Le Gabon vient d’accéder à la présidence du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames), une organisation intergouvernementale qui regroupe dix-neuf pays d’Afrique francophone et de l’océan Indien. Cette nouvelle position place Libreville au cœur d’une structure qui harmonise les diplômes, évalue les enseignants-chercheurs et garantit la qualité académique dans l’espace francophone africain. Dès leur prise de fonction, les autorités gabonaises ont fixé un objectif clair : faire de l’insertion professionnelle des jeunes diplômés un axe central de leur mandat.
Une présidence gabonaise axée sur l’employabilité
Cette annonce intervient alors que les systèmes d’enseignement supérieur africains font face à une crise majeure. Le nombre d’étudiants explose, les filières traditionnelles sont saturées, et le marché du travail peine à absorber les diplômés. En faisant de l’employabilité une priorité absolue, le Gabon souhaite orienter les travaux du Cames vers une réforme plus affirmée des programmes d’études, en lien direct avec les besoins des économies nationales.
Cette approche répond à des préoccupations partagées par de nombreux ministres de l’enseignement supérieur de la région. La question de l’adéquation entre formation et emploi traverse l’ensemble des États membres, des grandes universités sénégalaises et ivoiriennes aux établissements plus modestes du Sahel. Le défi est de transformer une institution longtemps perçue comme un simple organe de validation académique en un véritable levier de politique économique.
Le Cames, un instrument méconnu d’intégration académique
Créé en 1968, le Cames assume plusieurs missions essentielles pour ses États membres. Il organise les concours d’agrégation, gère la reconnaissance mutuelle des diplômes et pilote des programmes thématiques de recherche. Son influence dépasse le cadre universitaire : en validant les carrières des enseignants-chercheurs, l’institution conditionne en grande partie le rayonnement scientifique de toute une génération d’académiciens francophones.
Le Gabon hérite ainsi d’une présidence avec des leviers réels, mais aussi des contraintes importantes. Depuis plusieurs années, le Cames souffre de difficultés budgétaires liées à l’irrégularité des contributions de certains États membres. Ces arriérés freinent la mise en œuvre des programmes, retardent les sessions et fragilisent la planification pluriannuelle. Libreville devra composer avec cet héritage financier tout en imposant sa vision réformatrice.
Un mandat qui engage la crédibilité régionale du Gabon
Pour les autorités de la transition gabonaise, cette présidence représente une opportunité diplomatique de taille. Depuis le changement de régime d’août 2023, Libreville s’efforce de retrouver sa place dans les enceintes multilatérales africaines. Prendre la tête du Cames offre une tribune institutionnelle pour démontrer sa capacité à piloter un dossier régional sensible.
Les attentes sont toutefois élevées. Les universités africaines francophones subissent une concurrence croissante des offres anglophones et asiatiques, qui attirent une part grandissante des étudiants les plus mobiles. Le débat sur la souveraineté éducative prend de l’ampleur dans les capitales de la sous-région, alors que les diasporas qualifiées s’installent durablement hors du continent. Mettre l’employabilité au sommet de l’agenda, c’est affronter cette fuite des compétences par le haut.
Concrètement, la feuille de route gabonaise devra préciser plusieurs chantiers : moderniser les nomenclatures de diplômes, intégrer les compétences numériques dans les cursus, promouvoir les sciences de l’ingénieur, et renforcer les liens avec les fédérations patronales nationales. Les premières décisions de la présidence donneront la mesure de l’ambition réelle de Libreville pour cette institution discrète mais stratégique.
