L’économie circulaire dans le secteur textile pourrait générer au Maroc jusqu’à 1,9 milliard de dollars d’investissements privés et plus de 30 000 emplois, selon une étude récente. Cette analyse place le royaume au centre d’une transformation industrielle axée sur le recyclage des déchets textiles, la réduction de l’empreinte environnementale et la demande européenne pour des vêtements mieux tracés.
Un programme pilote, mené avec l’appui d’une institution internationale, a largement dépassé ses objectifs initiaux. Les résultats indiquent « 2 400 tonnes de chutes textiles destinées au recyclage et 427 tonnes déjà transformées en nouveaux matériaux », donnant une substance industrielle à une filière longtemps fragmentée entre ateliers, collecteurs informels et débouchés à faible valeur ajoutée.
L’étude estime que l’utilisation de fibres recyclées pourrait réduire les émissions de carbone de 18 % et diminuer la consommation d’eau de plus de 60 % par rapport aux procédés traditionnels. C’est une perspective majeure pour une industrie confrontée à la pression des donneurs d’ordres européens, aux contraintes hydriques locales et aux attentes croissantes des consommateurs sur la composition réelle des vêtements.
Traçabilité européenne et cadre douanier
Le rapport relie également ce potentiel à une mutation sociale importante. Plus de 80 % des collecteurs marocains de déchets textiles travaillent encore sans reconnaissance officielle. Or, « jusqu’à trois quarts de ces travailleurs pourraient intégrer le secteur formel au cours des cinq prochaines années si des politiques publiques adaptées étaient mises en œuvre », avec des gains attendus en termes de revenus déclarés, de protection sociale et de structuration professionnelle.
L’étude juge que le Maroc dispose d’une position favorable pour devenir un pôle régional du textile durable, grâce à sa proximité avec l’Europe, son expérience manufacturière et la demande internationale de produits à moindre impact environnemental. Cependant, elle réclame des ajustements précis, notamment la reconnaissance des déchets textiles comme matière réutilisable, l’adaptation des règles douanières et la mise en place de systèmes de traçabilité conformes aux normes de l’Union européenne.
Cette exigence prend une dimension stratégique pour les exportateurs marocains, puisque l’UE absorbe 93 % des ventes textiles du royaume et appliquera, à partir de 2027, le passeport numérique de produit. Ce dispositif imposera aux fournisseurs une étiquette dotée d’un code QR ou d’une puce NFC contenant « des données vérifiables sur l’empreinte environnementale, la traçabilité et la composition réelle de chaque vêtement », ce qui pourrait transformer la conformité documentaire en condition d’accès aux marchés les plus rémunérateurs.
