V. Lors de la conférence de Casablanca en 1943, le président Franklin D. Roosevelt lui aurait assuré son soutien pour le rétablissement de la souveraineté marocaine après la guerre, une promesse qui a durablement nourri le prestige américain aux yeux des Marocains, bien qu’elle ait fortement déplu au général de Gaulle.

La Guerre froide : bases aériennes et pragmatisme

Après l’indépendance du Maroc en 1956, les relations ont dû s’adapter aux réalités de la Guerre froide. Washington, voyant dans le Maroc un point d’appui stratégique indispensable, y installa des bases aériennes pour son Commandement aérien stratégique (SAC), capables de projeter sa force nucléaire vers le bloc soviétique.

Cependant, le désir de souveraineté du Roi Mohammed V a rapidement engendré des tensions. La priorité marocaine était le départ des troupes étrangères, alors que les stratèges américains craignaient que Rabat ne bascule vers le Mouvement des non-alignés. Ce bras de fer a abouti, en 1963, au retrait complet des forces américaines du sol marocain, conformément aux engagements pris.

Stabilité régionale et manœuvres politiques

La stabilité du régime a toujours été au cœur des préoccupations américaines. Lors des tentatives de coup d’État contre le Roi Hassan II en 1971 et 1972, Washington a réagi avec inquiétude, craignant de perdre un allié modéré dans une région instable. Malgré les soupçons éphémères du Roi sur une possible implication américaine — nourris par l’utilisation d’avions de chasse américains par les putschistes — la relation a survécu.

Au fil des décennies, le Maroc a su développer une expertise particulière pour naviguer dans le complexe système politique américain, transformant ses besoins sécuritaires en une collaboration renforcée. De l’assistance militaire pour le contrôle du Sahara occidental aux projets de développement du corps de la paix (« Peace Corps »), la relation a su évoluer vers une forme de « soft power » réciproque.

Défis futurs

Aujourd’hui, alors que le contexte régional a évolué avec les soubresauts du « printemps arabe », la question de l’avenir de cette relation spéciale se pose à nouveau. Washington doit jongler entre le maintien d’une alliance historique stratégique et l’accompagnement des aspirations politiques des populations locales.

Comme le souligne Carol Migdalovitz, spécialiste des affaires moyen-orientales, les défis sont immenses. La manière dont les États-Unis aborderont ces questions, tout en préservant le lien historique avec le Maroc, sera déterminante pour définir la nature de cette relation dans le futur.

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