Bamako interdit les forêts pour lutter contre les groupes armés

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Les autorités maliennes renforcent leur stratégie militaire avec une mesure radicale : près de 40 forêts du pays sont désormais classées zones d’intérêt militaire, interdites d’accès aux civils. Un arrêté officiel, publié en juin 2026, officialise cette décision visant à neutraliser les sanctuaires des groupes jihadistes, notamment ceux liés à l’État islamique au Sahel et au JNIM. L’objectif affiché est clair : priver les combattants armés de leurs bases logistiques tout en sécurisant les opérations des Forces armées maliennes (FAMa).

Un verrouillage stratégique des massifs forestiers

L’arrêté ministériel détaille une liste de massifs répartis dans plusieurs régions, principalement situés dans le centre et le sud du Mali. Ces zones, historiquement exploitées par les populations locales pour la collecte de bois, les plantes médicinales ou le pâturage, deviennent désormais des territoires sous contrôle exclusif de l’armée. Cette militarisation s’inscrit dans une logique de rupture avec les pratiques passées, où ces espaces servaient de refuges aux groupes armés pour organiser leurs attaques et leurs déplacements.

Pour les autorités, cette mesure permet de faciliter les opérations de ratissage et les frappes aériennes, tout en réduisant les risques pour les civils. Cependant, elle bouleverse un équilibre socio-économique fragile, où des milliers de familles dépendent de ces ressources naturelles pour leur survie. Le texte prévoit des sanctions pour toute incursion non autorisée, renforçant ainsi le caractère coercitif de la décision.

Des répercussions humanitaires et économiques majeures

Si cette stratégie vise à restaurer la sécurité, ses conséquences pourraient être lourdes. Les communautés riveraines, déjà vulnérables face aux crises climatiques et à l’inflation, risquent de perdre une source essentielle de revenus. L’exemple du Burkina Faso, où des zones similaires ont été instaurées en 2023, montre que de telles mesures peuvent entraîner des déplacements massifs de populations. Au Mali, l’interdiction d’accès aux forêts pourrait aggraver la précarité des habitants, privés de leurs moyens de subsistance.

Sur le plan économique, les exploitations minières artisanales et les concessions aurifères situées en bordure de ces massifs pourraient également être affectées. Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas précisé les modalités d’accompagnement des populations touchées, laissant planer des incertitudes sur leur avenir. Les frappes aériennes et les opérations héliportées, devenues centrales depuis le retrait de la MINUSMA en 2023, trouvent dans ces zones interdites un cadre juridique étendu pour intensifier la lutte contre les groupes armés.

Une tendance régionale sous haute surveillance

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large au Sahel. Le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont également mis en place des dispositifs similaires pour reprendre le contrôle des territoires perdus. Cette convergence reflète une volonté commune de restaurer la souveraineté sécuritaire en suspendant temporairement certains droits coutumiers au profit d’une militarisation accrue des espaces périphériques.

Les partenaires internationaux observent cette évolution avec prudence, notamment les organisations de défense des droits humains. Plusieurs rapports ont déjà pointé des exactions commises dans des zones placées sous régime militaire renforcé. La capacité des autorités maliennes à concilier efficacité opérationnelle et protection des civils sera déterminante pour l’image du pays, tant sur la scène régionale qu’internationale.

Alors que le gouvernement mise sur cette stratégie pour inverser la tendance de l’insécurité, ses effets à long terme restent incertains. Les défis humanitaires et économiques pourraient peser lourdement sur les populations, tandis que la communauté internationale scrute de près l’évolution de la situation.