Gestion de la dette du Sénégal : El Malick Ndiaye privilégie une approche souveraine

Le cap est désormais clairement fixé au sommet de l’État sénégalais. Lors d’un rassemblement lundi à Dakar, le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a réitéré avec fermeté que le Sénégal ne soumettrait pas sa dette publique à une restructuration. Le chef du Parlement prône une stratégie d’autonomie, privilégiant des arbitrages budgétaires internes plutôt que des pourparlers avec un collectif de créanciers. Cette orientation confirme la trajectoire choisie par l’exécutif suite à la réévaluation, fin 2024, de l’endettement réel du pays, apparu plus élevé que les estimations initiales.

Une doctrine économique axée sur la crédibilité financière

Depuis plusieurs mois, le refus de renégocier la dette est devenu un pilier de la politique économique portée par le duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Pour les décideurs sénégalais, s’engager dans une restructuration équivaudrait à admettre un défaut de paiement, ce qui ternirait durablement l’image du pays auprès des investisseurs internationaux. El Malick Ndiaye a soutenu cette vision en affirmant que le Sénégal possède les ressources nécessaires pour respecter ses échéances financières. Selon lui, cette décision est avant tout un acte politique fort qui dépasse les simples calculs comptables.

Cette détermination s’oppose toutefois aux suggestions de certains partenaires financiers. Le Fonds monétaire international (FMI), qui a mis en pause son programme avec Dakar après la révision des données de la dette, insiste sur l’importance de retrouver un équilibre budgétaire. Parallèlement, les agences de notation ont revu à la baisse la note souveraine du Sénégal, augmentant ainsi le coût des futurs emprunts sur les marchés mondiaux.

Les leviers de la souveraineté économique

Pour concrétiser cette gestion autonome, El Malick Ndiaye et le gouvernement misent sur plusieurs axes stratégiques :

  • Élargissement de la base fiscale pour accroître les revenus de l’État ;
  • Rationalisation rigoureuse des dépenses publiques ;
  • Révision de contrats jugés défavorables pour la nation ;
  • Exploitation des ressources naturelles, notamment via les champs pétroliers de Sangomar et gaziers de Grand Tortue Ahmeyim.

Bien que ces gisements soient prometteurs pour les finances publiques, leur impact immédiat sur la réduction de la dette reste à confirmer. Actuellement, le ratio de la dette sur le produit intérieur brut (PIB) dépasse les limites fixées par l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). L’objectif est donc de dégager des marges de manœuvre sans rompre avec les bailleurs de fonds traditionnels, alors que le remboursement des intérêts pèse lourdement sur le budget national.

Un message fort aux investisseurs et à la population

La déclaration du président de l’Assemblée nationale vise plusieurs objectifs. Il s’agit d’abord de rassurer les marchés financiers sur la fiabilité du Sénégal en tant qu’emprunteur. Ensuite, ce discours répond aux attentes des citoyens en honorant la promesse électorale de rupture avec la dépendance financière extérieure. Enfin, au niveau régional, Dakar affirme son leadership en matière de souveraineté économique.

L’efficacité de ce pari dépendra de la capacité du gouvernement à produire des résultats concrets dans les prochaines lois de finances. Si un retour vers le FMI n’est pas à l’ordre du jour sous sa forme habituelle, les analystes restent attentifs à d’éventuels ajustements techniques pour sécuriser des financements à taux préférentiels. Pour El Malick Ndiaye, il s’agit de prouver la viabilité du modèle défendu par le Pastef, en inscrivant cette gestion dans une vision de long terme pour la nation sénégalaise.