En menant les Léopards jusqu’aux seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026, la République démocratique du Congo ne savoure pas seulement un exploit sportif. Ce parcours incarne aussi une ambition politique : faire du football un vecteur d’unité nationale et un emblème du retour en force de l’État. Le président Félix Tshisekedi poursuit cette stratégie depuis plusieurs années.
De Kinshasa à Lubumbashi, de Kisangani à Mbuji-Mayi, sans oublier les villes meurtries de l’Est, les Congolais ont envahi les rues le 28 juin pour fêter la qualification historique des Léopards parmi les meilleures équipes mondiales. Pendant quelques instants, les divisions politiques, régionales et communautaires se sont effacées derrière un même étendard.
Dans un pays longtemps résumé à ses crises sécuritaires, cette aventure sportive raconte une autre histoire : celle d’une nation qui retrouve confiance. Le football ne suffit pas à tout expliquer, mais il agit comme un révélateur. Derrière les exploits des Léopards se dessine une volonté plus profonde : rebâtir une fierté nationale dans un pays marqué par des décennies de guerre, de fractures et de convoitises étrangères.
Une vision politique clairement énoncée
Cette interprétation n’est pas le fruit du hasard. Dans son discours à la Nation du 9 décembre, Félix Tshisekedi a consacré un long passage au sport. Il a salué les performances des athlètes congolais, rappelé la qualification des Léopards et affirmé que « chaque victoire, chaque drapeau hissé, construit notre fierté, notre identité nationale et le socle immatériel de notre unité ».
Cette phrase résume une vision politique. Pour le chef de l’État, le football n’est pas qu’un divertissement populaire. Il participe à la cohésion nationale et rappelle qu’au-delà des tensions, il existe une communauté de destin congolaise.
Dans le même discours, Félix Tshisekedi a insisté sur une idée centrale : la République démocratique du Congo reste « une et indivisible », malgré les agressions extérieures, les groupes armés et les tentatives de fragmentation du territoire. Chaque succès des Léopards devient ainsi une démonstration symbolique de cette unité retrouvée.
Le sport comme outil de souveraineté
Depuis plusieurs années, le pouvoir congolais multiplie les initiatives pour redonner une place stratégique au sport. Organisation de grands événements continentaux, réforme de la gouvernance sportive, soutien affiché aux sélections nationales, mise en avant des athlètes : toutes ces actions traduisent une conviction simple. Le rayonnement d’un pays passe aussi par ses succès sportifs.
L’arrivée récente de Véron Mosengo-Omba à la tête de la FECOFA et la nomination d’Amadou Diaby comme premier vice-président s’inscrivent dans cette dynamique. Tous deux défendent une vision moderne du football, où performance sportive, professionnalisation et image internationale vont de pair. Cette nouvelle gouvernance accompagne une génération de joueurs qui transforme enfin l’immense potentiel du football congolais en résultats.
Une popularité immense : « Fatshi béton »
Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires à l’Est et les profondes transformations engagées par les autorités, cette réussite sportive offre au président Tshisekedi un puissant symbole politique. Non parce qu’il serait l’artisan direct des victoires des Léopards – elles reviennent avant tout aux joueurs, au sélectionneur et à l’encadrement – mais parce qu’il a constamment choisi de faire du sport un levier de cohésion nationale.
Premier supporter de la sélection, multipliant les messages d’encouragement, le chef de l’État accompagne cette aventure sportive comme il accompagne un récit plus large : celui d’une République démocratique du Congo qui entend reprendre confiance en son avenir. Le slogan populaire « Fatshi béton » (Fatshi étant le diminutif de Félix Tshisekedi et le béton symbolisant l’inébranlable) traduit cette proximité entretenue avec une partie de l’opinion, au-delà des clivages politiques.
Le révélateur d’une nouvelle RDC
En RDC, un constat revient souvent chez les responsables politiques et économiques : le pays cherche désormais à changer de récit. Longtemps présenté uniquement sous l’angle des conflits ou de l’exploitation de ses ressources, il veut désormais être identifié à sa stabilité retrouvée, à ses réformes, à son potentiel économique et à son influence régionale. Les Léopards offrent aujourd’hui une vitrine exceptionnelle à cette ambition.
Le football ne résoudra ni les défis sécuritaires ni les immenses enjeux de développement auxquels la RDC reste confrontée. Mais il rappelle une vérité essentielle : lorsqu’un peuple entier célèbre une même équipe, lorsqu’une victoire rassemble de Kinshasa jusqu’aux territoires les plus éprouvés de l’Est, c’est toute une nation qui affirme son existence.
