Au Gabon, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) vit ses dernières heures en tant qu’entité unique. Le président de la République a annoncé une réforme majeure : séparer la gestion de l’eau de celle de l’électricité. Cette décision intervient après des années de coupures récurrentes qui plongent régulièrement Libreville et d’autres localités dans le noir et privent des milliers de foyers d’eau potable.
« La SEEG doit être reformée si nous voulons régler de manière durable le problème », a déclaré le chef de l’État lors de son discours sur l’état de la Nation. Ce constat d’échec du modèle actuel ouvre la voie à une restructuration en profondeur. Le projet prévoit de dissocier production, distribution et commercialisation pour chaque secteur. Selon le président, cette organisation permettrait une gestion plus réactive et transparente.
Les abus sont nombreux. « Aujourd’hui, lorsqu’il y a une fuite d’eau, il faut parfois attendre trois mois avant qu’elle ne soit réparée. Si les revenus du secteur dépendent directement de la qualité du service, les interventions seraient beaucoup plus rapides », a-t-il illustré, rejetant l’idée que l’eau ne peut survivre sans les recettes de l’électricité.
Les dysfonctionnements sont attribués à une « mauvaise gouvernance » de l’entreprise publique. Le président a été franc : « les délestages continus sont dus au fait que la SEEG ne paie pas ses opérateurs ». Mais la responsabilité est aussi partagée avec les usagers, accusés d’incivisme : non-paiement des factures, enfouissement des compteurs, fraude, vol de câbles, sabotage des transformateurs et branchements directs.
Le constat technique est alarmant. Aucun investissement structurant n’a été réalisé depuis vingt ans, selon l’administrateur provisoire de la SEEG, Steve Saurel Legnongo, alors que la consommation énergétique a doublé entre 2010 et 2024. Les conséquences sont désastreuses : la capitale subit des délestages tournants, et les coupures d’eau durent parfois plusieurs mois.
Les abonnés sont partagés. Mariam Yama voit d’un bon œil la séparation : « Si l’eau et le courant sont séparés, cela signifie deux entités pour l’efficacité du service. Je crois ». Nicole Esso se montre plus prudente : « Les coupures sont légions au Gabon. Le renouvellement des équipements n’a pas suivi. Le chef de l’État travaille, il faut le laisser faire ». Patrick Ruffin, militaire retraité, pointe les dérives financières. Cédric Pango, cadre d’entreprise, émet une réserve : « L’activité électricité est plus rentable que l’eau. Si on sépare avec un secteur eau non rentable, on risque plus de difficultés ».
Pour répondre à l’urgence, l’État a signé en février 2025 un protocole avec la société turque Karpowership pour fournir 150 mégawatts via deux centrales flottantes destinées au Grand Libreville. Le même mois, le Gabon et la Guinée équatoriale ont interconnecté leurs réseaux électriques. Ces mesures visent à soulager la détresse de la population face à la crise énergétique.
Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir par un coup d’État en août 2023 puis élu en avril 2025, le redressement du réseau électrique est un enjeu de crédibilité. La réforme annoncée devra se traduire en actes concrets. Les habitants de Libreville et du pays attendent des résultats tangibles. Entre défis techniques, enjeux financiers et lutte contre les fraudes, le chantier est colossal. La question reste : les prochaines semaines marqueront-elles la fin des coupures à répétition ou un nouvel épisode d’une crise chronique ?
