La RDC alerte l’ONU sur l’exploitation illicite des minerais par le Rwanda et plaide pour une gouvernance responsable
Lors d’une réunion de haut niveau des Nations unies consacrée aux minerais critiques pour la transition énergétique, la République démocratique du Congo a dénoncé l’exploitation illicite de ses ressources naturelles par des groupes armés soutenus par le Rwanda. Une intervention marquée par des accusations précises et une demande de sanctions internationales.
Une délégation congolaise déterminée à New York
Mardi 14 juillet, la délégation congolaise, menée par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État en charge des Affaires étrangères et de la Francophonie, a participé à une réunion cruciale à New York. L’objectif ? Sensibiliser la communauté internationale sur les enjeux liés aux minerais stratégiques, essentiels pour les transitions énergétique et numérique mondiales.
Dans son discours, la cheffe de la diplomatie congolaise a souligné que l’exploitation illicite de ces ressources ne se limite pas à un simple enjeu économique. Elle fragilise la souveraineté du pays et menace son intégrité territoriale.
Rubaya, un symbole des dérives
La ministre a particulièrement mis en avant le cas de Rubaya, un bassin minier stratégique situé dans l’est de la RDC. Ce site, responsable de 15 % de la production mondiale de coltan, est sous le contrôle de groupes armés soutenus par le Rwanda, selon les rapports des experts de l’ONU.
Entre 2023 et 2024, plus de 1 400 tonnes de coltan auraient été illégalement exportées vers le Rwanda, générant des revenus estimés à 800 000 dollars américains par mois pour les groupes armés. Une situation qui illustre l’inaction internationale face à ces pratiques.
« L’exploitation illicite de nos ressources naturelles ne se contente pas de financer les conflits. Elle érode l’autorité de l’État et menace directement la paix et la stabilité de notre région. »
Une demande de sanctions contre le Rwanda
Thérèse Kayikwamba Wagner a vivement critiqué l’absence de sanctions onusiennes contre l’armée rwandaise, malgré les preuves accablantes fournies par les experts des Nations unies. Pour la RDC, cette inaction révèle une lacune majeure dans la gouvernance internationale des ressources naturelles.
La ministre a rappelé que les minerais critiques ne devraient pas être réduits à de simples marchandises. Ils doivent être gérés de manière responsable, en lien avec la prévention des conflits et la consolidation de la paix.
« Les principes directeurs de l’ONU sur la gouvernance des minerais critiques n’ont de valeur que s’ils se traduisent par des actions concrètes. Une transition énergétique qui ne garantit pas la paix et la prospérité des populations locales est une transition incomplète. »
Vers une gouvernance équitable des ressources naturelles
La RDC a réaffirmé son engagement à promouvoir une approche intégrée, liant la gouvernance des ressources naturelles à la paix, la sécurité et le développement durable. La présidente du Conseil de sécurité des Nations unies a insisté sur la nécessité de bâtir des partenariats plus équilibrés avec les pays producteurs de minerais critiques.
- Valorisation locale et régionale des ressources
- Transfert de technologies et développement des compétences
- Industrialisation et accès au financement
- Responsabilité partagée de tous les acteurs de la chaîne de valeur
La traçabilité des minerais a également été présentée comme un outil essentiel pour lutter contre la fraude et le financement des groupes armés, sans pénaliser les exploitants artisanaux légitimes.
Un contexte régional toujours tendu
Cette intervention intervient dans un contexte marqué par des accords diplomatiques entre la RDC et les États-Unis, ainsi qu’un accord de désescalade signé entre Kinshasa et Kigali. Malgré ces efforts, la situation sécuritaire reste fragile dans l’est du pays. Les groupes armés, notamment l’AFC/M23, continuent de contrôler des zones stratégiques comme Goma et Bukavu.
Les efforts de médiation, y compris le processus de Doha sous l’égide du Qatar, peinent à aboutir à des résultats durables. Cette situation relance le débat sur le fossé persistant entre les accords diplomatiques et la réalité sur le terrain.
En conclusion
Pour la RDC, la transition énergétique mondiale ne peut se faire au détriment des populations locales. Elle doit garantir la paix, la souveraineté et la prospérité des pays producteurs de minerais critiques. Une gouvernance responsable et équitable est indispensable pour transformer ces ressources en leviers de développement durable.
