Le président Biya, figure historique du Cameroun, opère un remaniement militaire sans précédent

Le président Paul Biya, âgé de 93 ans et en fonction depuis plus de quatre décennies, a récemment procédé à un remaniement de l’armée camerounaise. Cette décision intervient alors que son absence prolongée de Yaoundé, estimée à près de deux mois, alimente les spéculations et les interrogations au sein de la population.
Le chef de l’État a signé plusieurs décrets depuis Genève, où il séjourne depuis le 7 juin, qualifiant son départ de « séjour privé » de courte durée. Pourtant, les Camerounais s’interrogent sur les raisons d’un tel éloignement et sur les conséquences pour le pays.
Un remaniement militaire stratégique dans un contexte d’incertitude
Parmi les mesures prises, cinq officiers ont été promus au grade de général de brigade, tandis que des postes clés au sein de l’armée ont été redistribués. Ces mouvements, bien que fréquents sous l’administration Biya, prennent une dimension particulière en cette période de tensions et de mécontentement.
Cette réorganisation rappelle celle qui avait suivi le coup d’État au Gabon voisin en 2023, où le renversement de la dynastie Bongo avait provoqué une onde de choc dans la région. Par ailleurs, le Cameroun a déjà connu plusieurs remaniements militaires en l’espace d’un an, notamment après la réélection controversée de Biya pour un huitième mandat.
Les décisions récentes, prises depuis l’étranger, ont suscité des débats, notamment sur les réseaux sociaux, où les internautes s’interrogent sur la légitimité de ces nominations à distance.
Une absence qui soulève des questions sur la santé et la gouvernance
L’absence prolongée de Paul Biya, qui dure depuis près de 60 jours, a déclenché des rumeurs persistantes concernant son état de santé. Le gouvernement camerounais a systématiquement démenti ces allégations, affirmant que le président travaillait depuis la Suisse et qu’il rentrerait bientôt au Cameroun.
Cependant, cette situation a mis en lumière un « vide institutionnel flagrant », selon Mamadou Mota, vice-président du parti d’opposition CRM. « Le pouvoir exécutif doit s’exercer sur le territoire national, et non par des décisions prises depuis des chambres d’hôtel à l’étranger », a-t-il déclaré lors d’une récente intervention.
Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a tenté de rassurer la population en affirmant que Biya était en bonne santé et qu’il rentrerait prochainement. Pourtant, l’opacité entourant ses activités en Suisse et l’absence de communication officielle ont nourri les critiques de l’opposition, qui estime que cette situation équivaut à une vacance du pouvoir.
Parallèlement, plusieurs décrets signés par Biya depuis Genève ont autorisé le gouvernement à conclure des accords de prêt avec des institutions financières internationales, confirmant que le président continue de diriger le pays à distance. Pourtant, des postes vacants, comme celui de vice-président créé en avril 2026, restent non pourvus, accentuant le malaise ambiant.
Cette absence prolongée et les remaniements militaires qui l’accompagnent illustrent les défis auxquels fait face le Cameroun, entre instabilité politique et incertitude sur l’avenir du pays.
