La Nazionale absente du mondial 2026 : l’analyse d’une crise structurelle du football italien

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Pour la troisième fois consécutive, l’Italie est privée de Coupe du monde de football. Loin d’une simple malchance, cette élimination répétée pour le Mondial 2026 révèle des problèmes profonds et persistants au sein du football italien, selon un expert du domaine.

L’Italie, quadruple championne du monde et double championne d’Europe, n’a pas réussi à se qualifier pour la Coupe du monde de cet été, subissant une nouvelle défaite face à la Bosnie-Herzégovine lors des barrages européens le mardi 31 mars. Cette absence marque un triste triplé après les éditions de 2018 et 2022, un constat alarmant pour la Nazionale.

Johann Crochet, journaliste spécialisé dans le football italien et animateur du podcast Calcio et Pépé, rejette l’idée d’une simple fatalité. Pour lui, le football italien n’a pas su tirer les leçons de ses précédentes mésaventures. Son pessimisme avant le match était justifié : « Après les deux échecs précédents, rien n’a bougé. C’est le véritable problème de l’Italie. »

L’expert souligne l’ampleur de cet échec : « Des jeunes de 20 ans en Italie n’auront jamais vu la Nazionale participer à un Mondial ! C’est catastrophique. » Pourtant, malgré cette série noire, les instances dirigeantes – fédération, ligue italienne, ministère des Sports – restent étrangement inertes. « Il est difficile d’espérer un résultat positif quand on observe une stagnation depuis une décennie en Italie », déplore-t-il.

Le quotidien italien La Repubblica a d’ailleurs parfaitement résumé la situation : « Ce n’est pas l’échec d’un projet, c’est l’absence même de projet. » Johann Crochet confirme ce diagnostic, attribuant l’immobilisme à un manque criant d’idées et à un conservatisme tenace. Le football italien semble figé dans les schémas des années 1990 et début 2000, refusant d’évoluer. Des nations comme l’Allemagne et l’Espagne, confrontées à des périodes difficiles, ont su entreprendre des réformes audacieuses, une démarche qui fait cruellement défaut en Italie.

« En Italie, rien ne bouge, rien ne change, on ne voit pas ce qui se fait ailleurs, on ne regarde pas ce qui se fait même dans des plus petits pays. »

Johann Crochet, journaliste spécialiste du football italien et responsable du podcast Calcio et Pépé

à franceinfo

L’absence de curiosité est frappante. Lorsque l’Italie subit de lourdes défaites, par exemple contre la Norvège, il semble que le pays découvre seulement les méthodes de formation et la collaboration entre fédération et ligue en Norvège. Cette inertie empêche la mise en œuvre de tout projet moderne.

La formation des jeunes : un talent gâché ?

La question de la formation est souvent soulevée. Si l’Italie ne produit plus des Ballons d’or comme Francesco Totti ou Roberto Baggio, c’est une tendance globale dans un football qui privilégie désormais le collectif. Le véritable enjeu réside dans le « pont » manquant entre les centres de formation et les équipes premières. Des clubs étrangers de renom, tels que le Bayern Munich, le Borussia Dortmund ou le Barça, n’hésitent pas à recruter de jeunes talents italiens issus d’académies comme Pescara, Cremonese, Atalanta ou Sassuolo. Cela prouve l’existence de compétences, mais la difficulté des jeunes joueurs à intégrer les équipes seniors en Italie est symptomatique d’un problème plus large, celui de l’accès des jeunes au marché du travail dans le pays.

Un management frileux et un déni de réalité

Le problème s’étend également à l’encadrement et au management. La préférence pour l’expérience au détriment de profils novateurs limite l’émergence de jeunes entraîneurs italiens prometteurs. Des techniciens comme Roberto De Zerbi (Marseille, Tottenham) ou Francesco Faioli (Ajax, Porto) trouvent des opportunités à l’étranger, faute de confiance dans leur propre pays. « Il y a de bons jeunes, il y a de bons joueurs, il y a de bons entraîneurs. Le problème, c’est que pour chapeauter tout ça, il faut avoir des personnes compétentes. Et aujourd’hui, les dirigeants italiens ne sont pas compétents et n’ont surtout pas envie de faire bouger les choses », martèle Johann Crochet.

Ce déni de réalité est flagrant. Autrefois, le football italien servait de modèle d’excellence. Aujourd’hui, La Gazzetta dello Sport exhorte les footballeurs à s’inspirer d’autres sportifs, comme le tennisman Jannik Sinner ou le jeune pilote de Formule 1 Kimi Antonelli. Ce changement de paradigme est éloquent. De plus, le coût croissant du football en club pour les enfants conduit à un intérêt grandissant pour d’autres disciplines, même le tennis, traditionnellement perçu comme élitiste, devient plus accessible que le sport populaire par excellence. Tous ces facteurs convergent pour expliquer la profonde crise qui secoue le football italien et son élimination du Mondial 2026.