Gabon : le groupe guinéen SONOCO lance un vaste projet agroalimentaire

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Le Gabon pourrait bien franchir un tournant décisif dans sa transformation économique. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu à Libreville une délégation du groupe guinéen SONOCO, conduite par son directeur général Abdoul Karim Diallo. Cette audience concrétise les ambitions exprimées quelques semaines plus tôt lors du Forum de Kigali : faire émerger un modèle de développement fondé sur la souveraineté productive, la coopération intra-africaine et la création de richesses sur le continent.

Au-delà d’une simple rencontre diplomatique, ce rendez-vous marque le début d’un partenariat stratégique avec l’un des plus grands conglomérats privés d’Afrique de l’Ouest. Le signal est fort : il traduit la confiance croissante que suscite le Gabon auprès des investisseurs africains, alors que le pays accélère sa stratégie de diversification.

L’offensive pour la souveraineté alimentaire

Le choix du secteur agroalimentaire est parfaitement cohérent. La sécurité alimentaire est devenue un défi majeur pour les économies africaines. Malgré un potentiel agricole immense, de nombreux pays, dont le Gabon, dépendent encore fortement des importations pour nourrir leur population. Une part importante de la consommation nationale en produits avicoles est ainsi importée, ce qui pèse sur la balance commerciale.

Le projet de SONOCO entend inverser cette tendance. L’ambition dépasse la simple installation d’unités de production : le groupe guinéen prévoit de reproduire au Gabon un modèle intégré déjà éprouvé dans plusieurs pays africains. La stratégie repose sur la maîtrise complète de la chaîne de valeur, de la production de matières premières végétales pour l’alimentation animale jusqu’à la transformation industrielle.

Concrètement, le programme prévoit la construction d’une usine moderne d’aliments pour volailles, l’implantation de couvoirs, de poussinières, de fermes de ponte, de sites d’élevage de poulets de chair, ainsi qu’un abattoir répondant aux normes internationales.

Une filière industrielle à grande échelle

Cette approche intégrée est l’un des atouts stratégiques majeurs du projet. Dans de nombreux pays africains, les filières agricoles souffrent d’une fragmentation qui limite leur compétitivité. En contrôlant chaque étape, SONOCO vise à garantir une meilleure efficacité économique et à renforcer la résilience de l’ensemble de la filière.

Les objectifs annoncés sont à la hauteur de l’ambition : une production annuelle de plus de quinze millions de poulets de chair. Le Gabon pourrait ainsi atteindre l’autosuffisance sur ce segment et réduire drastiquement sa dépendance aux importations. Pour un pays qui importe encore une part importante de ses besoins alimentaires, l’enjeu est considérable.

L’impact attendu ne se limite pas à l’alimentation. En Guinée, la filière développée par SONOCO génère déjà près de quatre mille emplois. Au Gabon, le projet devrait créer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects dans l’agriculture, l’élevage, la transformation industrielle, le transport, la logistique et les services.

Cette dynamique s’inscrit parfaitement dans la vision économique des autorités gabonaises : il ne s’agit plus seulement d’exploiter les ressources nationales, mais de transformer localement, de créer davantage de valeur ajoutée et de faire émerger un tissu industriel durable.

Un symbole de l’Afrique qui investit en Afrique

L’autre dimension majeure de ce partenariat est sa portée géopolitique. Alors que les États africains cherchent à renforcer leurs échanges intra-africains, la coopération entre Libreville et Conakry illustre l’émergence d’un nouveau paradigme : celui d’une Afrique qui investit en Afrique, partage ses savoir-faire et construit ses propres chaînes de valeur.

Les procédures administratives et foncières sont désormais engagées avec les ministères concernés, et les premières infrastructures devraient être opérationnelles dans les prochains mois. Si le calendrier est respecté, le projet SONOCO pourrait rapidement devenir l’un des symboles les plus visibles de la nouvelle politique économique gabonaise.

Dans un contexte mondial marqué par les incertitudes alimentaires, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la nécessité de renforcer les productions locales, cette initiative dépasse les frontières du Gabon. Elle incarne une conviction de plus en plus partagée sur le continent : la souveraineté économique de l’Afrique passera autant par ses mines et ses infrastructures que par sa capacité à nourrir durablement ses populations. Ce partenariat entre le Gabon et SONOCO s’inscrit dans cette trajectoire et pourrait devenir l’un des exemples les plus aboutis de coopération Sud-Sud au service de la transformation économique africaine.