Gérants de dépôts pharmaceutiques au Burkina Faso : des décennies de travail sans statut ni salaire décent

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Des agents de santé en première ligne réclament un cadre légal après des années de précarité

À Ouagadougou, lors de leur sixième assemblée générale, les gérants et caissiers des dépôts pharmaceutiques publics du Burkina Faso ont une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme. Leur objectif ? Obtenir enfin un statut officiel pour une profession indispensable au système de santé national. Sans ce cadre, leur situation devient intenable, malgré des années de dévouement.

Réunis sous le thème « la persévérance des acteurs de santé au service de la population », les membres de l’Union des gérants et caissiers de dépôts pharmaceutiques publics ont exprimé leur inquiétude face à une précarité qui ne cesse de s’aggraver.

Ousmane Bolly, président de l'Union des gérants et caissiers de dépôts pharmaceutiques publics du Burkina Faso, lors de l'assemblée

Des décennies de service sans reconnaissance ni salaire décent

Ousmane Bolly, président de l’Union, a rappelé le paradoxe d’une profession où les agents s’épuisent au quotidien sans bénéficier du moindre cadre professionnel. « Certains de nos membres œuvrent depuis plus de vingt ou trente ans dans l’ombre, mais leur rémunération ne dépasse pas le SMIG », a-t-il souligné. Cette absence de statut expose ces travailleurs à des licenciements arbitraires dès qu’ils osent revendiquer de meilleures conditions.

L’Union représente aujourd’hui plus de 3 000 gérants et caissiers répartis dans l’ensemble des districts sanitaires du Burkina Faso, où ils jouent un rôle clé dans la gestion des stocks de médicaments et l’accueil des patients.

Un vide juridique exploité par les employeurs

Pour les responsables de l’Union, le problème central réside dans l’absence totale de texte encadrant leur métier. Cette lacune juridique les place dans une position de faiblesse, facilitant les abus et les licenciements abusifs. Certains agents, par crainte de représailles, hésitent même à s’afficher publiquement comme membres de l’Union.

Des salaires de misère face à l’inflation

Les participants ont également dénoncé des revenus mensuels oscillant entre 20 000 et 25 000 FCFA, des sommes jugées insuffisantes pour subvenir aux besoins essentiels dans un contexte de hausse des prix. Pourtant, ces professionnels assurent la distribution des médicaments et assurent un accueil crucial dans des structures sanitaires souvent saturées.

Membres de l'Union réunis pour leur assemblée générale

Des années de démarches sans avancées

Depuis 2020, l’Union multiplie les initiatives pour faire entendre sa voix. Les responsables évoquent des rencontres avec les ministères de la Santé et de la Fonction publique, des audiences auprès de la Présidence du Faso, ainsi que leur participation à divers ateliers sur la gestion pharmaceutique. Pourtant, aucune solution concrète n’a encore été trouvée.

Un recensement complet des membres a été réalisé et transmis aux autorités, dans l’espoir de faciliter la mise en place d’un cadre légal. Mais les gérants et caissiers restent dans l’expectative, impatients de voir leurs revendications aboutir.

Un appel urgent à l’État pour une revalorisation

En conclusion de l’assemblée, Ousmane Bolly a salué l’engagement des participants tout en exigeant une réponse rapide des autorités. « Les ressources générées par les dépôts pharmaceutiques ne suffisent pas à améliorer durablement nos conditions de travail », a-t-il rappelé. L’Union plaide désormais pour une implication plus forte de l’État dans la revalorisation de cette profession essentielle.

Les gérants et caissiers, qui assurent le bon fonctionnement du système de santé burkinabé depuis des années, attendent désormais une action concrète pour sortir de cette précarité endémique.