Le gouvernement malien a marqué un tournant dans sa lutte contre le terrorisme en annonçant une prime exceptionnelle pour la capture de plusieurs figures majeures du djihadisme sahélien. Parmi elles, Iyad Ag Ghaly, leader du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), se voit attribuer la récompense la plus élevée, s’élevant à 2 milliards de francs CFA. Cette décision, prise par le ministère de la Sécurité et de la Protection civile, intervient dans un contexte marqué par une recrudescence des violences et des attaques coordonnées.
une mobilisation nationale contre les menaces terroristes
Dans un communiqué officiel diffusé à la télévision d’État, le général Daoud Aly Mouhammedine, ministre malien de la Sécurité et de la Protection civile, a appelé la population à jouer un rôle actif dans cette chasse à l’homme. Sept individus, dont des responsables du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du JNIM, sont désormais traqués. Les autorités offrent des récompenses financières pour toute information permettant leur arrestation ou leur neutralisation, soulignant l’urgence de protéger la stabilité du pays.
Parmi les autres cibles, on retrouve Amadou Koufa, chef de la katiba Macina, et Abdoulaye Mohamed, alias Habib, tous deux proposés à 1,5 milliard de francs CFA chacun. Algabas Ag Intallah, figure politique et militaire du FLA, est également recherché pour une prime d’1 milliard de francs CFA. Trois autres responsables du FLA, Ghita, Bilal Chérif et Abderrahmane Al Banna, sont mis à prix pour 500 millions de francs CFA chacun.
le parcours d’un chef djihadiste au cœur du Sahel
Né en 1958 à Boghassa, dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghaly est une figure incontournable du paysage sécuritaire sahélien. Son parcours, marqué par des alliances successives avec des groupes armés, en fait l’un des hommes les plus redoutés de la région. Dans les années 1970, il intègre les rangs du colonel Kadhafi en Libye avant de revenir au Mali au début des années 1990, où il participe à la rébellion touarègue en fondant le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA).
Après avoir dirigé le Mouvement populaire de l’Azawad (MPA), il se tourne vers l’islamisme radical et se rapproche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en 2007. En 2012, il crée Ansar Dine, un groupe salafiste djihadiste, avant de fonder en 2017 le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une coalition de factions djihadistes affiliées à Al-Qaïda. Ce groupe, dont il est le leader, est aujourd’hui l’un des plus actifs au Sahel.
Selon le Timbuktu Institute, Iyad Ag Ghaly a adopté une stratégie de « blocage économique » pour affaiblir le Mali. En coupant les routes et en ciblant les infrastructures essentielles, il cherche à priver la capitale de ressources vitales, créant une pression insoutenable sur la population et les autorités. Son objectif, selon les analystes, n’est pas de prendre le pouvoir, mais de déstabiliser le régime en place à Bamako.
Le Timbuktu Institute souligne que cette stratégie vise à rendre la vie quotidienne des Maliens insupportable, forçant ainsi le gouvernement à réagir d’urgence. Un mandat d’arrêt international a d’ailleurs été émis contre Iyad Ag Ghaly par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes contre l’humanité et de guerre commis entre 2012 et 2013.
Le JNIM, sous sa direction, continue de semer la terreur au Mali, au Niger et au Burkina Faso, trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Son influence grandissante et ses méthodes de plus en plus sophistiquées en font une menace majeure pour la stabilité régionale.
